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Brexit veto France Royaume-Uni
Brexit veto France Royaume-Uni
©NIKLAS HALLE'N / AFP

Négociations

Brexit : qui de Londres ou de Bruxelles (et de Paris...) prend le plus grand risque dans le bras de fer ?

La France opposera son veto à un accord commercial post-Brexit s'il ne répond pas à certaines exigences, notamment en matière de pêche. N'y a-t-il pas un risque d'arriver à un Brexit sans accord avec cette méthode ? Qui a le plus à perdre ?

Bruno Alomar

Bruno Alomar

Bruno Alomar, économiste, auteur de La Réforme ou l’insignifiance : 10 ans pour sauver l’Union européenne (Ed.Ecole de Guerre – 2018)

 
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Atlantico. fr : La France a averti qu'elle pourrait opposer son veto à un accord commercial entre le Royaume-Uni et l'Union européenne si elle n'aimait pas les conditions. En mettant un tel veto sur la table, n'y-a-t-il pas à un risque important d'arriver à un Brexit sans accord en brusquant toutes les parties ? 

Bruno Alomar : Les négociations consistent aussi à savoir dire non jusqu’à ce qu’on ait obtenu ce que l’on veut. Il n’est donc pas déraisonnable pour tel ou tel, y compris le gouvernement français, d’utiliser cette arme. Par ailleurs, si le droit de veto a été introduit par les parties au Traité, c’est qu’elles avaient leur raison. C’est aussi ça, la démocratie. 

Je voudrais faire observer, en revanche, un paradoxe apparent. A Paris – et ailleurs – on trouve très bien le veto…. quand on l’utilise soi-même. Mais on n’a pas de mots trop durs quand, sur le plan de relance, sujet qui me semble de bien moindre importance que le Brexit, Hongrois et Polonais font veto. Il y a là un deux poids, deux mesures qui ne fait pas honneur à ceux qui stigmatisent Budapest et Varsovie.  

Plus largement, je fais partie de ceux qui pensent depuis le début que l’absence d’accord est le plus probable. Nous verrons bien. Ce qui est certain, c’est qu’il est très difficile de se mettre d’accord en général dans l’Union européenne sur beaucoup de sujets de bien moindre importance. 

J’estime également que l’on a tort de surestimer les difficultés liées à un non-accord. Il va certes créer des perturbations dans nos systèmes économiques pendant quelques mois. Mais de quoi parlons-nous comparé à la décision du Royaume-Uni de quitter l’Union européenne ? Le Brexit, on l’oublie à Paris et Bruxelles, est d’abord et avant tout un séisme politique que personne n’a vu arriver, que l’on s’est efforcé de nier, mais qui pourtant est bien là. C’est peut-être le début de la fin de l’UE…et les élites européennes n’ont pas avancé le début d’un retour sur eux-mêmes face à ce désastre dont ils sont pourtant pour partie responsables. 

Qui a le plus à perdre ? 

Si on prend de la distance par rapport à ce problème, à long-terme, la grande victime de tout cela, c’est bien évidemment le projet de construction européenne. Le départ du Royaume-Uni peut être la fin de l’Union européenne.  

A court terme, il est difficile de voir dans ce divorce autre chose qu’un pays en difficultés (Covid, séparatisme écossais, crise économique) et une Union européenne complètement paralysée et largement hors sol. Pendant ce temps, la Chine avance… 

Le Royaume-Uni, premier pays à lancer son programme de vaccination, veut-il montrer qu'une vie sans l’UE est possible ? 

Bien sûr qu’une vie sans l’UE est possible. Voyez la Suisse ! Le Royaume-Uni utilise sa campagne de vaccination comme argument politique et c’est de bonne guerre. Si certains commencent à s’étonner que les Britanniques puissent faire mieux que l’UE, ils auraient mieux fait de s’interroger avant. C’est bien le sens profond du Brexit : le sentiment sourd des britanniques – justifié ou non, nous verrons - qu’ils affronteront mieux seuls le vaste monde qu’au travers de l’UE. 

Il y a d’ailleurs quelque chose d’assez étrange de la part de l’UE à stigmatiser sans cesse le Royaume-Uni comme potentiel concurrent déloyal. On a parfois l’impression, en écoutant les dirigeants européens, français ou allemands, que le Royaume-Uni va revenir au temps de Dickens, en termes de droit du travail notamment, pour être plus compétitif que les Européens, et s’il le faut rétablir le travail des enfants dans les mines. Rien ne permet de démontrer que le Royaume-Uni sera moins-disant et moins intelligent que nous Européens dans les normes économiques qu’il adoptera, et surtout pas l’idée d’un « Singapour-sur-Tamise » qui, soit dit en passant, aurait été parfaitement possible en restant dans l’UE puisque les impôts sont librement fixés par les États-membres. 

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