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Laurel & Hardy

6 milliards d'excédents budgétaires en Allemagne contre 69 milliards de déficits en France : suicide d'une union monétaire, mode d'emploi

Alors que les premières années d'existence de la zone euro avaient permis d'entretenir l'espoir d'une convergence des économies du continent, la grande crise de 2008 a entraîné une logique de divergence. Taux de chômage, déficits budgétaires et commerciaux, les partenaires européens ne partagent plus beaucoup d'intérêts communs.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Alors que l'Allemagne affiche un excédent budgétaire de 6.2 milliards d'euros au titre de l'année 2016, le ministre des finances français, Michel Sapin, annonçait un déficit de 68.6 milliards d'euros. De plus, les excédents commerciaux allemands sont attendus à un niveau record 2016 alors que la France affichera encore un déficit pour cette même année. Quelles conséquences quand les deux piliers d'une union économique et monétaire divergent autant ?

Nicolas Goetzmann : Les divergences ne s'arrêtent pas aux déficits publics et à la balance commerciale, il faut également ajouter le niveau de chômage. Le constat d'apparence est que l'Allemagne coche toutes les bonnes cases, excédents commerciaux et budgétaires et taux de chômage faible, alors que la France fait l'inverse, déficits et chômage de masse. La conséquence d'une telle situation, et celle-ci ne concerne pas que la France, est que la divergence économique produit une divergence d'intérêts politiques alors que les économies sont pilotées par une seule et même Banque centrale. La divergence des économies crée une quasi-incapacité à produire une stratégie qui puisse correspondre aux intérêts de tous. Cette impossibilité de mettre en place une politique adaptée au cas de chacun produit du ressentiment, chaque membre pouvant accuser l'autre de sa propre situation. Et c'est ce qui se passe actuellement, l'Allemagne tape sur Mario Draghi parce qu'elle constate une accélération de l'inflation qu'elle considère dangereuse et inutile, puisqu'elle affiche une situation de quasi emploi, alors que la France aurait tout intérêt à voir Mario Draghi appuyer sur l'accélérateur. Ne parlons même pas de l'Espagne, de l'Italie, ou de la Grèce. De plus, les indicateurs que sont la balance commerciale et le déficit budgétaire sont des outils politiques puissants auprès des populations, aussi pertinents soient-ils en termes économiques. Les Allemands ont le sentiment d'être les seuls Européens qui travaillent, que les autres feraient bien de s'y mettre, alors même que d'autres pays sont en réalité condamnés à la stagnation. C'est l'agenda politique qui diverge de l'intérêt économique, qui est lui-même sanctionné au sein de démocraties. La divergence accentue ce que l'Europe a été, pour le moment, incapable de produire, c’est-à-dire la notion d'un peuple européen qui partage les mêmes intérêts. La crise de 2008 s'est transformée en décennie perdue pour la zone euro, elle a eu le temps de "mordre" les électorats de chaque pays en profondeur. Si la volonté d'en finir est encore minoritaire, la défiance à l'égard de l'Union européenne progresse. Selon le dernier eurobaromètre, seuls 29% (en baisse de 7 points) des Français ont une vision positive de l'Union européenne, tandis que 56% d'entre eux sont pessimistes à son égard. La divergence, si elle se poursuit, conduira donc logiquement à l'explosion.

Quelles sont les causes profondes de ces divergences ? Quelles sont les responsabilités des deux grands acteurs de la zone euro ?

La Grande récession de 2008 a été accompagnée d'erreurs de politiques économiques au sein de la zone euro, entre une politique monétaire qui a fait le jeu de la crise, des politiques d'austérité qui ont été mises en place au pire moment, le continent européen s'est installé volontairement et durablement dans une période de stagnation de sa croissance. Cette politique ultra-orthodoxe, à l'inverse de qui était mis en œuvre dans le reste du monde (Royaume Uni, Japon, États Unis, Chine etc…) a conduit à l'explosion des pays les plus faibles ; déficits vertigineux, hausse de l'endettement, chômage de masse. C'est bien la faible croissance qui a été le moteur de la grande divergence européenne. A l'inverse, la situation des pays du nord était "préservée", c’est-à-dire que la stratégie économique européenne a été calquée aux intérêts du pays du nord, l'Allemagne principalement. Si la stratégie avait été équilibrée, c’est-à-dire conforme à la moyenne des pays de la zone euro, alors la situation aurait été compliquée pour les pays du sud, mais beaucoup moins qu'elle ne l'a été en réalité, et elle aurait produit d'autres problèmes dans les pays du nord, avec des hausses de prix plus importantes, des salaires en hausse, et une perte de compétitivité. La roue aurait tourné. En plus, pour en rajouter dans l'orthodoxie, l'Allemagne a cherché à réduire considérablement ses déficits, et à tout faire pour engranger des excédents commerciaux maximums, ce qui a contribué à l'écrasement des pays les plus fragiles. La culpabilité de la France, c'est de n'avoir rien dit, rien fait, pour essayer d'équilibrer le débat.

L'exemple le plus emblématique de cette divergence entre France et Allemagne est celle de la croissance de la population active. La France dispose du taux de natalité le plus élevé de l'Union, ce qui a pour effet de voir sa population active croître chaque année. Or, pour intégrer cette population dans le marché de l'emploi, la France a besoin d'une croissance élevée. A l'inverse, l'Allemagne a une population stagnante, le pays n'a pas besoin d'une croissance forte. Un point d'ancrage sur les intérêts allemands condamne la jeunesse française, il s'agit donc bien de trouver un équilibre.

Quelles sont les solutions offertes pour contrer ces phénomènes ? Est-il simplement "possible" de permettre une réelle convergence ?

La solution économique n'est pas vraiment complexe, il s'agit de favoriser une croissance plus forte en lâchant la bride à la BCE. Mario Draghi tente d'aller en ce sens, même si c'est encore trop timide pour le moment. La zone euro peut voir sa croissance accélérer fortement avec une telle solution, pour en arriver à un taux de chômage de la zone euro proche du plein emploi, ce qui doit d'ailleurs être l'objectif de la Banque centrale. C'est le seul moyen de produire une convergence des économies qui composent la zone euro. Mais le problème, avec le temps passé, c'est de parvenir à convaincre les populations. Il faut donc bâtir un projet politique qui puisse permettre de démontrer à l'Allemagne qu'elle n'aurait aucun intérêt à voir ses partenaires sortir de la zone euro, dont le maillon faible actuel est l'Italie. Suffisamment de mal a été fait. Mais pour le moment, les efforts consentis par Mario Draghi, aussi modérés soient-ils, sont déjà vigoureusement critiqués en Allemagne. Un coup d'arrêt à sa politique aurait pourtant des conséquences en Italie, ou le mouvement 5 étoiles, qui est anti euro, prospère. Le même phénomène a lieu en France, dans un moindre degré.  

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