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Bénigne ou mortelle ?

2015, l'année de la grippe tueuse et du nombre de morts largement sous-estimé

La grippe saisonnière est, cet hiver, particulièrement sérieuse. Les urgences sont dépassées par le nombre de patients se rendant à l'hôpital, affaiblis par le virus. On oublie un peu vite que même si cette maladie est bénigne en principe, elle reste pourtant très contagieuse et peut dans des cas minoritaires provoquer la mort.

François Bricaire

François Bricaire

François Bricaire est un médecin. Il est chef du service Maladies infectieuses et tropicales de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière de Paris. Il est professeur à l'Université Paris VI-Pierre et Marie Curie.

 

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Atlantico : Plus e deux millions de cas déclarés, des urgences engorgées, plus de 700 malades envoyés en réanimation, la grippe cette année est particulièrement retorse. Pourquoi cette virulence ? 

François Bricaire : Les épidémies de grippe se succèdent chaque année avec des variations, des gravité très différentes. Il est donc normal que, de temps en temps, la grippe soit un hiver particulièrement agressive. C'est assez difficile à prévoir. Il existe des souches plus ou moins virulentes, et il est difficile d'anticiper. On peut donc tout à fait se laisser surprendre parfois par son intensité. Mais même si cette année il  a beaucoup de cas de grippe – on a dépassé les deux millions en effet – cette maladie est par définition très fréquente en cette période de l'année. Il faut donc relativiser un peu le chiffre. 

Après, il y a quand même cette année une grippe intense avec des symptômes forts et qui, surtout, se prolongent. La fatigue ressentie peut ainsi durer plusieurs semaines. C'est cela qui entraîne une demande médicale importante avec beaucoup de personnes se rendant aux urgences. Et contrairement à ce que l'on annonce, il n'est pas certain que nous ayons ateint le pic. C'est pour cela d'ailleurs que le déclenchement par la ministre du plan Orsan apparaît pour certains tardif, mais ne l'est peut-être pas tant que cela.

Le vaccin dont on a découvert au début de la période hivernale la faible efficacité porte-t-il la responsabilité de l'épidémie qui se propage et de ses conséquences ?

Le manque d'efficacité du vaccin a évidemment une responsabilité partielle. Si on estime qu'il ne protège qu'à 20% ou 25%, les trois quarts des personnes vaccinées deviennent alors susceptibles de finalement développer la grippe. Cependant, la protection n'est pas nulle pour ces personnes, et la possibilité est plutôt celle d'une grippe sous une forme atténuée. Mais la fiable efficacité du vaccin suite à la mutation du virus H3N2 n'est évidemment qu'une petite partie de l'explication par rapport justement à la non-vaccination, l'oubli pour ceux qui reçoivent un bon, et l'intensité particulière du virus cette année, qui sont les facteurs les plus importants.

Le médias et les autorités communiquent beaucoup sur les règles dhygiène à suivre (et notamment le lavage des mains). Pourtant l'épidémie s'est largement répandue. Ces recommandations sont-elles suffisantes ? Les gens les suivent-elles vraiment ?

Les règles d'hygiène sont nécessaires et sans doute très bonnes mais le problème est qu'elles ne sont pas faciles à suivre. Le lavage des mains fréquent, le port d'un masque de protection quand on est malade, ne sont pas forcément en pratique si accessibles que cela. Et il existe évidemment l'aspect culturel, assez européen je pense, de ne pas suivre à la lettre les recommandations officielles sur les questions de l'hygiène.

Les chiffres des décès dus à la grippe sont peut lisibles, entre les causes directes et les conséquences secondaires. Concrètement, combien de personnes "meurent de la grippe" et pourquoi ?

Certaines personnes meurent en effet "directement" de la grippe, mais il s'agit plutôt d'une minorité (entre le 1er novembre et le 18 février, 72 personnes étaient mortes des conséquences directes du virus, ndlr). Ces gens développent des formes sévères de l'atteinte par le virus, notamment les nourissons, pouvant conduire à la mort. Mais la majorité des "morts de la grippe" font en fait une décompensation d'une pathologie sous-jacente qui sont secondaires à la grippe initiale. le plus fréquent sont les insuffisances cardiaques, l'insuffisance respiratoire, voir un diabète. Et il faut compter dans la mortalité de la grippe tous ces phénomènes, qui sont difficiles à quantifier précisément. Les chiffres officiels parlent d'environ 1500 morts, mais on peut vir que cela va chaque année plus haut, et que c'est probablement sous-estimé. Dans la réalité, en comptant tous les cas de figure, cela peut monter au-delà des 8000 décès.

Si la grippe est surtout grave chez les personnes âgées, et considérant que le France reste un pays vieillissant au niveau démographique, la grippe va-t-elle tuer de plus en plus de personnes chaque année, sans que l'on puisse freiner la tendance ?

Oui. A partir du moment où la population vieillit, se développeront des pathologies sous-jacentes qui se décompenseront en période de grippe. C'est la raison pour laquelle même si la vaccination anti-grippe est loin d'être parfaite, elle doit être maintenue en complément des règles d'hygiène. Dans une population vieillissante – et même si les personnes âgées répondent hélas moins bien au vaccin que les plus jeunes – cette protection est la seule qui peut enrayer la mécanique de la hausse du nombre de morts. L'hygiène a ses limites à cause de la relativité de son application, et les anti-viraux que l'on peut donner pour compléter son des moyens peu aisés d'utilisation, et à l'efficacité loin d'être optimale...

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