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On ne compte plus les récits et films qui content les péripéties d'un quelconque humanoïde vagabondant entre les planètes, ou dans une simple vision futuriste de l'humanité, la vie que nous mènerons sur Terre dans plusieurs siècles.

Science-fiction

2000 ans avant Star Wars, la Rome antique se passionnait déjà pour les batailles intergalactiques

Le satiriste Lucien de Samosate (120-180) est probablement le premier auteur de science-fiction. Dans son œuvre, "Histoire Véritable", il est l'un des protagonistes d'une histoire à dormir debout, où les habitants de la Lune et ceux du Soleil mènent une guerre cosmique à dos de vautours à trois têtes.

La science-fiction est aujourd'hui un genre narratif très répandu. On ne compte plus les récits et films qui content les péripéties d'un quelconque humanoïde vagabondant entre les planètes, ou dans une simple vision futuriste de l'humanité, la vie que nous mènerons sur Terre dans plusieurs siècles. Ces récits sont fascinants, car on y projette les ambitions que nous portons. Elles attestent de notre curiosité innée, de notre volonté d'anticipation. Preuve de notre capacité de remise en question et de perception du temps qui passe, la science-fiction est l'expression de notre imagination à travers le prisme des connaissances scientifiques dont nous disposons déjà. On peut se dire que la science-fiction est un genre qui se renouvelle constamment, puisqu'elle dépend de l'évolution de l'humanité, des progrès de la science et des avancées technologiques.

Guerre interplanétaire

Et si le courant ne semble s'être développé qu'à partir du XIXème siècle, avec entre autres Voyage au centre de la Terre (1864) de Jules Verne, Frankenstein ou le Prométhée moderne (1818) de Mary Shelley et La Guerre des mondes (1898) de H.G. Wells, puis à un rythme effréné dans la seconde moitié du XXème siècle avec les films La Planète des Singes (1968), Star Wars (1977) et Retour vers le Futur (1985), nos vieux ancêtres de la Rome antique s'exerçaient déjà à imaginer quel genre d'aventures il pourrait arriver dans un univers et une époque plus ou moins lointains. Parmi eux, Lucien de Samosate, né vers l'an 120 à Samosate, dans la province romaine de Syrie et mort 60 ans après, en Égypte. Ce rhéteur et amoureux des belles lettres s'est démarqué au cours de sa vie par son talent de satiriste, qu'il aimait utiliser pour moquer les philosophes de son temps dont il jugeait les envolées lyriques sur les nouvelles découvertes exagérées. Dans son livre Histoire véritable, il est l'un des protagonistes d'une histoire entre merveilleux et science-fiction, où les habitants de la Lune et du Soleil s'affrontent dans une guerre spatiale sans merci. Il s'agit là, explique le site Smithsonian, de la toute première nouvelle mettant en scène un voyage spatial et une guerre interplanétaire.

Les aventures de Lucien commencent alors qu'il est aspiré par une tornade avec son équipage puis projeté dans l'espace. Après sept jours de voyage à bord de leur vaisseau, Lucien se pose sur la Lune. Il y rencontre ses habitants, les Sélénites (dérivé de la déesse de la Lune, Séléné), alors en guerre contre un autre peuple, habitant le Soleil, en raison d'un accord sur le contrôle de la colonie de l'étoile du matin (l'actuelle Vénus). Lucien assiste à plusieurs scènes de bataille toutes plus loufoques les unes que les autres. Les guerriers chevauchent toutes sortes d'animaux, réels ou imaginaires (vautours à trois têtes), de toutes les tailles (moustiques de la taille d'un navire) et se tirent dessus des projectiles hors du commun : des navets. "Le sang pleut sur les nuages, leur donnant leur teinte rougeâtre semblable à celle qui nous apparaît au coucher du Soleil", écrit-il. À la suite de son périple, il apprend que tous les habitants de ces sociétés extraterrestres sont masculins et que leur descendance naît de leurs mollets. Enfin, énième étrangeté : leurs pieds sont composés d'un seul et unique gros orteil.

Science-fiction ou simple conte merveilleux ?

La qualification de ce livre en œuvre de science-fiction divise. Certains n'y voient qu'un conte merveilleux dénué de toutes bases scientifiques. Pour Aaron Parrett, professeur d'anglais à l'Université de Great Falls (Montana, États-Unis) interrogé par Smithsonian, l'œuvre de Lucien de Samosate est capitale : "La satire est l'un des thèmes récurrents de la science-fiction, qui consiste à s'amuser de la manière dont les humains vivent et contrôlent le monde. C'est la raison pour laquelle Lucien est si important". Et si le récit ne justifie que très peu certaines péripéties à l'aide de savoir scientifique, l'auteur était, lui, bien conscient de quelques découvertes, menées quelques années auparavant par le philosophe Plutarque sur la Lune ou par l'astrologue Ptolémée sur les planètes en général. Rudimentaires, mais élémentaires.

Suffisant pour que le récit de Lucien de Samosate puisse être considéré comme une œuvre de science-fiction. "Ce n'est pas parce qu'il n'y avait pas de 'science moderne' à l'époque que la philosophie et les sciences naturelles n'ont pas influencé l'écriture du récit, argue Douglas Dunlop, de la bibliothèque de la Smithsonian Institution. La théorie de la pluralité des mondes, qui remonte à la Grèce antique, voulait qu'il pût exister de la vie ailleurs que sur Terre, dans l'espace. Qui peut dire que la philosophie et l'observation que faisaient ces savants n'était pas un moyen de comprendre comment fonctionnait le monde ?"

La science-fiction ne cessera de nous étonner. "Il est remarquable de constater que certaines personnes rêvaient de choses très longtemps avant qu'il y ait un moyen de les réaliser", s'étonne Aaron Parrett. Certains estiment même que L'Épopée de Gilgamesh, rédigée sur une tablette d'argile il y a près de 4 000 ans, pourrait être la première œuvre de science-fiction de tous les temps. 

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