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Les vraies raisons stratégiques pour lesquelles la Chine a voulu retourner des agents français de la DGSE

Deux anciens agents des services secrets français ont été écroués et mis en examen pour soupçon d'intelligence avec un pays étranger. Une pratique malheureusement pas rare.

OSS

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Les vraies raisons stratégiques pour lesquelles la Chine a voulu retourner des agents français de la DGSE

 Crédit MARTIN BUREAU / AFP

Atlantico : Deux ex agents de la DGSE ont été mis en examen sur soupçon d’avoir livré des informations à un autre Etat comme l’a déclaré le ministère des Armées jeudi soir en dénonçant des « agissements d’une extrême gravité ». Si la situation est d’une extrême gravité, est-elle si rare que cela ?

Eric Denécé : Malheureusement non. C’est un grand classique d’essayer de recruter des officiers du renseignement adverse. C’est ce que l’on appelle du contre-espionnage offensif. Cela permet de savoir comment marchent les services d’un autre pays, à quoi ils s’intéressent, quels sont leurs réseaux et qui sont leurs agents. Evidemment aucune statistique n’est à disposition mais ce qui est sûr c’est que tous les services conduisent ce type d'opération. Cette affaire n’est donc pas un scoop, mais généralement ce type d'histoire ne sort pas dans la presse.

Soit on ne les découvre pas et l’on a des « taupes » qui travaillent pendant des décennies pour les services adverses (comme cela s’est produit pendant la Guerre froide, à l’exemple du britannique Kim Philby, officier du MI 6 ayant travaillé pour Moscou), soit on l’apprend et on essaye de retourner ceux qui ont été « tamponnés » pour intoxiquer le service qui les a recruté. Les « traîtres «  sont ensuite poussé vers la sortie avec diverses sanctions administratives, mais le service reste discret : personne n’a intérêt à faire savoir qu’il a été « pénétré !

Ce qui est très nouveau c’est que la DGSE a porté l’affaire en justice et les anciens agents sont poursuivis pour « livraison à une puissance étrangère d'informations portant atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation », « compromission du secret de la Défense nationale » et « « provocation directe au crime de trahison »

On sait qu’ils auraient commencé à travailler pour les Chinois pendant qu’ils étaient en activité et auraient continué après.  L’incitation à la trahison montre qu’ils auraient probablement essayé de recruter d’autres de leurs collègues en activité pour continuer à approvisionner les services de Pékin ces derniers en informations.On peut d’ailleurs se demander si ce n’est pas comme cela que la DGSE les auraient découverts.

L’affaire est portée en justice d’abord car ils ne sont plus membres des services et que de fait on peut plus difficilement les contraindre à servir de « chèvres », c’est-à-dire à les retourner pour intoxiquer les Chinois.Par ailleurs, il existe depuis quelques années de nouvelles dispositions juridiques pour la protection des agents (art 28 de la loi LOPSI 2 et arrêtés du ministère de la Défense de mars et avril 2011) et le fait d’avoir révélé à l’adversaire leur identité est désormais sévèrement punissable.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 26/05/2018 - 13:53 - Signaler un abus La France gauchiste n’applique pas ses lois!

    ou alors, très tardivement et très imparfaitement...ces agents ne risquent plus grand-chose, vu qu’ils sont retraités de l’état...et on est effarés d’apprendre que la justice a dû attendre une nouvelle loi pour les inculper????... Ce qui signifie que leur activité d’espions était connue, bien avant cela, mais que la justice gauchiste ne pouvait rien contre eux?,,,,on comprend qu’ils n’aient eu aucune difficulté à recruter de nouveaux espions, grassement rémunérés par l’impiissance judiciaire. Et je ne savais pas que la justice gauchiste avait abandonné le crime de haute trahison dans sa boîte à outils?...c’est surtout la justice gauchiste, qui mérite d’etre rénovée de fond en comble, si on n’en veut pas que la France croule un peu plus...

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Eric Denécé

Eric Denécé, docteur ès Science Politique, habilité à diriger des recherches, est directeur du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R).

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