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Double A : le "moment Bayrou" joue les prolongations

Sarkozy n’a pas su nous éviter la seconde division, Hollande a l’air capable de nous faire glisser en division d’honneur et le gang souveraino-isolationniste nous ferait carrément plonger dans les tréfonds. Qu’est-ce qui nous reste ?

Zone franche

Publié le

Nicolas Sarkozy est-il définitivement cramé avec cette histoire de triple A perdu ? C’est difficile à dire : d’abord, c’était prévu et, pour pas mal de gens, tout ça va rester assez virtuel pendant encore quelques temps.

Bien sûr, les taux auxquels la France emprunte sont susceptibles d’augmenter et le service de la dette risque de coûter plus cher à l’État, diminuant d’autant sa capacité à balancer l’argent qu’il n’a pas par la fenêtre… Mais, dans les milieux autorisés coluchiens, on s’autorise à penser que la dégradation avait été anticipée par les marchés et que la prime de risque exigée de nous par les gnomes de Zurich est déjà à peu près au bon niveau (à quelques pouillèmes près) ― soit 3% à dix ans contre 1,7% pour les vertueux Allemands.

N’empêche, le statut du grand protecteur des Gaulois face à la tourmente planétaire est salement écorné. La France est désormais en seconde division financière, même si c’est en compagnie des meilleurs, États-Unis en tête. Et, sur un bulletin de dernier trimestre, ça ne donne pas nécessairement envie aux membre du conseil de classe de se montrer indulgents.

― Élève Sarko, vous en avez fait quoi, du « trésor national » qui vous avait été confié ?
― Ah ben désolé, je l’ai paumé. Mais c’est déjà arrivé aux Danois, aux Canadiens ou aux Australiens et ils ont fini par le retrouver, leur triple A
― Exact, mais ça leur a pris du temps et ils ont accepté de réduire leurs dépenses publiques, de remodeler leurs administrations, de redéfinir le rôle de l’État et de transformer radicalement leurs économies. Vous vous sentez capable de faire ça ?
―…

Hum. Dont acte.

Le problème, c’est que pour tous ses ratages, l’omniprésident reste nettement plus crédible que son principal challenger, homme de bonne volonté mais dont le programme, s’il était mis en route, nous ferait perdre un second A dans les 5 minutes. Ça ne serait pas la guerre pour autant : on peut très bien vivre avec un seul A comme les Espagnols, ou même avec plus de A du tout comme les Italiens. Mais disons que ça ne facilite pas beaucoup la vie des entreprises et des particuliers dont les taux d’emprunts dépendent de ceux auquel l’État se finance.

Pour ne rien dires des collectivités locales, qui elles aussi sont affectées par ce petit détail technique.

Donc, en gros, dans trois mois, on risque d’avoir à choisir entre un type dont on voit bien qu’il ne sait pas du tout comment faire et un autre dont on se doute qu’il ne sait pas vraiment faire non plus. Avouez que c’est ennuyeux.

Éliminez encore la flopée de prétendants au trône qui nous emmèneraient directement dans le mur avec une certitude quasi absolue ― souveraino-collectivistes de toutes obédiences, frontistes de gauche, frontistes de droite ― et qui reste-t-il, je vous le donne en mille Emile ? François Bayrou.

Oui François Bayrou. Dont mon camarade David Poryngier du Mouvement des Libéraux de Gauche tente désormais de me persuader qu’il est le sauveur incarné, le seul capable de reconstruire sur les champs de ruines que seront bientôt l’UMP et le PS :

― Mais il est tout seul, je n’arrête pas de l’écrire sur Atlantico !
― Il est tout seul pour le moment, mais les ralliements affluent !
― Mouais, Douste-Blazy, ça fait pas vraiment rêver. Et de toute manière, il n’attire que des types de droite et il est moins libéral que ma grand-mère…
― Pas du tout. Il reste un Européen convaincu, proposait déjà la règle d’or budgétaire en 2007, montre une vision assez libérale du rôle et du périmètre de l'Etat et a toujours défendu sans ambiguïté les sociétés ouvertes. Il a par ailleurs su évoluer sur la question du cannabis et les droits des homosexuels…
― Hum, je sais pas. J’ai du mal… Bayrou. Je ne sais même pas comment ça se prononce, en fait. Bérou ? Baillerou ? Avec Sarko et Hollande, au moins, on sait.

Bon, on va réfléchir. Il reste trois mois et plein de coups de théâtre potentiels, comme Valls et Mosco quittant le PS inopinément et rejoignant le Modem. Ou Éva Joly épousant Mélenchon à la mairie de Bègles. Tout est possible. Il faut garder un esprit ouvert.

Mais Bayrou, tout de même…

 
Commentaires

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  • Par fms - 16/01/2012 - 09:16 - Signaler un abus sans oublier le coup de l'union nationale...

    Bayrou pour le triomphe de l'eau tiède et des sans idées. Quand onconsidère que les bonnes idées sont tantot chez l'un tantot chez l'autre, c'est qu'elles manquent chez soi!

  • Par alankin - 16/01/2012 - 10:41 - Signaler un abus pour l'avoir entendu hier....

    il parle d'un cap à 10-15 ans et d'une progression par étape dans le cadre d'une perspective dégagée dès 2012... cela me semble être la seule manière de procéder. Car, pour réformer la France, il faut beaucoup, beaucoup, de pédagogie!!!! les Français bougeront s'ils ont confiance, si les réformes sont justes et crédibles, sinon, ils freineront des 4 fers...

  • Par FrédéricLN - 16/01/2012 - 11:33 - Signaler un abus la finalité

    Ma foi, si la finalité de redresser le bateau France devient plus claire qu'elle ne l'était en 2006 à l'auteur de http://hugues.blogs.com/commvat/2006/09/universit_dt_de.html , je m'en réjouirai !

  • Par flogo - 16/01/2012 - 13:14 - Signaler un abus Auriez-vous

    le courage de publier ici la centaine des réformes les importantes faites depuis 2007 (à trier dans la longue liste, on parle de plusieurs centaines) ? Ce serait de l'honnêteté de votre part et la démontration que vous n'êtes pas hémiplégique !

  • Par Stef - 16/01/2012 - 13:35 - Signaler un abus enfin!

    Bayrou, c' est un choix évident. Mais oui vous avez encore trois mois Hugues!

  • Par bacal - 16/01/2012 - 14:15 - Signaler un abus Bayrou, ça rime avec fond du trou

    Bayrou, en voila un qui ne manque pas de cran ! Souvenez vous lorsqu'il était ministre mémorable de l’Éducation nationale et qu'il votait avec les syndicat, FSU et FEN en tête la poursuite pour ne pas dire l’accélération des politiques dont on voit aujourd'hui combien elles ont réussi ! Oui, je vous le dit, c'est bien celui qu'il nous faut pour finir de décrédibiliser toute la classe politique.

  • Par Karamba - 16/01/2012 - 15:11 - Signaler un abus Pas de souci...

    Si Bayrouth a évolué sur le cannabis et le mariage gay, ça nous assure de retrouver notre A perdu...

  • Par sheldon - 16/01/2012 - 15:50 - Signaler un abus M. Serraf renseignez vous sur la prononciation française !

    Bayrou a la chance d'être du pays d'Henri IV. Mais c'est vrai que l'histoire de France (et de Navarre!) ne s'apprend plus : ça pourrait faire nationaliste contre les minorités visibles. Bayrou (baillerou en phonétique) doit prendre une décision : non pas se dire pro Hollande (Kahn), mais de reformer le centre droit, une nouvelle UDF. Là il ne faut pas les "has been" ou la seule immobile Sarneze

  • Par Mani - 16/01/2012 - 16:11 - Signaler un abus Ridicule

    François Bayrou prétend être l'homme idéal pour faire revenir la France vers l'équilibre budgétaire et réduire la dette, mais il évite soigneusement de dire comment il ferait. Or tout le monde le sait : hausse des impôts, baisse des dépenses - il n'y a pas 10000 manières de faire. Mais tout le monde sait aussi qu'il ne le ferait pas : on l'a connu ministre... c'est pas le genre de la maison !

  • Par vangog - 17/01/2012 - 22:56 - Signaler un abus Bayrou incarne le "compromis centriste" qui a plombé la France

    depuis Giscard et le début du subventionnement de la désindustrialisation. La suite: quatorze années de Gabegie et d'hypocrisie Mitterandienne , suivis par l'impossibilité de réformer à cause d'une France verrouillée par syndicats réacs, médias aux ordres de la rue de Solférino, Justice et Education noyautées. Bayrou pourrait-il renverser la tendance et déverouiller la France? J'y crois pas à ça!

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Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste, écrivain et blogueur.

Il est notamment l'auteur de Ils sont fous ces juifs (Éditions du Moment, 2012), de L'anti-manuel du cycliste urbain (Berg International, 2010) et de Petites exceptions françaises (Albin Michel, 2008).

 

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