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Taux de chômage structurel à 9% : Emmanuel Macron nous dit-il vraiment tout sur les conclusions qu’il tire de cette très mauvaise nouvelle ?

Mardi, Emmanuel Macron s'est inquiété du taux de chômage structurel (celui qui ne dépend pas de la croissance) en France, affirmant que ce dernier s'élève à 9%. Une estimation qui peut paraître surprenante.

Dur...

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Taux de chômage structurel à 9% : Emmanuel Macron nous dit-il vraiment tout sur les conclusions qu’il tire de cette très mauvaise nouvelle ?

Atlantico : Ce mardi 13 février, ​devant l'Association de la presse présidentielle, Emmanuel Macron a pu chiffrer, selon des propos rapportés notamment par BFMTV, le taux de chômage structurel du ​pays à 9%. Ce chiffre peut-il se justifier alors que le taux de chômage français avait pu atteindre 6.8% lors de l'année 2008 ? Faut-il en conclure que la crise a produit une augmentation du chômage structurel ?

Alexandre Delaigue : D'abord il faut noter qu'il s'agit d'un chiffre relativement surprenant. Rappelons qu'il s'agit du taux de chômage indépendant de la fluctuation de la conjoncture. C’est-à-dire que quand la demande augmente le chômage a tendance à diminuer et quand on a une récession, cela tend à augmenter. Donc, le chômage structurel est, en supposant que l'on a réduit à 0 tout le chômage lié à la demande, celui qui est dû uniquement au fonctionnement du marché du travail, et qui fait que les entreprises ont du mal à embaucher et que les personnes qui ont du mal à se faire embaucher attendent très longtemps, et c'est ce qui maintient le chômage à un niveau élevé.

Pour dire que ce taux est à 9%, la seule explication possible serait de dire : premièrement, que les gens qui se sont retrouvés au chômage à cause de la crise, c’est-à-dire à cause de la diminution de la demande depuis 2008, sont devenus beaucoup plus difficilement employables. C’est-à-dire que le niveau de chômage qui a été atteint ne peut que difficilement diminuer et que ces personnes vont avoir énormément de mal à être réembauchés. C'est une possibilité mais cela apparaît quand même un petit peu étonnant quand on regarde le reste du monde. On voit par exemple qu'aux États-Unis, si on observe un petit peu cet effet-là, malgré tout, le chômage a diminué depuis que la conjoncture s'améliore et est quasiment revenu au niveau d'avant crise, et le niveau d'emploi a évolué de la même façon. Donc cela semble un petit peu curieux quand on regarde les expériences extérieures. Et deuxièmement, il faut quand même regarder qu'il y a eu des tas de réformes du marché du travail qui ont été mises en place en France, on a augmenté la flexibilité, on a réduit le cout du travail avec des programmes chiffrés à 50 milliards d'euros. Ce serait donc, d'un certain point de vue, une forme de désaveu de la politique qu'Emmanuel Macron a lui-même mené en tant que ministre de l'économie et des finances, que de dire que l'on est maintenant à un niveau de chômage structurel de 9%. Il est possible que le chômage structurel ait un peu augmenté à cause de la crise mais supposer qu'il soit arrivé à ce taux-là me paraît très étonnant.

Frederik Ducrozet : D’une manière générale, il faut prendre ce genre d’estimation d’une valeur économique dite « structurelle », ou « d’équilibre », avec beaucoup de précautions. D’autant plus lorsqu’on parle de croissance potentielle ou de chômage structurel, qui sont estimés via des modèles économétriques compliqués et sont sujets à d’importantes révisions statistiques. Enfin, il faut encore redoubler de prudence lorsque ces indicateurs sont utilisés à des fins politiques. On peut donc débattre du chiffre en lui-même, mais de mon point de vue il faut surtout en limiter les utilisations pratiques en termes de politique économique, sous peine de s’exposer à des erreurs de diagnostic en temps réel.

Le chiffre de 9% est proche des estimations officielles des institutions européennes et internationales (entre 9% et 9,2% selon la Commission européenne et l’OCDE). Il est également proche de la moyenne historique du taux de chômage français depuis les années 1980 (9,3%). Par définition, le chômage structurel est insensible aux fluctuations conjoncturelles, mais on estime effectivement que des récessions très sévères du type de la grande crise financière de 2008 ou de la crise de l’euro des années 2010 peuvent produire des effets permanents dits « d’hystérèse » qui font remonter le taux de chômage naturel. Le chiffre de 9% n’est donc pas aberrant en soi, même si le taux de chômage a pu baisser bien en-dessous de ce seuil par le passé.

On peut néanmoins penser que le taux de chômage structurel va diminuer rapidement dans les années à venir, et que ces mêmes estimations « officielles » seront révisées à la baisse. C’est ce qui se passe dans les économies en avance sur la France dans le cycle, comme les Etats-Unis. Une croissance plus forte, supérieure à 2% en France en 2018, devrait aider, tout comme certaines réformes mises en œuvre par le gouvernement, au moins à la marge. On perçoit d’ores et déjà une amélioration de nature structurelle via certains indicateurs comme le nombre de personnes actives marginalement attachées au marché du travail (le « halo » du chômage, en baisse depuis fin 2015), le nombre de salariés à temps partiel involontaire (en baisse), ou la part des embauches en CDI (en hausse). Cela prendra du temps, mais la direction ne fait guère de doute. A noter que ces mêmes instituts internationaux estimaient le taux de chômage structurel à 5% dans les années 1980 !

Patronat et syndicats se réuniront ce jeudi 15 février pour une dernière séance de négociations autour de la question de l'assurance chômage. En quoi cette déclaration relative à un taux de chômage structurel de 9% peut-elle avoir une implication sur la politique qui sera poursuivie par le chef de l'État ?

 
Commentaires

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  • Par vangog - 15/02/2018 - 08:00 - Signaler un abus Chômage structurel anglais, américain, polonais inferieur à 4%

    Macron-Rothschild a avoué implicitement, la défaite du socialaud-macronisme face au libéralisme intelligent (qui n’est pas l’ultra-liberalisme-socialiste europeiste...). Une démission doit suivre, s’il a un minimum de couilles...fin de l’histoire du socialisme, qui n’en finit pas de changer de nom pour les benêts, avant de mourir!...

  • Par Ganesha - 15/02/2018 - 09:20 - Signaler un abus Affreusement alambiqué

    Ce qui est désolant, c'est le dernier paragraphe, ''affreusement alambiqué'' de cet article ! Il semble bien que mr. Delaigue veut pourtant bien effectivement nous dire : Emmanuel Macron se trompe de diagnostic et il va carrément dans le mur ! Après dix ans de politique européenne basée sur l'offre, la réalité est aveuglante : il faut d'urgence promouvoir la DEMANDE ! Ce qui, en pratique, veut dire : augmenter le pouvoir d'achat de l'ensemble des français.

  • Par cloette - 15/02/2018 - 10:26 - Signaler un abus E Macron

    est-il un "économiste" de génie ? ( ou même pas de génie d'ailleurs, juste un économiste de base ) . A-t-il écrit un ouvrage d'économie ? Il a fait "l'ENA" ( ouaf !) et sc Po, cela suffit ? de toute façon l'Economie est elle une science ? consulter "sciences économiques" Wikipédia, pour comprendre qu'on n'est pas sorti de l'auberge .

  • Par kelenborn - 15/02/2018 - 11:14 - Signaler un abus Non Cloette

    Il a fait l'ENA ET Normale sup! Sciences po je ne crois pas Cela étant et cette remarque faite, le chômage structurel peut provenir soit de l'existence d'une main d'oeuvre qualifiée inemployable (avec les nouvelles technologies cela ne peut que s'aggraver), soit d'un effet de seuil! Il a été montré (et cela porte la patte de Martin Hirsch en personne) que pour un smicard avec une famille de 5 personnes, il restait , à la fin du mois, 130 euros de plus que pour un mec touchant le RAS ! CQFD ! Faut vraiment être con pour se faire chier à se lever tôt, se faire emmerder par Hidalgo car on roule en diesel pour aller au boulot, et bosser même 35 heures par semaine pour gagner ça en plus, alors qu'en se levant tard et en faisant des petits boulots, on doit arriver au même résultat! Il y a donc un problème de seuil qui joue comme facteur de non incitation au travail !

  • Par kelenborn - 15/02/2018 - 11:15 - Signaler un abus erratum

    touchant le RSA of course

  • Par Ganesha - 15/02/2018 - 11:29 - Signaler un abus Cloette

    Il y a un minimum de vérités économiques qui sont tellement évidentes qu'elles en deviennent incontestables. La quasi totalité des abonnés d'Atlantico ont, au moins, passé leur enfance pendant les ''Trente Glorieuses'', les plus âgés, toute ou partie de leur carrière professionnelle. Et ils savent pertinemment que c'est la distribution de pouvoir d'achat à l'ensemble de la population qui a permis l'extraordinaire prospérité de cette époque. Seules les crapules égoïstes, les kollabos, viennent ici faire la promotion de la ''Revanche des riches sur les pauvres'', initiée en 1980 par Reagan-Thatcher sous le nom de ''Libéralisme'' !

  • Par cloette - 15/02/2018 - 11:51 - Signaler un abus @kelenborn

    Il n'a pas fait Normale sup , vérifiez , et venez faire votre mea culpa pour avoir dit des fake news .

  • Par BABOUCHENOIRE - 15/02/2018 - 13:08 - Signaler un abus Effectivement il a bien essayé mais il n'a pas réussi le

    concours pour entrer à Normale Sup, c'est un handicap par rapport à d'autres qui ont réussi . Il n'est pas au top du top contrairement à ce que beaucoup d'admirateurs veulent faire croire.

  • Par vangog - 15/02/2018 - 13:24 - Signaler un abus Macron explose les chiffres du chômage...

    Pour les catégories A, B, C, avec DOM, le nombre de chômeurs est 5 739 800. Sur trois mois, il augmente de 0,8 % (+0,1 % sur un mois et +0,6 % sur l’année 2017)...mais, pour les médias gauchistes, le chômage baisse franchement....incompréhensible mensonge! (Et ne parlons pas des chiffres du RSA qui explose, lui aussi, sous le règne du gourou des banques...)

  • Par Anguerrand - 16/02/2018 - 07:15 - Signaler un abus J’ai comme un (gros) doute sur ce chiffre qui dégringolerait

    d’un seul coup. Tout d’abord quand on veut obtenir un bon chiffre sur le chômage on supprime les DOM-TOM des stats. D’autre part le déficit de la balance commerciale extérieure ne baisse pas. Que l’on m’explique comment l’on peut parler d’une baisse de notre dette alors que l’etat dépense toujours plus même si les nouveaux impôts cachent la hausse de la dette. Hausses qui n’étaient pas dans le programme de Macron. On se réjouit d’un déficit de 3% alors que ces 3% continuent à aggraver notre niveau de dette et que se profile sérieusement une hausse des taux. 1% de hausse des taux nous coûterait au moins 40 milliards d’intérêts en plus. Nous sommes sur le fil du rasoir, mais surtout le cacher comme les hausses peu visibles des taxes et impôts.

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Alexandre Delaigue

Alexandre Delaigue est professeur d'économie à l'université de Lille. Il est le co-auteur avec Stéphane Ménia des livres Nos phobies économiques et Sexe, drogue... et économie : pas de sujet tabou pour les économistes (parus chez Pearson). Son site : econoclaste.net

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Frederik Ducrozet

Frederik Ducrozet est économiste senior chez Pictet Wealth Management, en charge de l'Europe, depuis septembre 2015. Auparavant, il était économiste chez Credit Agricole CIB entre 2005 et 2015. Spécialiste de l'économie européenne, et de la politique monétaire de la BCE en particulier, ses travaux portent notamment sur le cycle du crédit, les politiques monétaires non-conventionnelles et leurs conséquences pour les marchés financiers.

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