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6ème semaine de congés : les Suisses refusent de travailler moins pour gagner autant

A près de 70%, les électeurs suisses ont refusé par référendum une sixième semaine de congés. Abusés par la propagande patronale, ces naïfs craignaient d’y perdre en compétitivité…

Zone franche

Publié le

Aïe ! Ce sont les frontaliers français qui vont être de mauvais poil en arrivant au boulot ce matin : leurs collègues de travail helvètes ont en effet refusé, hier et à près de 70%, de s’octroyer une sixième semaine de congés payés…

C’est qu’ils sont comme ça, les Helvètes, sympas mais un peu bourrins. Contre toute raison, ils sont convaincus que c’est en continuant de travailler beaucoup (42 heures hebdomadaires en moyenne pour une durée légale de 45 heures) qu’ils préserveront leur niveau de vie élevé et leur quasi plein emploi.

N’importe quoi !

Le problème, c’est qu’ils ne sont pas assez perméables au consensus gaulois sur la façon d’aborder les grandes mutations du moment. Et bien trop sensibles à la propagande du patronat et des gnomes de Zurich. « Regardez les Français : depuis qu’ils sont passés aux 35 heures, leur chômage a explosé et leurs usines se délocalisent à la vitesse d’un cheval chinois au galop », assure benoîtement le MEDEF local.

Hum, c’est sûr, si l’on commence à introduire un argument aussi spécieux dans le débat, on ne va pas aller très loin. Oui la France compte proportionnellement trois fois plus de chômeurs que la Suisse, rémunère ses salariés jusqu’à deux fois moins, n’exporte plus grand chose quand le petit voisin inonde la planète de sa mécanique de précision et de ses molécules pharmaceutiques, mais il faut vraiment être d’assez mauvaise foi pour en conclure que c’est elle qui se plante.

Chacun sait bien, de fait, que si la France est dans les trente-sixième dessous, c’est justement parce qu’elle n’a pas encore suffisamment réduit la durée légale du travail et que c’est en passant aux 32 heures qu’elle redressera enfin la barre. Tout comme chacun sait bien que l’emploi est une sorte de gros fromage circulaire dont le volume est fixé par décret, sur la base d’une loi naturelle, et qu’il suffit de le découper en tranches toujours plus fines pour rassasier tout le monde.

Ah, s’ils faisaient du camembert, les bouffeurs de Gruyère, ils l’auraient compris depuis longtemps… Les frontaliers suisses travaillant en France pourraient d’ailleurs le leur expliquer, mais on me dit que c’est assez rare comme espèce. C’est dingue ce qu’ils sont à côté de la plaque, ces gens-là.  

 
Commentaires

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  • Par Equilibre - 12/03/2012 - 09:18 - Signaler un abus Le problème,

    c'est qu'il n' y a pas que les 35 heures qui expliquent le chômage actuel. Il faut prendre en compte aussi l'euro-mark (monnaie trop forte pour la France), la non adéquation entre l'EN et les emplois disponibles à la sortie, l'immigration massive de ces dernières années, la mutation des métiers disponibles, le manque d'investissement et de création d'entreprises de taille supérieur à 1, ... Trop long à toutes les expliciter. Les suisses ont bien raison de se méfier de ces solutions faciles à comprendre à la soi-disant logique implacable sans voir tous les ramifications derrière et la logique à long-terme. Et en plus, les salauds, non seulement ils n'en meurent pas d'être traités comme des esclaves taillables et corvéables, mais en plus ils vivent très bien. Alors pourquoi changer?

  • Par marco06 - 12/03/2012 - 09:29 - Signaler un abus LA SUISSE

    à méditer!!!

  • Par Hugues Serraf - 12/03/2012 - 09:55 - Signaler un abus @Equilibre

    Et le franc suisse est une monnaie faible ?

  • Par Equilibre - 12/03/2012 - 10:09 - Signaler un abus @Hugues Serraf

    Non, bien sûr. Mais le franc suisse est adapté à leurs besoins et à leur économie. C'est la toute la différence. Ils ont d'ailleurs eu des soucis avec dernièrement car il s'est assez fortement apprécié, apparaissant comme valeur refuge.

  • Par Rlilette - 12/03/2012 - 10:21 - Signaler un abus @Equilibre

    La Suisse est tout comme si elle était dans l'euro, le taux de change du CHF a été bloqué à 1.20€ depuis le début de la crise de la dette.

  • Par Equilibre - 12/03/2012 - 10:31 - Signaler un abus Je ne sais pas à quand vous

    Je ne sais pas à quand vous faites remonter le début de la crise, mais pour moi, c'est 2008. http://fr.exchange-rates.org/currentRates/E/CHF donc à 1.60 au départ. Le graphique étant plus parlant, je me tairai donc. PS: ma sœur frontalière a eu quelques sueurs froides cette été entre son salaire (suisse) et ses crédits(euro).

  • Par Le Nain - 12/03/2012 - 10:56 - Signaler un abus Curieux, très curieux.

    En analysant finement les résultats, nous pouvons constater que les cantons germaniques ont voté plus massivement contre cette proposition que les Romands et le Tessin. De là à dire qu'il y a une influence génétique qui sépare les les Germains et les Latins, je n'y crois guère, mais nous pouvons constater que l'influence culturelle française ne franchit pas la Sarine.

  • Par slavkov - 12/03/2012 - 13:46 - Signaler un abus déjà vu ...

    ... 35 heures c'est bon pour un pays comme le quatar, pas pour les fauchés ...

  • Par Mandos - 12/03/2012 - 14:18 - Signaler un abus Ça couine dur

    Merci Hugues Serraf de remettre un peu de modération au milieu de toute cette hystérie, une lecture hâtive de la presse française et romande ce matin aurait pu laisser croire qu'une cohorte de patrons chaussés de mocassins à gland s'adonnait sauvagement à la consommation d'entrailles d'enfants prolétaires vivants. Heureusement les Suisses ont quand même rajouté une boule à leur arbre de Noël du Progrès, grâce à l'initiative sur la limitation des résidences secondaires pour préserver la belle nature pure chaste et inviolée. Ça obligera certains récalcitrants à les prendre leurs six semaines... :)

  • Par zaz - 12/03/2012 - 15:55 - Signaler un abus Les 35 heures, c'est sympa...

    Les 35 - ou les 32 heures - c'est sympa. Ça permet aux bons petits patrons de pleurer ! De pleurer sur l'état qui est si vilain avec eux, et que donc, il faut absolument qu'ils délocalisent. C'est pas qu'ils aiment ça, mais comprenez bien qu'ils n'ont pas le choix. Et comme ça, même pas besoin de se remettre en question !!! Ou même de se poser des questions : comment les suisses arrivent au plein emploi malgrè des salaires élevés ? Alors que seules les 50h payées 10 permettraient de concurrencer les chinois ! Ou alors c'est que les patrons Suisse ont consacré leurs efforts à se créer une image de marque, on sut réfléchir a leurs investissements, pendant que les nôtres ont pleuré sur les 35 heures trop trop méchantes, et ont dépensé leur énergie a obtenir des réductions de charges. Mais non voyons, ce ne serait pas possible.

  • Par MRLECURE - 13/03/2012 - 08:26 - Signaler un abus Pardonnez-lui, il n'y connaît rien...

    Comme chacun le sait, le Monsieur dont je ne citerai même pas le nom, traitant les Helvètes de " Bouffeurs de Gryère " le cocrissime journaliste ? écrivain et blogueur ? n'y connaît rien mais alors rien à ce qui se passe en Suisse. Il est vrai que quand on nage dans la peuffe toute l'année on en vient à envier les autres et par là, les jalousant, on tient des propos qui frisent l'injure. Que dirait ce scribouillon à quatre sous si je me mettais aussi à dénigrer ce beau pays qu'est la France ? Il est vrai que cette nation a une exception culturelle mais si cette dernière tient des propos si déplacés, je comprend que la belle France soit au plus bas... dans mon estime... Je propose à ce pourfendeur de démocratie de changer de plume mais pas de plume de coq, s.v.p. Monsieur ;-)))

  • Par moustik55 - 13/03/2012 - 11:22 - Signaler un abus Article assez peu intelligent...

    "Aïe ! Ce sont les frontaliers français qui vont être de mauvais poil en arrivant au boulot ce matin : leurs collègues de travail helvètes ont en effet refusé, hier et à près de 70%, de s’octroyer une sixième semaine de congés payés…" Magnifique de lire cela ! S'ils sont mécontents, ils peuvent toujours retourner de l'autre côté de la frontière pour 50 à 60% de moins. La France est un pays magnifique qui a tout : une histoire, des paysages, une gastronomie, une culture, etc. etc. Mais dès lors comment expliquer que 75% de la population vivotte avec 1500 euros par mois ? Que dès qu'il y a la moindre réforme, c'est descente dans la rue ? Que le chômage soit historiquement élevé ? Je ne dis pas que la Suisse est LE pays le plus extraordinaire au monde mais, en tant que Suisse résident en France et pour avoir travaillé avec de très nombreux collègues français, je ne crois pas qu'ils sont malheureux d'être passés de Paris à Genève... De m'eme que je suis très heureux de passer certains de mes congés en France et d'y vivre ! jalousie quand tu nous tiens...

  • Par A2lbd - 13/03/2012 - 18:47 - Signaler un abus l'impact économiques des 35h n'a jamais été vraiment étudié

    d'un point de vue macroéconomique et c'est dommage... Il me semble qu'indéniablement en se restreignant à un niveau meso-économique Hugues Serraf et les Suisses ont raison. Mais on oublie un peu vite qu'il y a eu les 5 premières années qui suivirent l'instauration des 35 heures pas mal d'effets économiques induits d'un point de vue marcro non nuls. Des ménages se sont lancés dans l'activité de gîtes ou d’hôtellerie et les régions et syndicats du tourisme dépensaient des sommes non nulles pour promouvoir leur terroir ce qui était certainement positif pour le marché de la publicité. Il est tout autant compliqué de certifier que l'ensemble des Français voteraient pour le maintien des 35 heures en cas de référendum. Pour le moment aucun gouvernement n'a osé le proposer voire même seulement en évoquer l'idée. Or du sondage au vote à la suite d'une campagne il est un monde. Ce qui est dommageable à l'économie Française est surtout la faiblesse des syndicats qui sont en général peu représentatifs des travailleurs qu'ils représentent. La tradition française est de faire des syndicats (ouvriers et patronaux) des machines de combats et non des instruments de consensus.

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Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Ses derniers romans : Les heures les plus sombres de notre histoire (L'Aube, 2016) et Comment j'ai perdu ma femme à cause du tai chi (L'Aube, 2015).

 

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