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SOS vision politique : les Français atterrés par leurs partis et prêts à voter pour des candidats dissidents… mais pourquoi est-il devenu si difficile de les convaincre ?

74% des Français ont un sentiment négatif des partis politiques, selon un sondage Elabe pour Atlantico. La faute à une complexification du monde, où les clivages se font dans la nuance, depuis la fin de l'affrontement communisme-capitalisme. Un défi pour les représentants politiques d'aujourd'hui.

Génération nulle

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SOS vision politique : les Français atterrés par leurs partis et prêts à voter pour des candidats dissidents… mais pourquoi est-il devenu si difficile de les convaincre ?

Atlantico : Vous avez réalisé un sondage pour Atlantico pour mesurer la perception des partis politiques et de ceux qui les animent. Qu'avez-vous pu observer ?

Yves-Marie Cann : Les résultats du sondage réalisé par Elabe pour Atlantico témoignent du climat particulièrement dégradé auquel doivent faire face aujourd'hui les organisations politiques et ceux qui les animent. Invités à préciser ce qu'évoquent aujourd'hui pour eux les partis politiques, une large majorité de répondants (74%) se positionnent sur un item négatif : 40% éprouvent de l’inquiétude à propos des partis politiques et jusqu’à 34% de la colère. S’ajoute à cela le fait que les partis politiques suscitent l’indifférence de 22% des personnes interrogées.

Au final, seuls 4% nous donnent une réponse positive : 1% répondent que les partis leur inspirent de l’enthousiasme et 3% de la confiance. De tels résultats illustrent l'impasse dans laquelle semblent aujourd'hui se trouver les formations politiques françaises, comme en témoigne d’ailleurs la faiblesse numérique de leurs effectifs d’adhérents. De partis de masse dans les années 1970 et 1980, nous avons désormais face à nous des partis qui s'apparentent pour l'essentiel à des partis de cadres, c'est-à-dire des groupements d'élus, de collaborateurs d'élus et de leurs proches. Jamais sans doute depuis des décennies la distance avec les citoyens et la base électorale n'a été aussi grande. 

Cette situation n'est pas sans conséquences pratiques, puisque comme le montre notre sondage la marque partisane s'avère extrêmement faible dans la perspective de l'élection présidentielle. Certes, elle fonctionne toujours comme un repère utile pour se positionner dans le champ politique, mais elle ne garantit pas pour autant le vote en temps d'élection. Ce sont ainsi 78% des personnes interrogées qui nous répondent qu'elles pourraient voter pour un candidat qui serait ni issu ni soutenu par un parti politique à l'élection présidentielle, un tiers allant même jusqu'à répondre "oui, certainement" à cette proposition. Enfin, invités à préciser quel est l’élément qui compte le plus dans leur choix à l’élection présidentielle, 59% répondent le programme du candidat, 20% son expérience, 16% sa personnalité… et seulement 5% le ou les partis qui le soutiennent.

>>>>> Lire aussi : Forte envie d'autres têtes : 78% des Français prêts à voter pour un candidat ni issu ni soutenu par un parti et 66% pour un candidat en dissidence avec le sien

Dans un sondage Elabe pour Atlantico, 74% des sondés ont un sentiment négatif à l'égard des partis politiques (ressentent de la "colère" ou de "l'inquiétude"). Quelle part peut-on attribuer au fait que les gouvernants se soient défaussés du politique au profit des réponses techniques ?

Vincent Tournier : Peut-on dire que les politiques se sont défaussés sur les experts ? Les experts sont sans doute plus présents qu’avant, mais les politiques continuent de tenir les leviers de commande. C’est pourquoi l’idée d’une crise des partis politiques n’est pas vraiment justifiée. Plus exactement, tout dépend de ce que l’on entend par crise. Les partis politiques ont une mauvaise image, mais ce n’est pas nouveau. De plus, même si cette crise de confiance s’est aggravée, cela n’empêche pas les partis de continuer de jouer un rôle central dans la vie politique, peut-être même encore plus central que dans le passé. Un signe ne trompe pas : ce sont toujours les partis qui sélectionnent les candidats aux élections, et la grande majorité des élus continuent d’appartenir aux partis de gouvernement. Lors des élections, on n’assiste pas à un court-circuitage des partis par des candidats indépendants, et la plupart des élus sont toujours issus des grands partis.

Les primaires fournissent une illustration supplémentaire de cette situation paradoxale. Certes, les primaires visent à répondre à la crise de confiance que connaissent les partis : elles cherchent à leur donner un coup de jeune (et au passage à trancher les querelles de leadership). Mais la polarisation des débats actuels autour de ces primaires démontre que tout passe encore par les partis. On voit bien d’ailleurs que les principaux leaders continuent de scruter attentivement ce qu'il se passe dans la vie interne des partis et ne négligent pas de les contrôler. Est-ce un hasard si Nicolas Sarkozy a bataillé ferme pour prendre la présidence de l’ex-UMP ? Donc, paradoxalement, jamais les partis n’ont été aussi peu aimés, mais jamais ils n’ont joué un si grand rôle dans la vie politique. Est-ce dû à un certain légitimisme des Français ou, plus simplement, à une peur de l’inconnu ? En tout cas, le système tient bon.

Depuis la chute du mur de Berlin, l'Occident a perdu une opposition structurante de la vie des idées.  D'une confrontation entre communisme et capitalisme, l'offre se différencie plutôt sur des nuances de capitalisme...Si les hommes politiques n'arrivent pas à satisfaire ceux qu'ils sont censés représenter, dans quelle mesure cette complexification du monde rend-elle la tâche difficile aux représentants politiques ?

Vincent Tournier : L’effondrement du système communiste a donné un regain de légitimité aux idées libérales et a discrédité tout projet alternatif. Le libéralisme est devenu le credo de référence : c’est par rapport à lui qu’il faut se situer, ce sont les idées libérales qui servent de point de départ à toute discussion, ce qui n’était pas toujours le cas autrefois. Dans le passé, l’intervention de l’Etat allait au contraire de soi et il fallait justifier une réforme libérale. Aujourd’hui, c’est plutôt l’inverse : l’intervention de l’Etat est a priori suspecte, ce qui n’est pas sans poser problème pour justifier la régulation de certains problèmes comme la drogue, l’obésité ou la burqa.

Face à la puissance idéologique du libéralisme, la gauche est bien en peine de proposer une réponse. Il suffit de voir le malaise de François Hollande lorsqu’un journaliste de France Inter lui demande naïvement s’il est "encore un homme de gauche". Non sans hésitation, François Hollande s’est abrité derrière son statut de président et s’est contenté de répondre qu’il a toujours été favorable à l’égalité, à la dignité et au progrès. Il n’a pas pris de risque : qui peut être en désaccord avec des valeurs aussi consensuelles ? Qui souhaite l’inégalité, le mépris et la régression ? Les journalistes devraient peut-être essayer de le titiller un peu plus sur ce sujet.

Quoiqu’il en soit, ce rétrécissement dans l’éventail du discours politique est probablement un facteur de démobilisation des électorats. En même temps, force est de constater que les électeurs ne choisissent pas les candidats qui entendent se démarquer radicalement du libéralisme. C’est sans doute parce que, d’une certaine façon, les idées libérales rassurent, ce qui peut se comprendre : une société qui accorde du prix aux libertés est certainement plus satisfaisante qu’une société qui les rejette.

Il reste qu’un sentiment diffus se répand. Les électeurs voient bien que les dirigeants tiennent à peu près les mêmes discours et, surtout, qu’ils mènent des politiques comparables. Ils en tirent la conclusion que les contraintes sont très fortes, ce qui leur ôte toute illusion sur les politiques alternatives, donc sur le rôle des élections. D’où la situation paradoxale que nous connaissons : d’un côté une crise de confiance dans la représentation politique, de l’autre aucun contre-projet crédible.

 
Commentaires

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  • Par goethe379 - 21/02/2016 - 11:27 - Signaler un abus Code électoral

    Malheureusement, les français n'ont aucune chance de choisir en dehors des partis puisqu'il faut pour se présenter obtenir des parrainages d'élus, et donc issus des partis. Les règles ont été faites pour éviter au peuple d'avoir à exercer sa liberté de choix.

  • Par lexxis - 21/02/2016 - 12:17 - Signaler un abus UN DÉSASTRE!

    Il y a longtemps en France que la démocratie a abdiqué sa représentation en faveur des partis. Et nous n'avons plus en conséquence de démocratie véritable, mais un pays ballotté au vent des élections et des avantages particuliers sans aucune stratégie. De Gaulle avait vu juste: les partis ne poursuivent jamais que leur politique, pas celle de la France. Et en plus, ils coûtent cher!

  • Par Linux - 21/02/2016 - 16:43 - Signaler un abus La PEDAGOGIE ?

    De mai les hommes politiques ne font plus que ça : de la pédagogie ! La pédagogie, c'est uniquement essayer de t'expliquer pourquoi on va faire une débilité de plus. La pédagogie, c'est prendre les électeurs pour des imbéciles, pour des enfants censés ne pas comprendre comment on est en train de les entuber une fois de plus. Un politicien ne fait pas de pédagogie : il MENT, sciemment , au minimum par omission , mais il ment.

  • Par Yves3531 - 21/02/2016 - 17:08 - Signaler un abus Les racines du problème sont les extraordinaires pouvoirs...

    donnés aux contre-pouvoirs. Les droits hors du commun et avantages attrbués aux syndicats en France sont tels que ceux-ci ont un tel pouvoir de blocage et de nuisance voire d'implosion sur des entreprises, des secteurs économiques, des artères économiques vitales comme l'énergie ou les transports, le système nerveux administratif, ... qu'ils paralysent tout mouvement, toute action, toute information, tout enseignement allant à l'encontre de leurs petits intérêts bien camouflés derrière une idéologie paravent. Le jour où on les aura fait rentré dans le rang strict de leur rôle et éliminé leur comportement mafieux nuisible, les politiques pourront à nouveau jouer leur rôle et retrouver leur crédibilité en réalisant ce pourquoi nous les élisons. Les américains ont notamment en leur temps mis à bas entre autres le syndicat mafieux des transporteurs de Jimmy Hoffa, plus près de nous Margareth Tatcher a remis le Royaume uni sur les rails après avoir lutté à mort des mois durant contre des syndicats nuisibles...

  • Par Liberte5 - 21/02/2016 - 18:16 - Signaler un abus Comment voulez vous qu'il en soit autrement.?

    La démagogie a tenue lieu de discours politique et comme la désillusion a vite été au rendez vous, les Français ont mis finalement compris que le système était bien verrouillé par les partis. Et que les partis étaient eux même bien verrouillés par les hauts fonctionnaires. Les adhérents de base comprennent vite que leur opinion , leur avis, voire leurs convictions et leurs idées étaient nulles et non avenues. Ces adhérents sont utilisés pour les réunions, les meetings. C'est tout. Pour le reste on se moque de leur point de vue et il quittent peu à peu les partis. Dans ces conditions pourquoi et comment y aurait-il un respect des partis.

  • Par Alua - 21/02/2016 - 18:47 - Signaler un abus La Phynance

    Pour ajouter à tous ces commentaires pertinents, je ferai remarquer que les partis disposent seuls de l'argent (public) pour financer les campagnes électorales et ne sont pas disposés à partager. Nous n'avons pas chez nous de milliardaire qui oserait s'opposer à ses bons amis de la classe dirigeante au risque d'y perdre bien plus qu'il n'y pourrait gagner.

  • Par toupoilu - 21/02/2016 - 19:06 - Signaler un abus C'est un peu fort de dire que tout les partis font la meme chose

    en déconsidérant 30% de l’électorat d'un simple "populisme", alors que la, il y a un projet radicalement différent. Auquel on peut adhérer ou pas, mais qu'il devient ridicule de discréditer alors que de plus en plus d’économistes commencent à dire (ici même sur atlantico) qu'il est peut être plus proche de la réalité que la doxa récessioniste des "partis de gouvernement". L'euro n'est pas un totem au point de perdre toute honnêteté intellectuelle et toute ouverture d'esprit.

  • Par toupoilu - 21/02/2016 - 19:24 - Signaler un abus D'autre part,

    lorsque l'on voit que le traité TAFTA qui nous engage tous n'est consultable que sous condition et sous réserve de confidentialité, ça donne quelque consistance au mot COMPLOT.

  • Par lepaysan - 21/02/2016 - 20:47 - Signaler un abus Plus de bon sens et d'humain

    arrêtons d'emmerder le citoyen sur des détails liés à l'idéologie qui nous gouverne Moins d'administration, moins de normes, moins d'élitisme et plus flexibilité, d'humain, de bon sens et de simplicité. Et consacrons nos energies à lutter contre le terrorisme

  • Par Ganesha - 22/02/2016 - 05:41 - Signaler un abus Yves 3531

    Votre perception de l'histoire, de l'évolution de la politique et de la société est restée bloquée il y a trente cinq ans. Vous êtes sourd et aveugle sur ce qui a suivi ! On a détruit les syndicats et cela vous réjouit, mais la société est désormais gouvernée par les banquiers et l'oligarchie, tandis que le taux de pauvreté s'accroit dans tous les pays occidentaux, Allemagne, Angleterre et USA compris. Mais pour l'instant, votre retraite vous est encore versée régulièrement, et, vous ne regardez pas plus loin que le bout de votre nez !

  • Par genbea75018 - 22/02/2016 - 08:27 - Signaler un abus Les Français et les politiques

    " mais pourquoi est-il devenu si difficile de les convaincre ?" - Question quelque peu naïve !.Ayant été trompée depuis longtemps par des politiques, droite et gauche confondues, qui promettent monts et merveilles lorsqu'ils sont en "campagne de séduction" et qui ne réalisent jamais ce à quoi on pouvait s'attendre, il est compréhensible qu'on ne croit plus du tout en des promesses "racoleuses" dont on sait qu'elles ne seront pas tenues.

  • Par zouk - 22/02/2016 - 09:13 - Signaler un abus Opinion publique

    Débâcle des partis? Sans aucun doute, mais qui lit ou lira réellement le programme des candidats déclarés ou attendus? Une escalade de promesses démagogiques se préparerait-elle aux approches des élections? ou l'évolution des électeurs à l'égard de nos problèmes et des solutions à y apporter conduira-t-elle à un sursaut?

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Yves-Marie Cann

Yves-Marie Cann est politologue, spécialiste de l’Opinion publique. Il a dirigé les études d'opinion (Politique, société et affaires publiques) au sein de l'Institut CSA. Il est désormais Directeur des études politiques chez Elabe, cabinet d'études et de conseil.Twitter : @yvesmariecann

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Vincent Tournier

Vincent Tournier est maître de conférence de science politique à l’Institut d’études politiques de Grenoble.

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Christophe de Voogd

Christophe de Voogd est historien spécialiste des Pays-Bas (Histoire des Pays-Bas des origines à nos jours chez Fayard). Il enseigne l'histoire des idées politiques et la rhétorique politique à Sciences-Po. 

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