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Sommeil réparateur : ce que l'abandon de la sieste nous a fait perdre

En imposant des heures de travail fixes, l'industrialisation, puis la tertiarisation de notre société ont chamboulé notre rythme naturel de repos. Nous dormons moins, et nous avons aussi majoritairement tiré un trait sur la sieste. Deuxième épisode de notre série sur le rapport au temps dans le monde moderne.

Zzzz

Publié le - Mis à jour le 28 Août 2013
Sommeil réparateur : ce que l'abandon de la sieste nous a fait perdre

Un Français sur trois souffre de troubles du sommeil. Crédit Reuters

A (re)lire, le premier épisode de notre série sur le rapport au temps dans le monde moderne : Qu'avons-nous perdu en perdant l'ennui ?

Atlantico : Un Français sur trois souffre de troubles du sommeil. Nos ancêtres étaient-ils confrontés au même problème, ou s’agit-il d’un mal purement moderne ?

Bruno Comby : On constate en effet  une aggravation des troubles du sommeil dans le monde moderne. Nous commettons des erreurs, qu’il conviendrait de rectifier. On en distingue deux qui sont particulièrement répandues.

D'abord, la lumière joue un rôle important dans la synchronisation du sommeil, via la sécrétion des hormones de l’éveil et du sommeil.

La lumière artificielle d’une part, et les écrans d’autre part, qui nous gardent éveillés jusque très tard, diminuent la durée et la qualité de notre sommeil. Il faut donc veiller à ne pas être exposé à la lumière trop tard le soir, et faire attention à ce que les enfants et les adolescents ne restent pas devant la télévision ou l’ordinateur jusqu’à une heure avancée de la nuit. Autrement le cerveau, qui a besoin de l’obscurité pour se reposer, ne peut pas trouver le sommeil.

Ensuite, un certain nombre de substances chimiques stimulant l’éveil sont consommées : nicotine, caféine (que l’on trouve dans le café mais également dans le Coca cola), etc. Ces excitants nerveux repoussent le sommeil. En entreprise, lorsqu’on est fatigué, au lieu de s’accorder quelques minutes de sieste on se dirige vers la machine à café. Cela fonctionne, certes, mais répétée fréquemment, cette consommation conduit à un dérèglement des rythmes de l’éveil et du sommeil. Prenons l’image d’un cheval de trait : si on lui permet de se reposer et de se nourrir, il pourra continuer durablement son travail. Si au lieu de lui donner le repos nécessaire on le fouette pour qu’il avance toujours plus, cela fonctionnera une première fois, puis une deuxième, mais au bout d’un moment l’animal connaîtra des problèmes de santé prématurés par rapport à son âge. Notre fonctionnement au quotidien est assez comparable : au lieu de nous reposer, nous nous donnons un coup de fouet à base de caféine.

Ce sont donc ces deux facteurs qui expliquent le mieux l’aggravation considérable des troubles du sommeil ces dernières décennies.

Les Français dorment en moyenne sept heures et huit minutes par nuit. Cela est-il suffisant ?

La durée du sommeil a eu tendance à diminuer ces dernières décennies. Autrefois, nous étions plus proches de huit heures de sommeil en moyenne. Au-delà de la durée du sommeil, c’est surtout la répartition du sommeil dans la journée qui est mauvaise. Autrefois on avait tendance à fractionner le temps de sommeil, ce qui correspondait aux besoins de notre corps, alors qu’aujourd’hui ce dernier s’est concentré en un épisode unique. Nous aurions intérêt à morceler la journée en quelques épisodes d’activité. L’idée selon laquelle il serait possible de se lever à 7h du matin et de rester en pleine forme en étant extrêmement actif jusqu’à 11h du soir, est fausse. C’est pourquoi nous avons besoin de la sieste, mot qui nous vient du latin – sixta, la sixième heure du jour.

On distingue à ce propos trois types de siestes, en fonction de leur durée : la sieste "flash", qui dure moins de cinq minutes, la "standard", entre dix et quarante minutes, et la "royale", au-delà de 40 minutes. Cette dernière n’est pas conseillée en pratique régulière, en revanche les deux autres sont hautement recommandées.

Un stagiaire allemand travaillant dans le milieu bancaire à Londres est récemment décédé après avoir travaillé trois jours d’affilée. Jusqu’où pouvons-nous tenir sans sommeil, et quels sont les risques ?

Le sommeil est indispensable à la santé, plus que le fait de manger. On peut jeûner pendant plusieurs semaines, en revanche une carence en sommeil de seulement quelques jours n’est pas tenable. Si l’on constate aujourd’hui un éveil des consciences sur la question de la qualité de l’alimentation, on commence seulement à redécouvrir l’importance d’un bon sommeil. Il s’agit d’un domaine dans lequel nous avons encore énormément de progrès à effectuer. Le cas de ce stagiaire est un signal de plus, invitant chacun à redécouvrir son sommeil.

A partir de quand notre fréquence et notre temps de sommeil ont-ils commencé à diminuer ?

Plusieurs éléments déterminants sont intervenus dans notre rapport au sommeil. Parmi eux, la révolution industrielle, qui a introduit un rythme de travail très différent. On est passé d’une société à dominante agricole, dans laquelle on travaillait beaucoup, mais où la journée était jalonnée de temps de repos, à un travail à l’usine, puis en bureau avec le développement du tertiaire, qui a imposé des horaires rigides. Pour respecter ces horaires sans souplesse, on se tourne vers les excitants nerveux.

Un deuxième facteur est venu à peu près en même temps que le développement de la révolution industrielle, c’est la lumière artificielle, rendue possible grâce à l’ampoule à filament. La lumière artificielle existait déjà, mais au travers de lampes à huile ou à pétrole, qui ne perturbaient pas beaucoup le rythme de vie des gens. La lumière électrique, en permettant de veiller beaucoup plus tard, a contribué à dérégler notre sommeil.

Le phénomène s’est aggravé ces dernières années avec le développement du matériel informatique. Avec une ou deux télévisions et autant d’ordinateurs dans chaque maison ou appartement, quasiment tous les citoyens ont la possibilité de veiller très tard, et par conséquent de moins bien respecter leur sommeil. Nous sommes donc d’autant plus appelés à nous questionner sur ces problématiques.

 
Commentaires

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  • Par tubixray - 27/08/2013 - 09:05 - Signaler un abus point de vue d'un adepte

    de la sieste ayant la chance d'avoir un bureau fermant à clef. Non seulement j'y consacre moins de temps (15 min ) que bien des collègues qui bavardent en prenant le café en attendant le retour du "chat" mais la position que j'adopte est excellente pour le dos. OK, si je perds du temps dans la journée, c'est en lisant Atlantico :-)

  • Par jerem - 27/08/2013 - 20:51 - Signaler un abus et rien sur la pub et la tele en continu c'est dommage

    evidemment rien sur la télé, les pubs, les programmes en second et 3e partie de soirée avec des coupures pubs pour faire du chiffre d'affaires ..... Rien .... c'est normal comme poru les faits divers qui aucunement ne peuvent avoir une once de sources dans les series teles policieres a boucherie ouverte 365 jours par an ....

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Bruno Comby

Bruno Comby est polytechnicien et directeur scientifique de l'Institut Bruno Comby.

Il est l'auteur de l'Eloge de la sieste (TNR, 2005)

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