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La Russie prête à aider financièrement la Grèce (et ce que ça dit du poids des héritages religio-culturels dans la géopolitique européenne)

Alexis Tsipras a amorcé un début de rapprochement avec la Russie qui envisage déjà de verser une aide financière à la Grèce. Une proximité qui au-delà de son utilité dans le jeu diplomatique révèle qu'un corpus de valeurs et d'histoire communes vaut autant que la convergence des intérêts.

Diplomatie orthodoxe

Publié le

Atlantico : Que fait concrètement aujourd'hui la Russie pour la Grèce, et quelles sont les proximités culturelles et/ou religieuses entre ces Etats ?

David Engels : Tout d’abord, je doute qu’il s’agisse d’autre chose que d’une double manœuvre politique éphémère, bien que fort habile, à la fois de la part du gouvernement russe que du nouveau gouvernement grec. Tsipras frappe fort : entrevue avec l’ambassadeur russe le jour-même de son entrée en fonction ; désaveu momentané de la prolongation des sanctions contre la Russie ; incitation des Russes à lancer une offre de crédit à la destination de la Grèce – tout ceci est sensé montrer aux dirigeants européens, et avant tout à Merkel, que la Grèce n’est pas seule contre tous, le dos contre le mur, mais pourrait se joindre au camp russe.

D’un autre côté, la Russie sort également gagnante de cette manœuvre de propagande : elle a d’ores et déjà jeté la pomme de discorde dans les rangs des Européens et affaibli l’opposition contre sa tentative de faire revenir l’Ukraine dans le giron de Moscou. Outre déstabiliser l’Union européenne et créer des conditions plus propices à la renégociation de la dette grecque, je doute que ce rapprochement grec avec la Russie aboutisse à quoi que ce soit de concret et que la Grèce veuille véritablement accepter de se placer dans la même situation que le Belarus, dépendant entièrement des subsides russes.

Abstraction faite de ce petit jeu de poker dangereux, car l’enjeu en est la stabilité de l’Eurozone dans son entièreté, les liens réels entre Russie et Grèce sont relativement réduits et plutôt d’ordre culturel qu’économique. Certes, la Russie est devenue, en quelques années, avec 12,5% de l’ensemble du marché, le principal partenaire commercial de la Grèce en ce qui concerne l’importation (surtout du gaz), juste avant l’Allemagne (avec env. 9,2%) ; un chiffre représentant d’ailleurs plus d’un quart des importations venant, en général, des pays de l’Union européenne (44,5%). En revanche, l’exportation de produits grecs vers la Russie est, pour ainsi dire, dérisoire (1,5%), tout comme la part des Russes dans le tourisme en Grèce (5,5%), et la proposition russe de lever l’embargo qui frappe les exportations de denrées alimentaires de la Grèce vers la Russie, si cette première devait se désolidariser de l’Union européenne, reste, somme toute, relativement négligeable.

Mais outre les relations économiques, n’oublions pas l’élément culturel qui favorise aussi une certaine proximité entre les deux pays, et qui est fondé dans le partage de la fois orthodoxe. De plus, depuis la chute du communisme, nous assistons à un renouveau de la prétention traditionnelle de Moscou de se considérer, dans l’héritage de Constantinople, comme la « troisième Rome » et donc comme protectrice auto-proclamée de l’orthodoxie partout dans le monde. Finalement, il ne faut pas oublier la nécessité vitale pour la Russie de contrôler les Dardanelles afin de s’assurer un accès à la Méditerranée, ce qui oblique Moscou depuis des siècles à entretenir une entente cordiale avec Athènes pour contrer l’hostilité traditionnelle entre la Russie et la Turquie.

 
Commentaires

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  • Par zouk - 01/02/2015 - 12:57 - Signaler un abus Grece-Russie

    Voilà qui nedevrait guère durer: les Grecs on encore le souvenir d'une guerre civile impitoyable attisée longtemps par les Russes. Mias la mémoire des peuples est courte;

  • Par vangog - 01/02/2015 - 13:22 - Signaler un abus Les Russes aiment jeter de l'huile sur les braises de l'UE...

    qui ne demande que ça pour s'enflammer...pourquoi? Quel intérêt ont les Russkoffs à déstabiliser l'Europe? De vieilles pratiques socialistes à base de déstabilisation de l'adversaire, de manipulation et de mensonges? De vieux relents de guerre froide et de dictature socialiste? Normal! Car les apparatchiks socialistes ont mis la main sur les décombres de l'URSS...avec la bénédiction des médias gauchistes occidentaux qui ont fait croire au souffle de la Liberté et de la paix...les menteurs sont punis! Car c'est le vent de la guerre et de l'autocratie qui souffle de Russie...et ce n'est pas fini!

  • Par Texas - 01/02/2015 - 13:41 - Signaler un abus @ vangog

    Il va devenir nécessaire de sortir de vos standards des années 70 , vangog , surtout lorsque le financement du F.N vient de la Czech-Russian Bank .

  • Par vangog - 01/02/2015 - 13:58 - Signaler un abus @Texas une banque...pas un état, Texas!

    Poutine aurait-il aussi mis la main sur les banques? Je n'ose le croire d'un si grand démocrate...

  • Par bjorn borg - 01/02/2015 - 16:14 - Signaler un abus vangog déconne par moment

    Les européens emmerdent les Russes. Pourquoi les Russes n'emmerderaient pas les européens??? Elle est où votre logique?

  • Par Texas - 01/02/2015 - 20:32 - Signaler un abus @ vangog

    Durant les années 90 , le dépeçage des territoires ( Georgie , Ossetie du Sud , Azerbaidjan et même des tentatives sur le Tatarstan ..) et des conglomérats de l' ex-Union Soviètique c' est fait avec le concours d' autres oligarques Pro-Occidentaux . Le coup d'arrêt a été donné par Mr Poutine et c'est ce qui explique qu' il soit plebiscité aujourd'hui en Russie .Prétendre que la Russie tente de déstabiliser l' Europe est un raccourci anachronique auquel je ne souscris pas . L' inverse pourrait être aussi crédible au regard de la situation Ukrainienne . Et je ne suis pas fan du tout , ni nostalgique de l' ère Soviètique .

  • Par vangog - 01/02/2015 - 23:00 - Signaler un abus Les oligarques fantômes de la grande démocratie russe...

    "L’UE a déjà placé sur sa liste noire de nombreux membres du Conseil national de sécurité russe avec l’ajout samedi du chef du Service fédéral de sécurité (FSB), Nikolaï Bortnikov, du chef des services de renseignement extérieur, Mikhaïl Fradkov et du secrétaire du Conseil de sécurité russe, Nikolaï Patrouchev, ancien chef du FSB. «Nous devons geler leurs comptes bancaires dans les capitales européennes et leur retirer leurs autorisations de voyager», avait annoncé samedi le vice-chancelier allemand, Sigmar Gabriel. «Nous devons y parvenir la semaine prochaine», avait-il insisté. La liste noire de l’UE comprend déjà 87 personnes et 20 entités interdites de visas et dont les avoirs dans l’UE sont gelés". Oui, Poutine a bien fait le ménage parmi ses oligarques...il n'a conservé que les plus fidèles, les autres pourrissent en Siberie.

  • Par Geolion - 01/02/2015 - 23:19 - Signaler un abus La Grèce responsable !

    Ce qui est arrivé aux Grecs depuis quelques années est entièrement de leur faute : déclarations et comptes frauduleux pour pouvoir entrer dans l'U.E., fraudes fiscales massives entre 40 et 45 milliards d'euros en 2012 ! On peut dire que le paiement des impôts et des cotisations sociales se faisait sur la base du volontariat avant 2010, poursuit un fonctionnaire européen présent à Athènes ! Absence de cadastre et donc absence de recettes correspondantes pour l'Etat, non imposition des armateurs (ultra riches), corruptions massives et généralisées, petit travail très tranquille avec heures d'arrivée et de départ au travail très élastiques. "L’un des problèmes majeurs reste le trafic de carburant qui permet d’éluder des milliards d’euros de taxes. Mais on n’y touche pas, car les intérêts en jeu sont trop puissants."Pratiquement pas de contrôles fiscaux ! La Grèce compte près de 25% de fonctionnaires parmi la population active ! "Au Parlement les employés travaillent 12 mois mais reçoivent 16 mois de salaires, ...les fonctionnaires obtiennent des primes pour bien se vêtir et se présenter à l'heure au travail». Toutes ces anomalies sont toujours en place ! Donc : NON à une remise de la

  • Par de20 - 01/02/2015 - 23:37 - Signaler un abus On peut quand même pas

    On peut quand même pas reprocher aux Russes de servir leurs intérêts sur le dos des nôtres bradés par l'u.e et ses cancres retheurs.

  • Par Texas - 02/02/2015 - 21:06 - Signaler un abus @ vangog

    Votre description correspond à une mesure de rétorsion de l' U.E sur des actifs bancaires d' Officiers de Renseignement Russes au mileu de la crise Ukrainienne . J' attends les pratiques de déstabilisation . Merci de nous rappeler qui était le Président Ukrainien Pro-Russe déchu aprés Maîdan . Des mouvements subversifs Russes dans les pays Baltes , dans les Balkans ...,? .

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David Engels

David Engels est historien et professeur à l'Université Libre de Bruxelles. Il est notamment l'auteur du livre : Le déclin. La crise de l'Union européenne et la chute de la République romaine. Quelques analogies, Paris, éditions du Toucan, 2013.

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