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Refondation à vide : comment la droite est bien partie pour "rater" la défaite de François Fillon comme elle avait "raté" celle de Nicolas Sarkozy

Comme en 2012, la défaite a fait perdre à la droite son chef, et comme en 2012, le parti semble se lancer dans une guerre des chefs plus destructrice que refondatrice. Pourtant, en regardant les erreurs faites dans le passé, celles que Les Républicains semblent sur le point de commettre pourraient être évitées.

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Refondation à vide : comment la droite est bien partie pour "rater" la défaite de François Fillon comme elle avait "raté" celle de Nicolas Sarkozy

La droite a-t-elle raté l'après-défaite 2017 comme elle avait raté celle de 2012 ? Quelles sont les leçons que les Républicains auraient du tirer de cet échec ?

Eric Verhaeghe : Trois leçons, de mon point de vue, n'ont pas été tirées de la défaite de 2012, puisqu'elles se reproduisent aujourd'hui. Première leçon: la droite n'a pas cherché à reconstituer une unité fondée sur un projet idéologique commun. Elle en reste à ses vieilles fractures et n'entreprend pas le projet de les dépasser en renouvelant sa cortication idéologique. Face à cette incapacité à se repenser, la droite est condamnée à se maintenir dans une sorte d'état dépressif. Deuxième leçon: la droite ne prend pas le temps de forger un projet global pour le pays.

Prenons l'exemple de la campagne des législatives. Il y avait une vraie question à se poser sur la baisse des cotisations sociales et sur la fiscalisation des recettes de la sécurité sociale. De ce point de vue, le projet macronien de hausse de la CSG est sans doute critiquable, mais il mérite une prise en compte un peu plus "épaisse" que le dénigrement systématique dont il est l'objet sur le mode du: "ne faites pas payer les vieux". On voit ici que le discours de la droite est en-dessous de la ligne de flottaison idéologique qui devrait être la sienne. Troisième leçon: la droit traditionnelle devrait repenser ses relations avec le Front National. Tant que le "front républicain" continuera à agir, la droite républicaine s'expose au risque d'être battue par une manoeuvre à la Macron comme nous l'avons vue à l'occasion de la présidentielle. 

Erwan Le Noan : On ne peut pas dire que la droite ait déjà raté l’après défaite 2017 : nous sommes à peine un mois après le résultat des élections législatives. Il est encore beaucoup trop tôt pour tirer des conclusions.

Ce qui se dessine à ce stade ne semble toutefois pas montrer que la droite a beaucoup appris de 2012. Comme après la défaite de Nicolas Sarkozy, la voilà repartie dans les conflits d’égo : Xavier Bertrand, Valérie Pécresse et Laurent Wauquiez semblent établir leurs stratégies non en fonction de l’avenir de la droite mais selon leurs intérêts personnels. On est très loin du renouvellement dont la droite aura besoin pour revenir au pouvoir.

En outre, comme en 2012, la droite ne fait toujours pas de bilan de sa défaite. Elle préfère les invectives et les raccourcis. Les uns accusent les autres d’être à la source de l’échec : soit le candidat était trop mauvais, soit son programme était trop libéral, soit les centristes étaient des traitres, soit les autres étaient trop à droite…

Enfin, la droite ne travaille pas non plus sur les idées : c’est le vide intellectuel… Que pense la droite de l’avenir du pays ? Quelle est sa vision de la société ?

Quels sont les éléments de 2007 que la droite n'arrive toujours pas à retrouver ? Sur quels points prioritaires doit-elle aujourd'hui se renouveller ?
 

Eric Verhaeghe : Sarkozy a gagné sur une énergie de changement à la fois libéral et conservateur, au sens de souverainiste. Il a perdu l'élection de 2012 faute d'avoir mis en oeuvre ses idées. Ce qui a pu séduire, à cette époque, c'était l'ambition de renouveler le pays sur une logique globale de baisse des dépenses publiques. Fillon a porté un projet de la même essence lors de la primaire. Sa vision d'une société française remise en ordre de marche sur un socle ordo-libéral, retrouvant sa place internationale et sa souveraineté par une maîtrise des dépenses publiques, a fortement séduit la droite traditionnelle. C'est ce fondement ordo-libéral souverainiste qui constitue aujourd'hui le terreau du mouvement, de la dynamique à droite. Il faut donc que la droite épure en elle tous les éléments étatistes et dépensiers, les mous du genou des amortisseurs sociaux, pour retrouver la voie de la victoire. Prioritairement donc, deux choses s'imposent: recentrer son projet sur un ordo-libéralisme patriotique, dégager tous ceux qui ne se retrouvent pas dans cette ambition. 

 
Commentaires

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  • Par J'accuse - 11/07/2017 - 09:44 - Signaler un abus Les vrais leaders sont des raretés

    Ce n'est pas la Ve république qui exige un seul leader: qu'on regarde seulement en Angleterre et en Allemagne pour en avoir la preuve. Elle lui donne une grande légitimité (pour 5 ans) et donc des moyens renforcés pour mettre en œuvre une politique forte et responsable: le problème est que très peu de leaders ont la nécessaire carrure et l'indispensable probité pour ça: à peine élus sur des mensonges, ils ne sont préoccupés que de leur réélection sur les mêmes bases. Peut-être qu'autoriser un seul mandat serait un début de commencement d'amélioration des comportements.

  • Par Michèle Plahiers - 11/07/2017 - 09:52 - Signaler un abus Impasse et manque

    Les électeurs commencent à comprendre que seuls "des malades" arrivent au sommet du pouvoir. Paranoïaques-hystériques, le plus souvent.

  • Par Michèle Plahiers - 11/07/2017 - 09:53 - Signaler un abus Seule solution

    La durée des mandants doivent être réduits au minimum. Cela fait 19 ans qu'Elio Di rupo a fait main basse sur la Belgique....

  • Par GP13 - 11/07/2017 - 11:13 - Signaler un abus Quelle droite ?

    Chez nous, le terme de droite ne semble que désigner un conglomérat d'ambitions disparates voire opposées dont le lien est l'objectif de gagner des places aux élections. La droite n'existe pas vraiment, parce qu'elle a toujours accepté la tutelle morale de la gauche socialiste, et aussi, parce que la République étant génétiquement de gauche, tout parti "républicain" est de gauche..... Au libéralisme libertaire et individualiste des tenants de la mondialisation, pourrait succéder un libéralisme de la liberté des personnes qui trouverait sa régulation dans un conservatisme assumé. Mais cela est-il seulement envisageable aussi longtemps que notre beau pays aura pour nom république française, au lieu de république de France ?

  • Par vingttroisavril - 11/07/2017 - 11:15 - Signaler un abus marre des "leaders"

    les français vont devoir se passer de cette facilité surtout avec l'Europe qui avance et une sorte de mixte fédération-confédération à inventer pour diriger le navire .Ils n'ont pas voulu de Fillon pour préparer le pays à cette échéance,j'espère que Macron le pourra ,parfois j'y crois ,parfois c'est une grande interrogation.

  • Par Jean-Benoit - 11/07/2017 - 11:31 - Signaler un abus Ah bon l'Europe avance ?

    elle va ou ?

  • Par moneo - 11/07/2017 - 11:57 - Signaler un abus Problèmes d'ambitions ou idéologiques?

    Les Bertrand , Pecresse etc... pourraient être parfaitement au Gouvernement Macron ;je ne crois pas que wauquiez soit compatible il va falloir trancher faire un corps de doctrine pour chaque tendance et divorcer , le temps de l'eau tiède est terminé c'est exactement ce qu' on nous propose et ça aura le même résultat ce n'est pas un nieme parti "gaulliste " dont nous avons besoin mais d'un parti efficace sur la meilleure gestion du pays comparativement avec nos voisins européens

  • Par Ganesha - 11/07/2017 - 11:59 - Signaler un abus Strictement plus aucun avenir politique !

    Article courageux ! Les auteurs cherchent à se convaincre eux-mêmes, et accessoirement quelques abonnés d'Atlantico, d'une vérité, qui est pourtant d'une évidence aveuglante : Sarko et son minable collaborateur, le sombre escroc de la Sarthe, Fillon le constipé, ils n'ont strictement plus aucun avenir politique ! S'il a un jour l'impudence et l'imprudence de s'y risquer, François, avec ses sourcils broussailleux, se fera balayer encore plus brutalement que le nain agité ! Mais ''écraser la populace par un programme d'Austérité'', c'est le fantasme le plus secret, le plus profond de la plupart d'entre vous, braves bourgeois cathos conservateurs !

  • Par g16 - 11/07/2017 - 12:04 - Signaler un abus Bertrand, Pécresse, Lagarde,

    Bertrand, Pécresse, Lagarde, ne doivent plus rester chez LR, mais aller chez LREM.

  • Par Mamounette - 11/07/2017 - 12:48 - Signaler un abus Refondation ?

    Mercredi dernier, il y avait une réunion concernant le sujet à Vaugirard, nous avons eu droit aux explications de doctes politologues. Il ressort qu'il y a un socle dur d’environ 20% qui sont fidèles à LR. Il y a un député nouvellement élu qui a dit qu'il faudrait que les caciques aillent sur le terrain et c'est ce qui manque. Naturellement, il y a eu les nostalgiques de Fillon,qui reprochaient que ce dernier n'avait pas été soutenu. Les participants pouvaient s'exprimer, malheureusement je n'ai pu avoir le micro. Personnellement, j'en ai ras le bol d'entendre que Fillon n'a pas été soutenu, la piétaille qui distribuait pour la présidentielle en prenait plein le G.... avec le "pénelopegate", les enfants et les costumes. Nous avions beau dire de regarder le programme, réponse : il serre la ceinture mais pas pour lui. Sans commentaires. Fillon était un bon second mais pas un meneur, il a fait des erreurs de jugements quand il a gagné la primaire, il ne se sentait plus p...... La droite dite bonapartiste veut un "CHEF" et non les c.....molles qui sont des girouettes au grès du vent. La première chose, exclure les macron compatibles et assumer que l'on est de DROITE.

  • Par clint - 11/07/2017 - 13:12 - Signaler un abus L'UMP n'a marché qu'en 2007, elle est morte !

    Il faut une droite "populaire" : qu'ils se dépêchent pendant que le FN n'est pas en meilleure forme ! Les "juppéo-UDI" sont des macroniens : ne les retenons pas !

  • Par lafronde - 11/07/2017 - 14:49 - Signaler un abus L'Etat procède du Peuple ou le Peuple procède de l'Etat ?

    Une question pour Les Républicains ! Jadis c'était le Peuple français qui a faisait la République (1848,1870, 1944). Notre hymne national "Allons enfants de la Patrie..." témoigne de l'ancrage national de la République. Or la "construction" européenne promeut une Tour de Babel des peuples du monde. En pratique l'UE met en place un droit d'immigration illimité en Europe. Les politiciens européistes au pouvoir ont tous abdiqué la Souveraineté de leur pays, face à ces droits-créances accordés en faveur des migrants, et aux dépends des citoyens de chaque pays membres de l'UE. En France les Majorités PS, UMP, LREM ont collaboré à cette invasion néocoloniale, en organisant un Droit et une pratique judiciaire assymétrique, une permissivité administrative plus favorable à l'immigration qu'aux natifs. Les gouvernements PS ont été particulièrement vicieux en finançant des campagnes de culpabilisation de la Société d'accueil forcé (son avis n'étant jamais sollicité sur l'immigration) et en organisant des campagnes d'exonération de l'Islam après les attentats islamistes ! Avec cette invasion de clandestins, Macron ne fabriquerait-il pas le Peuple nécessaire à un Progressisme sans retour ?

  • Par ajm - 11/07/2017 - 14:57 - Signaler un abus Populaire et élites.

    La droite populaire cela ne doit pas non plus être un ramassis de slogans creux inapplicables et démagogiques. Populaire doit aller aussi avec intelligence, réalisme, ténacité et lucidité sur le monde qui nous entoure qui ne se pliera pas à nos desiderata. Il faut un vrai conservatisme à la Française qui unit a la fois des "élites" et des personnes de tous les jours autour d'une ambition "nationale" qui respecte sans les sacraliser notre histoire et notre culture.

  • Par Le gorille - 11/07/2017 - 20:20 - Signaler un abus Cortication

    Quid est ?

  • Par Le gorille - 11/07/2017 - 20:24 - Signaler un abus Pour le reste

    Nil novi sub sole.

  • Par GPM - 12/07/2017 - 02:06 - Signaler un abus Reseaux sociaux versus Medias

    Oui la droite doit retravailler ses valeurs et son programme, mais elle doit aussi travailler la façon dont elle utilise les nouveaux caneaux d'information afin de sortir du piège des grands médias qui globalement étrillent tout ce qui n'est pas "politiquement correct". Les sites comme Atlantico sont plus utiles que le Figaro et bien sur Le Monde si l'on veut lire autre chose que l'Enarchie molle au service du consumérisme.

  • Par marseillaise - 12/07/2017 - 07:57 - Signaler un abus Les Républicains

    Si la presse pouvait cesser de commenter et de critiquer les faits et gestes des Républicains et attendre que ceux-ci se remettent de cette tricherie organisée par Macron se prenant pour le sauveur de la France en détruisant la droite et la gauche pour régner en maître ; sans aucune légitimité puisque 18 % du corps électoral a voté pour lui au premier tour de la présidentielle, au deuxième tout un référendum contre Marine le Pen. Ensuite aux législaltives 58 % d'abstentions.

  • Par atlante29 - 12/07/2017 - 19:29 - Signaler un abus une droite

    qui a pris une droite

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Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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Erwan Le Noan

Erwan Le Noan est consultant en stratégie et président d’une association qui prépare les lycéens de ZEP aux concours des grandes écoles et à l’entrée dans l’enseignement supérieur.

Avocat de formation, spécialisé en droit de la concurrence, il a été rapporteur de groupes de travail économiques et collabore à plusieurs think tanks. Il enseigne le droit et la macro-économie à Sciences Po (IEP Paris).

Il écrit sur www.toujourspluslibre.com

Twitter : @erwanlenoan

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