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Recrutés sur Facebook pour le djihad : comment protéger les ados de cette menace et de toutes les autres sur les réseaux sociaux

Une adolescente a fugué pour faire le djihad. Elle a raconté s'être fait influencer par des relations Facebook. Un cas non isolé qui pose un nouveau défi aux parents, à l'école mais aussi aux collectivités publiques : celui de l'éducation des risques liés aux réseaux sociaux.

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Publié le - Mis à jour le 10 Octobre 2014
Recrutés sur Facebook pour le djihad : comment protéger les ados de cette menace et de toutes les autres sur les réseaux sociaux

Une adolescente a fugué pour faire le djihad, influencée par des amis Facebook.  Crédit Reuters

Atlantico : Une adolescente de 15 ans a fugué pendant 4 jours à Marseille, une étape vers un voyage qui devait la mener vers la Syrie pour faire le djihad avant qu'elle ne change d'avis. Selon la jeune fille, "des personnes sur Facebook" l'auraient "entrainé là-dedans". Un fait divers qui fait écho au témoignage d'un autre jeune fille, Léa, publié la semaine dernière dans le Nouvel Observateur. Qui sont les jeunes les plus exposés et les parents ont-ils bien pris la mesure des dangers que peuvent présenter les réseaux sociaux ? 

Serge Tisseron : Les parents doivent garder en tête qu'il faut élever les enfants et les ados de sorte que ces derniers deviennent capables de se protéger eux-mêmes contre les réseaux sociaux.

Il ne faut pas attendre qu'un jeune devienne ado pour l'éduquer à se protéger sur les réseaux sociaux. Dès qu'un enfant vient au monde, grandit, il faut garder à l'esprit qu'il faut le préserver d'un certain nombre de dangers. Et ces derniers sont aussi présents sur les réseaux sociaux.

L'éducation consiste non pas à guider et protéger les jeunes, mais leur apprendre à se protéger le plus précocement possible pour leur éviter un certain nombre de pièges de la vie. Les tentations des réseaux sociaux favorisent aujourd'hui ces pièges.

Le fil rouge de tous ces dangers, c'est l'insatisfaction de la vie présente et la recherche d'une vie alternative (l'entrée dans une secte, mouvement djihadiste, etc.). Certains jeunes courent le risque d'adhérer à des groupes qui se présentent comme des forces de proposition de vies alternatives plus gratifiantes ou plus utiles.

La première catégorie se résume aux jeunes qui souffrent d'un défaut d'estime d'eux-mêmes par des activités concrètes de l'existence (scolaires et ludiques). C'est-à-dire des jeunes qui se sentent non valorisés par leurs résultats scolaires ou dans leur vie familiale. Ils s'engagent sur les réseaux sociaux à la recherche de gens qui les valorisent, avec le risque de tomber sur des menteurs, des pervers, des manipulateurs qui les assureront d'être des gens formidables et les pousseront à s'engager au sein d'un mouvement.

>>>A lire également : Ces méthodes d’embrigadement typiquement sectaires que révèle le témoignage choc d’une adolescente recrutée par les djihadistes

 

La deuxième catégorie psychologique, ce sont les enfants qui ont acquis l'idée (à travers les jeux vidéos ou la télévision) que la meilleure façon de résoudre les problèmes de la vie, c'est la violence. Et malheureusement, il faut admettre que la violence brille dans le paysage audiovisuel et paye encore plus dans les jeux vidéos. Ces jeunes sont tentés de penser que le monde est pétri d'hypocrisie, que la violence est partout et qu'il faut tirer son épingle du jeu en étant soi-même violent. Ils ne pensent entraide et solidarité que dans un petit groupe de personnes victimes d'autres et utilisent la violence pour se défendre. Ils ne partent pas défendre des causes gagnantes, mais en difficulté. Ils partent défendre des victimes de façon violente. Leur conception de l'humanitaire est celle du redresseur de tort. Ils présentent un défaut d'empathie, un défaut de résolution des conflits par des méthodes pacifiques.

La troisième catégorie regroupe les jeunes qui présentent un défaut d'esprit critique, prêts à avaler n'importe quel discours enflammé, convaincant, métaphorique. Il ne concerne évidemment pas que les jeunes (voir les seniors victimes d'arnaques sur Internet). Le risque est qu'ils soient victimes d'arnaques au faux humanitaire ou arnaques sectaires.

A partir de là, il est question de les protéger. Tout le monde est impliqué : parents, école et collectivités publiques.

Il est important de valoriser les enfants, d'être attentifs à leurs activités. Trop d'entre eux vivent une fracture générationnelle terrible, en ayant l'impression que les parents méprisent globalement leurs activités diverses et variées. Or, il est capital de valoriser les jeunes, tout en développant leur esprit critique, par le goût du débat, de la controverse. Aucune autorité n'est instituée (parentale ou professionnelle dans le milieu scolaire). L'autorité est imposée par le fait qu'on connaît mieux les domaines que les autres. Mais certains jeunes connaissent mieux certains domaines que nous. C'est l'éducation inverse ! Elle développe l'esprit critique parce que chacun doit argumenter, et cela valorise les jeunes, leur donne confiance en eux-mêmes dans la société qui les accueille. Dans ce défaut de l'estime de soi, il y a aussi cette impression que la société ne les attend pas.

A noter que les dangers courus par les jeunes sur les réseaux sociaux sont des dangers que les jeunes ont toujours connus. Même si ce qui change c'est le canal. Et les profils psychologiques précités ont toujours existé chez les adolescents.

Ce qui est nouveau, c'est qu'à cette fragilité traditionnelle de l'adolescence s'ajoute une fracture générationnelle comme il n'y a jamais eue. C'est la première fois que les adultes ont peur des jeunes. Et cela insécurise encore plus jeunes et les rend d'autant plus vulnérables aux réseaux sociaux.

L'école doit évidemment développer une éducation aux médias. Dans les médias numériques, les gens ne se présentent pas tels qu'ils sont, il y a un effort d'idéalisation. 

Les collectivités publiques ont aussi leur responsabilité. Elles gagneraient à ne pas considérer les ados comme des dangers potentiels.

 
Commentaires

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  • Par pguillermo - 07/10/2014 - 08:27 - Signaler un abus Question aussi idiote que 'socialiste'

    "Comment protéger les ados contre le recrutement Internet pour le djihad ?" La question devrait être "Comment protéger les Français des ados recrutés pour le djihad ?". Peu importe la façon dont ils sont recrutés d'ailleurs. Réponse simple : "Demandez au Anglais par exemple, ils ont des politiciens de bon sens qui n'appartiennent pas au GOF (Grand Orient de France) et autres sectes apparentées".

  • Par daerlnaxe - 07/10/2014 - 19:20 - Signaler un abus Mon dieu que de bétises..

    Mon dieu que de bétises.. vous êtes largué Mr Tisseron à un point que vous n'envisagez même pas... venir parler des jeux vidéos là dedans, fallait oser. Sortez un peu de votre trou, pour aller voir un petit peu ce que sont les quartiers, l'islam, l'école... allez lire plutot Finkielkraut... Votre article était une belle blague. En fait vous me rappelez cette scène dans las vegas parano où le johnny depp et benicio del torro assistent à une convention de flics sur le shit... Le pseudo expert fier de ses maigres connaissances en fait des tonnes, ils ont des junkies dans la salle et ne le savent même pas. Allez plutot voir ce mieux vivre ensemble ce métissage culturel que l'on nous prone et que l'on nous force à accepter. La pensée unique qui empêche d'avoir une opinion représentative condamnant les religions et surtout l'islam tel qu'il est actuellement. Allez voir des jeunes qui via la démographie explosive liée à la venue de milliers d'immigrés se retrouvent en minorité dans leur propre pays... Mais Monsieur vous croyez qu'on prend l'identité de son pays ou de sa localité, dans ces conditions ? Il y a échec de l'éducation, des parents, ces jeunes ne lisent pas.. etc !

  • Par daerlnaxe - 07/10/2014 - 19:30 - Signaler un abus Dans les années 80 la télé n

    Dans les années 80 la télé n'était pas violente, avec Charles Bronson, l'inspecteur Harry... dans les années 90 elle ne l'était pas avec Terminator l'arme fatale et j'en passe ? Les jeux vidéos n'existaient pas, peut etre ? Dans ces années là il n'y avait aucune concession dans les films, on arrêtait pas le méchant on se faisait justice soi même en le tuant à la fin. Ca aurait du donner des milliers de Djihadistes en ce cas .... ? Curieusement non. Quand je parle de l'éducation nationale je point du doigt ces profs qui par idéologie laissent passer des brêles, qui vont polluer la classe, empêchant les autres élèves d'accéder à un bon niveau. Ces profs qui au collège n'enseigneront ni Zola, ni Voltaire....MAis vous pensez qu'après avoir lu nos grands auteurs on tombe facilement dans l'islamisme, voire la religion ? Les lumières en brillant ont fait reculer l'obscurantisme sous couvert d'universalisme nous avons laissé cette lumière vasciller.. nous en payons le prix. Chaque reculade politique sur le voile à la fac, les piscines et j'en passe, permet l'implantation des rites et de la superstition de cette religion archaique (autant que les autres). Alors à coté....les jeux...la tv..

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Serge Tisseron

Serge Tisseron est psychiatre, docteur en psychologie et psychanalyste, chercheur associé HDR à l’Université Paris VII.

Il a réalisé sa thèse de médecine sous la forme d’une bande dessinée (1975), puis découvert le secret de la famille de Hergé uniquement à partir de la lecture des albums de Tintin (1983).

Il est l’auteur d’une trentaine d’essais personnels. Il a imaginé en 2007 les repères "3-6-9-12, pour apprivoiser les écrans", et le "Jeu des Trois Figures" pour développer l’empathie et lutter contre la violence dès l’école maternelle.

Il a créé en 2012 le site memoiredescatastrophes.org, la mémoire de chacun au service de la résilience de tous". Il est coauteur de l’avis de l’Académie des sciences "L’enfant et les écrans". Il est aussi photographe et dessinateur.

 

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Jacques Henno

Jacques Henno est journaliste et spécialiste des nouvelles technologies de l'information.

Il est l'auteur de « Facebook et vos enfants » aux éditions Telemaque.

Il donne très règulièrement des conférences sur des thèmes comme l'impact des réseaux sociaux, des jeux vidéos, des téléphones et de la télévision sur nos enfants, ou encore l'impact de ces outils sur notre vie privée.

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