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Protectionnisme : et si le marché intérieur chinois s’avérait être une grande déception pour les entreprises étrangères ?

La Chine se montre efficace en matière de protectionnisme, en favorisant par différents moyens des entreprises purement nationales. Un danger pour les multinationales trop implantées sur ce marché... sans que l'OMC ne puisse y faire quoi que ce soit.

La Chine aux Chinois

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Protectionnisme : et si le marché intérieur chinois s’avérait être une grande déception pour les entreprises étrangères ?

La Chine se montre efficace en matière de protectionnisme Crédit Reuters

Atlantico : Une étude menée par le cabinet de recherche Gavekal, et relayée par Bloomberg, fait état du constat suivant : le consommateur chinois consomme chinois, au détriment des entreprises étrangères dont les chiffres de croissance de ventes sont bien plus faibles que leurs homologues locaux (3% de croissance pour les étrangers contre 10% pour les chinois) . Comment expliquer une telle différence ?

Antoine Brunet : Il faut d'abord se rappeler que longtemps, les consommateurs chinois donnaient leur préférence aux marques étrangères, c'est-à-dire à des produits fabriqués en Chine par les filiales d'entreprises étrangères.

Apple et Samsung, Toyota et Volkswagen ont longtemps bénéficié de parts, substantielles et croissantes, du marché intérieur chinois. C'était d'ailleurs sur les produits de luxe que les filiales en Chine d'entreprises étrangères étaient les mieux positionnées. Avant 2013, la consommation de produits de luxe progressait très rapidement.

On assiste maintenant à un phénomène opposé où les parts de marché en Chine des filiales étrangères régressent. Pour une part non négligeable, cela est imputable à la campagne anti-corruption que Xi Xinping mène depuis deux ans. Un nombre important de dirigeants chinois a été inquiété. Ceux qui ne l'ont pas encore été s'emploient à ne pas attirer l'attention sur eux et ont décidé de masquer leur richesse en s'abstenant désormais de consommer les produits de luxe devenus très inopportuns. Les filiales en Chine d'entreprises étrangères souffrent mécaniquement de cette désaffection.

Mais au-delà de cet effet mécanique, il est probable qu'il y a une volonté du Parti communiste chinois (PCC) de revigorer les entreprises "sino-chinoises" en reprenant aux filiales étrangères des parts du marché intérieur chinois. Un des fléaux dont souffrent ces entreprises, c'est le surinvestissement et la surcapacité dont souffrent les entreprises sino-chinoises. Toute reconquête du marché chinois contribue à résorber cette surcapacité (et à augmenter de ce fait la profitabilité).

Fondamentalement, y a-t-il un risque pour les multinationales ou l'économie mondiale ? Le marché intérieur chinois s'annonce-t-il comme une immense déception pour les acteurs étrangers ?

L'évolution évoquée ci-dessus n'induit pas de risque particulier pour l'économie mondiale. Que la demande chinoise soit satisfaite par les entreprises sino-chinoises ou qu'elle le soit par les filiales étrangères en Chine ne modifie ni le PIB chinois ni les PIB étrangers puisque la production des unes et la production des autres contribuent au PIB chinois.

Par contre, elle est susceptible de peser très négativement sur les entreprises étrangères comme Apple qui s'étaient rendues fortement dépendantes du marché chinois, en laissant ce marché prendre une place démesurée dans la formation de leur chiffre d'affaires. Les entreprises étrangères exposées à la Chine sont désormais exposées à annoncer des résultats décevants.

 
Commentaires

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  • Par Olivier62 - 07/08/2015 - 10:59 - Signaler un abus Préférence nationale

    Les Chinois défendent leurs intérêts, c'est normal. Eux appliquent la "préférence nationale" sans aucun complexe ! Il n'y a qu'en France et en Europe qu'on se doit d'ouvrir les frontières à tout va, parce que ça va assurer la "prospérité" de notre économie (voir l'explosion du chômage et des déficits) et que sinon ça serait "raciste". Mais bon, les français trouvent ça très bien, alors tant pis pour eux, et tant mieux pour les Chinois, qui ont progressé de façon spectaculaire depuis 20 ans en appliquant les recettes opposées à celles que nous impose l'UE.

  • Par cpamoi - 07/08/2015 - 14:23 - Signaler un abus La préférence nationale n'a pas de sens.

    Si les entreprises savent qu'elles seront préférées par le consommateur en raison de leur nationalité, leurs contraintes de qualité s'abaisseront mécaniquement. Vous ne devez jamais redouter la compétition. Elle vous rendra plus fort. L'excellence fera la différence. Personne en France n'est surpris que Vuitton soit incontournable en Chine mais que Renault ne le soit pas.

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Antoine Brunet

Antoine Brunet est économiste et président d’AB Marchés.

Il est l'auteur de La visée hégémonique de la Chine (avec Jean-Paul Guichard, L’Harmattan, 2011).

 

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