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Présidentielle : quels résultats les candidats de la “bienveillance” peuvent-ils espérer dans un monde qui ne l’est pas

Sept exemples qui montrent concrètement qu'être bienveillant n'est pas l'apanage du bon politicien.

Pragmatisme

Publié le - Mis à jour le 10 Février 2017
 Présidentielle : quels résultats les candidats de la “bienveillance” peuvent-ils espérer dans un monde qui ne l’est pas

Atlantico : Les programmes politiques de Benoit Hamon et Emmanuel Macron les positionnent comme des candidats de la bienveillance, dans le sens où ils refusent de proposer des politiques "anxiogènes" aux Français. Mais si la politique ne relève pas du machiavélisme le plus cynique, peut-elle être pour autant uniquement de "bon sentiment" ? Quel équilibre peut-il être trouvé ?

Eric Verhaeghe : Il me semble que depuis 1789 et la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, nous deviendrions surtout envisager la politique comme la Révolution l'a voulu : en assurant l'intérêt général et en respectant la transparence sur les décisions publiques.

Tout citoyen doit pouvoir demander compte à un élu, quel qu'il soit, de sa gestion et de son administration. Un candidat qui se fait élire en n'annonçant pas la couleur de son programme ne respecte pas les règles de la démocratie. 

Voici 7 exemples de positions politiques qui souffrent de trop de "bienveillance" :

1- Il faut entretenir une relation hostile avec l'Amérique de Trump et la Russie de Poutine, car ce sont des ennemis des Droits de l'Homme.

Eric Verhaeghe : Bien entendu que ni Macron ni Hamon ne rompront la relation historique avec les Etats-Unis. Sur le fond, leur mandat sera de cinq ans. Ils "survivront" donc pendant dix-huit mois au premier mandat de Trump. Nul ne sait ce que sera le pouvoir réel de Trump dans six mois. Au train où il va, il risque d'être un président empêché de fait, et rien n'exclut que la machine institutionnelle américaine ne se grippe face à lui. Un président français prudent et prévoyant prendra donc le temps de faire le dos rond et laissera passer l'orage en attendant d'y voir plus clair. Avec Poutine, j'imagine mal que le prochain président français ne prenne une position plus dure que celle de Hollande, déjà très hostile par rapport à notre tradition. Il faut se montrer raisonnable: la France composera avec l'ordre du monde. 

2. La sortie du nucléaire est une bonne chose pour l'avenir, et il faut toujours l'encourager. 

Eric Verhaeghe : Je crois que tout le monde est convaincu en France que le nucléaire est la pire source d'énergie qui existe, à l'exception de toutes les autres. Nous sommes tous d'accord pour en sortir. Sauf qu'on la remplace par quoi? A oins de transformer la France en champ d'éoliennes (et de tripler le prix du kilowatt, ce qui serait très impopulaire), de revenir au charbon, dont les effets polluants sont colossaux, ou de proclamer l'ère d'une sobriété et d'une décroissance dont les Français n'ont pas pris conscience, il faudra bien composé avec la réalité. Là encore, il est très à la mode de dire "à bas le nucléaire". Mais l'expérience des faits obligera à revenir au bon sens. 

3. Les robots détruisent de l'emploi, donc il faut taxer les robots pour financer le salaire universel

Eric Verhaeghe : La taxation des robots illustre bien l'espèce de mélancolie française et sa peur instinctive du progrès. La France, peuple de la terre et de l'agriculture, aime bien ce qui ne change pas ou pas beaucoup. Reste que, une fois passé ce lieu commun, les choses se présentent de façon différente. Contrairement à ce qu'on croit, la robotisation, qui améliore la productivité, est facteur de croissance donc de lutte contre le chômage. Imaginer qu'une entreprise va recruter des humains coûteux parce que les robots sont taxés est une aberration. Il faut avoir conscience, une fois pour toutes, que, en situation de marché unique, une entreprise préfère s'installer à l'étranger pour s'équiper de robots plutôt que de rester en France pour payer des taxes sur ses robots. Le projet de Hamon participera à la désindustrialisation du pays, et à rien d'autre. 

4. Faciliter les échanges commerciaux tel le TAFTA et le CETA est une bonne chose par nature.

Eric Verhaeghe : Le multilatéralisme commercial, interprété comme du libre échange, est devenu une religion moderne. Mais Macron, qui fait en effet partie de ceux qui répètent à l'envi qu'être ouvert d'esprit, c'est accepter un système où l'on vend en France à dix euros des jean's fabriqué en Chine par des enfants de huit ans, n'a probablement pas mesuré la dimension très polémique et sensible du sujet. Le TAFTA est un marqueur fondamental pour l'opinion publique. Ce sujet très clivant pourrait, pour le coup, lui jouer un vilain tour. 

5. La laïcité, et l'idée "bienveillante" selon laquelle il faudrait accepter plusieurs cultures au sein d'une même société. Cette idée a-t-elle déjà été mise en place dans l'histoire ? Qu'a-t-elle donné en termes de résultat qui permettrait d'illustrer son inefficacité ? 

Guylain Chevrier :  « Il n’y a pas une culture française, il y a une culture en France et elle est diverse » a déclaré Emmanuel Macron, croyant sans doute par là donner des gages d’ouverture à une certaine diversité culturelle. Il y a bien une culture française, ne lui en déplaise, non seulement en termes de forme de pensée et d’œuvres culturelles, mais d’institutions laïques d’une République qui en garantissent l’accès. C’est-à-dire, à une éducation à la connaissance et à la liberté de l’esprit, que d’autres cultures, d’inspiration religieuse, ethnique, régionaliste, qui ont leurs qualités, n’ont jamais pour autant apportée. Par ailleurs, l’idée promue ici, recouvre une conception de la laïcité dite « ouverte », qui remplace la primauté de l’égalité en droits et en devoirs, par celle de la reconnaissance des différences qui conduit à la différence des droits. Elle encourage ainsi, ce qui sépare au lieu de ce qui unit, à un moment où la crise économique et sociale que nous traversons crée une crise de la cohésion sociale à haut risque. L’ancien ministre de l’économie a bien ici tout faux !

6. L'immigration, le fait d'accueillir ceux qui le souhaitent avec le moins d'encadrement possible. Quels effets possibles ont pu être théorisés lorsque le législateur applique cette politique migratoire ? Quels exemples montrent là encore qu'une intention bienveillante, humaniste, produit des conséquences néfastes ?

Guylain Chevrier : Hier soir, au 20 h de France 2, on nous parle de la Serbie comme du cul-de-sac de l’Europe pour les migrants, depuis que l’Union européenne a décidé de fermer ses frontières. On nous avait invités, il n’y a pas un an, à leur accueil inconditionnel au nom de la générosité humanitaire. Mais la réalité a depuis rattrapé la fiction. Pour les trois quarts, il s’agit d’hommes seuls, marqueur d’une immigration économique, et non de réfugiés. Ensuite, ils viennent de Syrie, Libye, Pakistan, Afghanistan…, des pays très éloignés culturellement des sociétés démocratiques censées les accueillir. On a ainsi favorisé la venue massive de migrants économiques, dans une Europe largement dominée par un chômage de masse, tout en niant l’exigence que constitue leur intégration sociale, mais aussi politique. Car le risque, à ne pouvoir les intégrer, c’est de voir s’installer des regroupements communautaires, avec une segmentation de notre société, et avec elle, la montée de revendications identitaires détricotant notre modèle commun, pour le remplacer par plus de divisions, un risque accru d’affrontements, et finalement, plus d’inégalités. 

 
Commentaires

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  • Par Ganesha - 09/02/2017 - 13:08 - Signaler un abus Propositions

    Je pense que pour la quasi totalité des français, des questions comme l'Immigration et l'Islam seront décisives. En attendant Marine Le Pen ce jeudi soir sur France 2, vous pouvez consulter ses 144 propositions. J'aime beaucoup la no 28.------- https://www.marine2017.fr/wp-content/uploads/2017/02/projet-presidentiel-marine-le-pen.pdf

  • Par vangog - 09/02/2017 - 13:36 - Signaler un abus Candidate de la bienveillance avec les Français: Marine Le Pen!

    les autres sont des candidats de la bienveillance avec les lobbies estudiantins, lobbies syndicaux, lobbies communautaires, lobbies bancaires, lobbies médiatiques...Soit une bienveillance à géométrie très variable! Le Front National est le parti de la bienveillance avec tous les Français, sans exception... Si!si! c'est possible!

  • Par vangog - 09/02/2017 - 15:59 - Signaler un abus Ils sont devenus des "réfugiés économiques"...

    les clandestins provenant de Syrie? Ils étaient quoi, avant la pseudo-fermeture des frontières passoire schengen?...

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Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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Guylain Chevrier

Guylain Chevrier est docteur en histoire, enseignant , formateur et consultant.

Il est membre du groupe de réflexion sur la laïcité auprès du Haut conseil à l’intégration.

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Guillaume Jeanson

Maître Guillaume Jeanson est avocat au Barreau de Paris. Il est également porte-parole de l’Institut pour la Justice.

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