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Pourquoi les signataires de la pétition contre la loi El Khomri ne sont pas si représentatifs des catégories les plus malmenées sur le marché du travail

Le combat des signataires de la pétition sur change.org contre la réforme du code du travail ne se situe pas sur le terrain de la défense de l'intérêt des salariés ou de la critique du contenu du projet de loi El Khomri, ces sujets-là importent peu, mais sur celui du jeu de rôles.

Nature de la révolte

Publié le - Mis à jour le 4 Mars 2016
Pourquoi les signataires de la pétition contre la loi El Khomri ne sont pas si représentatifs des catégories les plus malmenées sur le marché du travail

Michel Maffesoli : "'Persona' en latin c'est le masque de l'acteur, oui ces internautes pétitionnaires ont une chose en commun : ils ont signé la pétition !" Crédit Pixabay

Atlantico : La pétition en ligne contre la loi El Khomri a été signée par plus de 840 000 personnes. S'il est difficile de déterminer qui se cache derrière l'anonymat de ces opposants, les porteurs de cette pétition se veulent rassembleurs : "Salarié-e-s ou non : cette réforme nous concerne toutes et tous !" Dans les faits, peut-on parler d'homogénéité de ce groupe contestataire ? Est-il possible de dresser un profil sociologique type ?

Michel Maffesoli : Dans la modernité (XVIIIe-XXe), on pouvait faire comme nous l'ont enseigné Durkheim et Max Weber puis d'autres sociologues de cette époque des "profils sociologiques" ou des "types". En fonction de leur profession, de leur statut socio-économique, de leur origine géographique ou sociale etc. les personnes avaient telle ou telle opinion, soutenaient tel ou tel parti, menaient tel ou tel combat: patron, catholique ou protestant, partisan de l'ordre, de droite; ouvrier, catholique tendance JOC, ou sans religion, syndicaliste, socialiste ou communiste. 

De telles catégorisations ne fonctionnent plus.

D'une part, parce que les grands récits fédérateurs, celui de la réforme ou de la révolution , celui de la religion ou de la morale ont disparu au profit des petites histoires de tous les jours : celle justement d'une pétition aussi puissante qu'éphémère ; celle d'un élan émotionnel, d'un acte qui s'épuise dans l'instant ; d'autre part, parce que l'individu, sujet rationnel, à l'identité stable et se liant à d'autres dans un but identifié a laissé la place à la personne, celle qui connait des identifications multiples. 

"Persona" en latin c'est le masque de l'acteur, oui ces internautes pétitionnaires ont une chose en commun : ils ont signé la pétition ! De là à dire qu'ils constituent une catégorie sociologique, non ! Vous pensez bien qu'ils n'ont pas lu cette loi et que le libellé, salarié ou pas, laisse ouvert les choix. Ils s'opposent à ce qu'on ne gagne pas plus en travaillant moins, à ce qu'on puisse licencier quelqu'un qui n'a même pas tué son patron, à ce qu'on doive travailler etc. Réponse emotionnelle à un projet rationaliste , réponse idéaliste à un projet raisonnable. 

En considérant que peu de Français puissent participer à de telles actions, quels sont les biais sociologiques que ces pétitions sont susceptibles d'entraîner ? 

La mondialisation n'est pas que la libre circulation des hommes et des biens. C 'est également la circulation des informations, des rumeurs, des modes éphémères, des réactions immédiates. Pour le meilleur et pour le pire. Ce sont des phénomènes épidémiques. Il faut atteindre un seuil en nombre de signatures, de dons, d'amis etc. Et à ce moment cela se répand comme une traînée de poudre. 

Ce qui est curieux, c'est que les nouvelles technologies transforment des débats pseudo- rationnels et des choix politiques en théorie éclairés, en "rumeurs". Il faut trouver le bon support, l'argument émotionnel : le petit contre le gros, le salarié contre le méchant patron, et ça part. La sociologie classique n'a plus rien à dire dans ces situations. En revanche une sociologie compréhensive, une sociologie de l'imaginaire peut comprendre ces phénomènes car elle étudie les interactions, les ambiances, les rêves collectifs. 

Et il est clair que quand le travail est pour beaucoup un bien rêvé, idéalisé ou quand ils en ont un, un état dans lequel on vend son âme dans un travail répétitif, sans signification, sans utilité sociale comme le sont ces travaux dans les centres d'appel, les supermarchés, les centres d'envoi de divers commerces sur Internet, quand le choix est entre ne pas gagner sa vie ou perdre sa vie à la gagner, bref quand le travail n'est plus qu'une manière de ne pas mourir de faim, toute tentative de le rationaliser, d'encadrer les conditions d'exercice, de limiter tout ce a quoi rêvent les salariés (une grosse prime de licenciement, un chômage de deux ans) se heurte à une réaction de refus. Que les gens soient salariés ou non. 

Ce texte de loi est un texte sur la valeur travail, c'est à dire qu'il ne définit le travail qu'en termes monétaires. Mais ce que veulent les jeunes générations, c'est une activité qui ait un sens. Et ce mouvement est général, il ne se limite pas à la France.  

 
Commentaires

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  • Par Anguerrand - 02/03/2016 - 08:13 - Signaler un abus El Connerie toujours souriante

    et malgré tout apres un mois de travail elle nous fait son burn out, c'est ça un fonctionnaire quand vous le mettez au travail, il ne tient pas le coup.

  • Par Anguerrand - 02/03/2016 - 08:19 - Signaler un abus Tout le monde sait que SEULE cette réforme

    peut commencer à redresser la France. Les syndicats, la gauche reactionnaire signent cette pétition. Moi je signe la pétition inverse de Dominique Reynié qui veut bien de cette loi, à condition que la gauche ne transforme totalement cette loi.

  • Par Monteynard - 02/03/2016 - 08:43 - Signaler un abus Bof !!

    So what? ...encore des platitudes !

  • Par Lafayette 68 - 02/03/2016 - 08:45 - Signaler un abus Devinez qui va défiler ?

    Je vois déjà la FSU , en bons prolétaires protégés, avec le cortège étudiant et de lycéens manipulés ou heureux de sécher les cours ( collégien aussi ?), avec les 2500 postes annuels aux concours de l'agrégation pour les profs du secondaire "soumis" à 15h de cours ...au lieu des 18 des certifiés du secondaire (3h de cours en moins mais 20% de salaire en plus ... à responsabilités égales ,strictement) et des 24h plus 3 des profs des écoles...) Une petite manif pour rétablir les équilibres et l'équité entre profs c'est pour quand la Fsu ? Et si vous laissiez aussi la loi sur le travail permettre de réduire le chômage de nos jeunes embrigadés dans vos manifs (25% sans boulot)...

  • Par cloette - 02/03/2016 - 09:05 - Signaler un abus Anguerrand son sourire

    Anguerrand son sourire permanent cache son angoisse , ou alors son insouciance , mais quelque chose de toute façon .

  • Par Ganesha - 02/03/2016 - 10:12 - Signaler un abus Mickey

    Divagations d'un gentil monsieur qui est professeur de Sociologie, c'est dire son expérience pratique de ce qu'est le ''monde du travail'' ! A-t-il déjà travaillé de sa vie ? Aidé son épouse à faire la vaisselle, cultivé son jardin, fait du bricolage ? Quant aux extravagances de loi Khomri, il n'en a pas la moindre idée : il ne regarde jamais la télé... et ne lit que ''Le Journal de Mickey'' !

  • Par vangog - 02/03/2016 - 10:24 - Signaler un abus Il n'y a de "sociologie de l'imaginaire"...

    que pour ceux qui ne comprennent pas les nouveaux schémas de pensée... La seule chose que comprend Maffesoli, c'est que les vieux schémas de pensée apprises dans les écoles de la pensée unique, à force de bourrage de crâne de Durkheim, Weber, Marx, ne fonctionnent plus...c'est bien, mais pourquoi? Parceque ces sociologues, politologues, pédagogues biberonnés à la pensée unique n'intègrent pas un paramètre essentiel de la modernité: le facteur temps! Pour les mêmes personnes, ce qui était vrai hier, ne le sera probablement pas demain, car les humains réagissent désormais de façon pragmatique en fonction des multiples informations qu'ils reçoivent de partout. Les dogmatismes sont morts, car inopérants sur le monde moderne. Voila pourquoi la gauche et le centre sont perdus, et probablement en déconfiture, sur les deux continents, non pas parcequ ils ont tort, mais parce qu'ils incarnent un passé qui a échoué dans la quête de prospérité humaine. Toute la défaite de la gauche est incarnée par ces lois El Kohmry, déchéance de nationalité, lois mort-nées car incapables de comprendre les enjeux globaux, arrivant trop tard, trop partiellement, trop teintées d'idéologie passéiste...

  • Par Texas - 02/03/2016 - 12:47 - Signaler un abus Tout en nuances

    Je ne suis pas convaincu que le gréviste sur son piquet sache toujours très exactement pour quelles raisons , il est là . Ce qui ne le différencie pas du pétitionnaire en ligne . Maintenant , il est plus facile de mobiliser 70000 signatures que 70000 personnes . Ensuite , d' autres manipulateurs se serviront de ce mouvement virtuel pour faire progresser ou reculer une cause . Rien de bien nouveau avec la rue .

  • Par l'enclume - 02/03/2016 - 16:25 - Signaler un abus Bombe à retardement - Si vous êtes patron bon courage

    Anguerrand - 02/03/2016 - Un gros problème avec l'article 1 ci-contre "A l’heure où la France affronte une poussée islamiste sans précédent, quand le régime prétend combattre le jihad, c'est l’islamisme qui, grâce à la loi El Khomri, s’imposerait au sein des entreprises ! En effet, on découvre stupéfait son premier article : "La liberté du salarié de manifester ses convictions, y compris religieuses, ne peut connaître de restrictions que si elles sont justifiées par l’exercice d’autres libertés et droits fondamentaux ou par les nécessités du bon fonctionnement de l’entreprise et si elles sont proportionnées au but recherché." Mais enfin, quel rapport les convictions religieuses avec le Droit du travail ? En clair : je suis libre de montrer (manifester) mes convictions religieuses au travail (vêtements, prières, prosélytisme, jeûne, exigences alimentaires, refus d'obéir à une femme ou de passer après elle à un poste…) tant que le patron ne me donne pas de raisons valables (justifiées) d’arrêter ou de limiter mon comportement. Le but recherché est-il la satisfaction d’Allah ou la bonne marche de l’entreprise ? Et puis, quelle improbable proportionnalité établir entre les deux ?"

  • Par Arbannais - 02/03/2016 - 16:32 - Signaler un abus Petit calcul simple

    840 000 signataires, sur 65 millions de Français, ça ne nous fait jamais que 1,2 %, soit 98,8 % de non signataires. Considérons ceci comme epsilon.

  • Par toupoilu - 02/03/2016 - 18:51 - Signaler un abus L'augmentation de la precarité des employés

    du secteur privé (et d'eux seuls) DOIT aller de pair avec la diminution massive des dépenses publiques qui pèsent sur leur travail (c'est a dire l'emploi public et les dépenses sociales, et en particulier vos retraites) ET l’arrêt de la concurrence migratoire.

  • Par Deudeuche - 02/03/2016 - 19:39 - Signaler un abus Une pétition au CESE

    c'est sûr que sur ce sujet social, le CESE, instance ô combien utile va prendre en compte cette pétition comme sur le sociétal en 2013.

  • Par Septentrionale - 04/03/2016 - 15:39 - Signaler un abus Les catostomidés privilégiés sans pudeur

    On va voir défiler, avec l'insolence de leur égoïsme, les fonctionnaires, les parasites institutionnalisés de ce système collectiviste injuste, ruineux, clientèliste, accompagné du futur stock à dette publique débauché pour leur propre cause exclusive. Ils défileront pour la préservation de leur système d'auto-redistribution après des rackets sur le secteur privé captif du monstre vorace qu'ils justifieront en y jetant des anathèmes d'aliénés.

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Michel Maffesoli

Michel Maffesoli, sociologue, membre de l'Institut universitaire de France, est professeur à la Sorbonne.

Après avoir publié Homo Eroticus aux éditions du CNRS, il a écrit les Nouveaus Bien-pensants, aux éditions du Moment (janvier 2014).

Michel Maffesoli a publié au mois d'octobre 2014 L'Ordre des choses (CNRS éditions). Puis La France Etroite en 2015 et La Parole du silence, au Cerf en 2016. 

 

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