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Pourquoi le scandale Volkswagen n'est que la pointe de l'iceberg de la culture du mensonge et de la manipulation qui pèse depuis 40 ans sur les questions d'environnement et de climat

Le récent scandale Volkswagen met en lumière les mensonges qui ont régulièrement cours concernant l'impact écologique et environnemental de nombreuses activités industrielles. Car la célèbre marque de voiture allemande n'est probablement pas la seule à mentir pour verdir son image.

Ils nous ont menti

Publié le - Mis à jour le 25 Septembre 2015
Pourquoi le scandale Volkswagen n'est que la pointe de l'iceberg de la culture du mensonge et de la manipulation qui pèse depuis 40 ans sur les questions d'environnement et de climat

Dans le cadre du scandale Volkswagen, il faut savoir que ce qu'à fait l'entreprise allemande n'est pas particulièrement compliqué à reproduire. Crédit Reuters

Atlantico : Volkswagen est-elle la seule marque à mentir pour verdir son image ? Depuis combien de temps cherche-t-on à faire oublier le côté polluant de son activité économique et comment s'y prend-t-on, concrètement ?

Stephan Silvestre : S'il fallait chiffrer la période à partir de laquelle les entreprises ont commencé à masquer l'impact de leurs activités sur l'environnement, il convient de revenir aux débuts de l'ère industrielle.

C'est loin d'être un fait neuf : les entreprises ont toujours cherché à maquiller ce genre d'éléments. Aujourd'hui cela porte sur des questions environnementales, car l'environnement fait désormais partie de la stratégie de ces entreprises, mais auparavant cela portait sur d'autres aspects.

Dans de nombreux secteurs d'activités, on a connu des drames comme à Bhopal en Inde (une usine filiale de l'entreprise américaine Union Carbide, qui produisait des pesticides a explosé, libérant plusieurs tonnes d'isocyanate de méthyle dans l'atmosphère de la ville). Dans la majorité des cas, les entreprises concernées ont cherché à masquer leurs responsabilités, fussent-elles sociétales, publiques ou environnementales. Pour ce qui est de ce dernier aspect, on peut citer le cas de TEPCO (Tokyo Electric Power Company) au Japon. Les procédures de contrôle, de validation des processus de sécurité étaient défaillants. Certes, l'accident de la centrale de Fukushima n'a pas été la suite de ces manquements aux obligations de la compagnie : il est consécutif au tremblement de terre et au tsunami (inévitables) qui ont eu lieu. Cependant, cela a mis à jour des failles dans les procédures. Ces dernières ont fait l'objet de nombreuses polémiques et de plusieurs mesures correctives de la part du gouvernement japonais.

Il existe également des cas plus anciens comme ceux concernant les huiles de vidanges frelatées en Espagne. Ces huiles étaient recyclées de façon opaque... De nombreux scandales ont également éclatés dans le domaine pétrolier, quand bien même il s'agissait le plus souvent d'accidents (marées noires, accident de pipe-line, de plateformes) qui ont causés de lourds dégâts environnementaux. La responsabilités des firmes a effectivement été mis en cause. On peut citer le cas de Total : le tanker Erika, dont la cargaison était véhiculée pour le compte de Total, faisait l'objet d'un montage étrange visant à diluer les responsabilités. Total, après le naufrage du navire, avait finalement décidé d'indemniser les victimes afin de renvoyer une image positive à l'opinion publique. Néanmoins, en amont, Total avait tout mis en œuvre pour éviter d'engager sa responsabilité sur ce type d'incidents dramatiques. Ces mensonges visent à préserver une image « saine » de l'entreprise. Pour répondre clairement à la question, pour dissimuler le côté polluant d'une activité (ou, du moins, diluer les responsabilités), on a le plus souvent recours à des filiales et à la sous-traitance. Il s'agit d'externaliser les activités les plus à risques et les plus néfastes, de sorte à dégager la responsabilité directe de l'exploitant. Par conséquent, on va transférer ces activités, les plus sujettes à caution (de la part des associations, notamment) vers un sous-traitant de petite taille et moins connu du grand-public. Quand les associations pointent du doigt des défaillances sur tel ou tel site, elles se retrouvent donc face à de petites sociétés intermédiaires et non devant la société finale. C'est la méthode employée par Total et qui vaut pour toutes les multi-nationales, tous les réseaux mondiaux, peu importe le secteur.

 
Commentaires

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  • Par zouk - 24/09/2015 - 11:20 - Signaler un abus Ecologie....

    Parfaitement d'accord sur le fonds, mais une partie des dissimulation n'est qu'une réaction à des campagnes mal ou non justifiées mais hystériques de certains groupes se prétendant écologistes et reprises sans filtre par presque toute la presse sans aucun étude sérieuse de la question,exemples: la "malbouffe" de José Bové, l'acharnement français pour l'interdiction des OGM dû au même talentueux agitateur, ces deux exemples n'ayant d'ailleurs aucun fondement.

  • Par DANIEL74000 - 24/09/2015 - 14:26 - Signaler un abus AGENCES RESPONSABLES NON COUPABLES

    Qui va pouvoir faire entendre à nos technocrates et oligarques que l'argent du contribuable n'est pas renouvelable ?

  • Par vangog - 24/09/2015 - 15:16 - Signaler un abus Le mensonge du réchauffement climatique en est un autre!

    Les écolo-régressifs représentent une minorité avec un très fort pouvoir lobbyiste et dont les buts sont plus internationalistes, homophiles, immigrationnistes et régressifs qu'écolos. Le vernis écolo craque furieusement sur ces groupes qui tentent d'influencer les politiques sociétales inversives et les politiques économiques régressives. Face aux normes débiles et anti-productives qu'ils réussissent à imposer aux politiciens passéistes , le mensonge des entreprises est une défense comme une autre pour préserver leur activité et leur croissance. D'ailleurs, ne nous y trompons pas! Seules les firmes puissantes parviennent à lutter contre l'avalanche de normes et réglementations imposées par les ecolo-régressifs. Les PME, artisans, agriculteurs, non défendus par des gouvernements irresponsables, mettent la clef sous la porte, eux...

  • Par Anguerrand - 24/09/2015 - 15:36 - Signaler un abus Les allemandes ont mis des années pour se faire une bonne

    image de marque. Dans les années 60 leur image etait plutôt mauvaise ( tenue de route, rouille, " tape cul", etc. Acheter une allemande parraissait incongrue. Après plusieurs décennies ils ont fait de gros efforts pour remédier à leur mauvaise réputation. Ils y ont réussi grâce une technologie souvent proposée par leurs gros sous-traitants comme Valeo ou Bosch. Depuis déjà qq années le made in deutchland perdait de sa superbe avec ses voitures fabriquées dans les pays de l'Est ou l'Espagne. Les classements " fiabilité" depuis qq années montrait la descente dans le classement. Le dernier classement 2015 réalisé sur 30 marques a relégué toutes les marques du groupe VW dans les 30 derniers! Y compris Audi, Porsch, Seat, Skoda, etc... Les marques haut de gamme (Mercedes, BMW ) se situaient en milliers de tableau et surprise les constructeurs français PSA et Renalt dans les 7 premiers! Dacia a la 2 eme place des voitures la plus fiable! Cette fraude coûtera cher au groupe VW et à son image de marque. A moins que l'on apprenne que VW n'était pas le seul à tricher, on parle de BMW? Si les français n'ont pas triché ce serait le moment de se lancer dans le haut de gamme.

  • Par 2bout - 24/09/2015 - 17:02 - Signaler un abus (En savoir plus sur Valeo)

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Valeo

  • Par von straffenberg - 24/09/2015 - 17:19 - Signaler un abus grandeur et décadence de la technocratie

    Tout ceci est la conséquence de la réglementation et technocratie à outrance qui sévit dans tous les domaines alimentation,environnement construction industrie . cette législation souvent déconnectée de la réalité est le fond de commerce d EELV et des verts de tout poil (j'évite la boutade vert de terre....).L'écologie et le respect de la nature oui mais sans ces partis politiques générateurs de propos stupides et chasseurs de portefeuilles ministériels VW à triché c est sur mais tous les industriels doivent faire face chaque jour à des contraintes qui dépassent le bon sens.Quant à cette foutue pollution si elle existe toujours je pense que l'air des villes est infiniment plus respirable(en Europe) qu'il ne l'était lors de l'explosion industrielle de la fin du 19éme siècle à Paris comme à Londres.D'ailleurs les cheminées d'usine ont disparues du paysage Francilien .

  • Par Texas - 24/09/2015 - 17:26 - Signaler un abus Pendant ce temps là...

    ....on ne parle pas du scandale des éoliennes ...!!.

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Stephan Silvestre

Stephan Silvestre est ingénieur en physique appliquée, Professeur à la Paris School of Business et spécialiste des risques énergétiques. Il est membre de la chaire des risques énergétiques de PSB et anime le blog Risk Energy.

Il est le co-auteur de Gaz naturel : la nouvelle donne ? à paraître en février chez PUF.

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Jean-Paul Maréchal

Jean-Paul Maréchal est Maître de conférences en Science économique à lUniversité Paris Sud. Il est l'auteur de l'ouvrage Chine/USA. Le climat en jeu, Paris, Choiseul, 2011, 116 p.

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Rémy Prud'homme

Rémy Prud'homme est professeur émérite à l'Université de Paris XII, il a fait ses études à HEC, à la Faculté de Droit et des Sciences Economiques de l'Université de Paris, à l'Université Harvard, ainsi qu'à l'Institut d'Etudes Politique de Paris. 

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