Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Samedi 25 Juin 2016 | Créer un compte | Connexion
Extra

Pourquoi les motivations des Etats-Unis pour la signature du traité transpacifique sont avant tout géopolitiques et pas économiques

Le 4 février, le traité transpacifique (TPP), malgré de vives oppositions aux États-Unis, a été signé à Auckland. Ce partenariat est plus qu'un simple traité de libre-échange et ne vise pas principalement à augmenter l'emploi et la production mais à endiguer la progression économique de la Chine. La volonté américaine de bloquer l'ascension chinoise est évidente. Toutefois, il serait erroné de qualifier la concurrence sino-américaine de Guerre froide.

Stop la Chine

Publié le - Mis à jour le 16 Mai 2016
Pourquoi les motivations des Etats-Unis pour la signature du traité transpacifique sont avant tout géopolitiques et pas économiques

Atlantico : Malgré une vive opposition (des syndicats à Donald Trump, en passant par Joseph Stiglitz), le traité transpacifique a été signé le 4 février à Auckland. Que prévoit cet accord de libre-échange ? Quels sont les points qui sont contestés par ses opposants ?

Thomas Porcher : Les traités de libre-échange ont deux buts : abaisser les barrières douanières et uniformiser les normes.

En ce qui concerne l'uniformisation des normes, deux éléments doivent être soulignés. Premièrement, dans ce type de rapport, les concessions ne sont pas faites des deux côtés, l'histoire montre que ce sont ceux qui sont en position de force qui imposent leurs normes aux autres. Quand on regarde le classement des multinationales au niveau mondial, on se rend compte qu'il y a une forte domination des Etats-Unis : sur les 100 premières multinationales mondiales, 60 sont américaines. On peut craindre que dans de nombreux secteurs, ce soient les normes américaines qui s'imposent aux autres pays.

Deuxièmement, parfois quand les intérêts convergent, il est possible que des entreprises concurrentes s'accordent pour casser certaines normes car elles représentent des freins au profit.

Par ailleurs, les Etats-Unis ont signé le traité nord-atlantique avec le Mexique et le Canada (ALENA). Les premières études affirmaient que cela allait créer de l'emploi et de la croissance. Or, les études économiques qui ont suivi ont clairement montré que ce traité avait en réalité entraîné des pertes d'emplois aux Etats-Unis (au niveau des emplois à faible qualification en raison des délocalisations des entreprises) et au Mexique.

Les traités de libre-échange ne sont généralement pas un jeu gagnant-gagnant, d'où cette opposition au traité transpacifique de la part de certains politiques et économistes américains. 

John Seaman : Le Partenariat trans-Pacifique (TPP) est original dans le sens où il vise à ouvrir une nouvelle phase dans le processus de mondialisation en s’adressant aux barrières non-tarifaires au commerce et à des mesures relatives, par exemple à l’accès aux marchés – notamment aux marchés publics –, au commerce numérique, à l’investissement, aux services, à la protection de la propriété intellectuelle, et au rôle des sociétés d’Etat, entre autres. L’accord va beaucoup plus loin qu’un accord de libre-échange classique, et c’est pour cela qu'il est plus intrusif et suscite plus de critiques.

Les opposants au projet sont nombreux, mais pour des raisons assez diverses. Certaines industries ou syndicats s’y opposent en raison d'une contestation des effets classiques de la mondialisation – ouverture des marchés, perte de compétitivité, délocalisations, perte d’emploi local, etc-. D’autres y voient une atteinte à la démocratie et à l’autorité nationale, par exemple à travers le mécanisme de règlement des différends entre investisseurs et Etats. D’autres estiment que l’accord ne va pas assez loin pour définir les mesures de protections sociales ou environnementales (bien que l’accord marque un pas historique dans cette direction). D’autres encore y ajoutent le caractère peu représentatif et démocratique du processus de négociation – au sein des pays négociateurs, d’abord, mais aussi au niveau mondial. Ils estiment que l’accord est le reflet de l’intérêt national et économique des pays négociateurs et que les nouvelles règles du commerce international devraient plutôt être négociées sur la base d’une meilleure représentation des pays ou des populations à travers le monde entier.

 
Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Thomas Porcher

Thomas Porcher est Docteur en économie, professeur en marché des matières premières à PSB (Paris School of Buisness) et chargé de cours à l'université Paris-Descartes.

Son dernier livre est TAFTA : l'accord du plus fort (Max Milo Editions, octobre 2014)

Il est également l'auteur de Le mirage du gaz de schiste (Max Milo Editions, mai 2013).

Il a coordonné l’ouvrage collectif Regards sur un XXI siècle en mouvement (Ellipses, aout 2012) préfacé par Jacques Attali.

Voir la bio en entier

John Seaman

John Seaman est chercheur à l'IFRI, spécialiste de la Chine.

Il effectue notamment des recherches sur la production d'énergie et de terres rares.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€