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Pourquoi Emmanuel Macron a plus à perdre qu'à gagner à vouloir respecter l'objectif des 3% de déficit (même du point de vue de ceux qui sont attachés à l'assainissement des comptes publics français)

Pour cause de strangulation budgétaire, le chef d'Etat-major des Armées quitte son poste car il veut alerter la Nation des risques encourus. Il y a derrière ce coup d'éclat deux ou trois vraies questions budgétaires dont il est urgent de prendre conscience.

Crise sur les budgets de l'armée

Publié le
Pourquoi Emmanuel Macron a plus à perdre qu'à gagner à vouloir respecter l'objectif des 3% de déficit (même du point de vue de ceux qui sont attachés à l'assainissement des comptes publics français)

Le Général Pierre de Villiers a présenté sa démission qui a été acceptée par le Chef des Armées. Celui-ci vient de faire savoir que le Général François Lecointre succédera au démissionnaire.

Collectivement nous ne pouvons que souhaiter que cette nomination marque la fin de la tension qui a existé, de manière clairement publique, au sommet de l'Etat.

1) Un climat durablement dégradé ?

S'il devait y avoir poursuite d'un climat dégradé alors que nous sommes dans une logique de guerre ( attentats intérieurs, opérations extérieures ), cela voudrait dire que les Armées seraient placées dans une forme de crise évolutive aussi regrettable qu'insondable en sa dimension réelle.Pour parler net, on sait comment ce type de dérèglement se provoque mais nul ne peut prétendre avoir la solution ( car elle ne saurait être unique ) à ce qui est au départ un conflit de légitimité. Un hiatus entre la technique reconnue d'un officier et les pouvoirs conférés à Emmanuel Macron par la Constitution.

2) Le droit au retrait

L'ouvrier a le droit, selon les termes du Code du travail, au retrait face à une machine qu'il estime dangereuse. Le Général de Villiers a agi selon la même logique : il juge dangereuse la restriction budgétaire qui affecte les Armées et y voit une strangulation incompatible avec le niveau requis de notre sécurité collective.

Laissons de côté les paramètres humains de ce qui s'apparente à un clash et focalisons-nous sur le sujet budgétaire.

3) Une crise pour moins d'un milliard ?

Premier point d'analyse, la France s'offre une forte secousse au sein des Armées pour un peu moins de 850 millions rapportés à près de 32 milliards de budget des Armées et près de 420 milliards pour l'Etat.

Le jeu ( qui ne saurait en être un ) en vaut-il la chandelle ? Evidemment non.

Reconduit dans ses fonctions le 1er juillet, le premier des officiers claque la porte pour une somme qui n'est pas proportionnelle au trouble qu'il sait qu'il va provoquer. Le malaise dépasse donc les comptes d'apothicaire et pose la question de l'orientation de notre défense qui est en attente d'un nouveau Livre blanc.

4) Le marécage budgétaire

Deuxième point d'analyse, il est toujours aussi curieux de voir comment notre Etat est géré. Ainsi, le surcoût des Opex est – sous François Hollande – imputé à l'ensemble des ministères : les Armées ne prenant que 20% de la charge. Drôle de conception de la rectitude budgétaire et de la lisibilité des comptes publics. Sur instruction récente et opportune, il est mis fin à ce " dispatching " curieux.

Idem, tous les protagonistes du dossier savent que le coût des Opex est minoré dans le projet de loi de finances. A meilleure preuve, Christian Eckert a été contraint de prendre – à plusieurs reprises - ce que l'on nomme un " décret d'avance " pour boucler le tout. (http://www.senat.fr/commission/fin/decret_avance/decret_avance.html      )

 
Commentaires

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  • Par A M A - 20/07/2017 - 10:26 - Signaler un abus Acculé à la précipitation et

    Acculé à la précipitation et à l'autoritarisme auprès de l'opinion publique, il a déjà perdu. Si, en tant qu'énarque, il s'agit de vite capturer les manettes de la DGA et des industries de l'armement au détriment des Polytechniciens, il s'attaque à un gros morceau, électoralement puissant. 2022 n'est pas très loin.Un quinquennat, c'est court.

  • Par vangog - 20/07/2017 - 13:16 - Signaler un abus Avec Marine Le Pen, vous l'auriez eu le 2eme PAN!

    Mais vous avez choisi l'incohérence budgétaire avec les missions assignées à l'armée, ce que vient de démontrer le Général De Villiers avec fracas...alors, il vous faut assumer vos choix! Le deuxième PAN, ce sera pour beaucoup plus tard... Pour l'instant, le nouveau CEM commence à rédiger ses lettres de réclamation pour obtenir de l'essence dans ses camions (ceux qui sont en état de fonctionnement...la moitié du parc?)...

  • Par clint - 20/07/2017 - 21:13 - Signaler un abus Macron va arriver à faire de l'UE un repoussoir comme..

    .. MLP a fait un repoussoir de sa sortie de l'euro et de l'UE ! Il aurait absolument du négocier avec la "chef UE" Merkel la mise hors de l'indicateur 3% les opérations extérieures ! Mais, comme Hollande, il n'a pas osé, ou s'est fait remettre en place !

  • Par gerint - 21/07/2017 - 08:06 - Signaler un abus @clint

    Tant qu'on reste dans l'UE toute politique autonome est impossible et le Président de La République ainsi que le gouvernement ont un rôle mineur, le peuple Français aussi

  • Par gerint - 21/07/2017 - 08:07 - Signaler un abus @clint

    Tant qu'on reste dans l'UE toute politique autonome est impossible et le Président de La République ainsi que le gouvernement ont un rôle mineur, le peuple Français aussi

  • Par gerint - 21/07/2017 - 08:14 - Signaler un abus Je ne dis pas que c'est facile de sortir de l'UE

    Je pense que c'est très difficile et que cela augmenterait considérablement les responsabilités de tous et serait pénible un certain temps avec des coûts à assumer mais la liberté en redonnant les manettes du pays aux Français à mes yeux vaut de l'or

  • Par cloette - 21/07/2017 - 15:30 - Signaler un abus Je pense qu'il ne sera pas réélu en 2022

    et il faudra alors sérieusement remettre en question tout ce système pourri

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Jean-Yves Archer

Jean-Yves Archer est économiste, spécialisé en Finances publiques. Il dirige le cabinet Archer, et a fondé le think tank économique Archer 58 Research.
 
Né en 1958, il est diplômé de Sciences-Po, de l'ENA (promotion de 1985), et est titulaire d'un doctorat en Economie de l'Université Paris-I Panthéon-Sorbonne.

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