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Pourquoi les banques françaises sont dans une situation particulièrement délicate

Une étude controversée révélée par l'hebdomadaire allemand WirtschaftsWoche estime à 84 milliards d'euros l'insuffisance de capitaux propres des banques européennes, dont 31,5 milliards d'euros pour le seul Crédit agricole.

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Publié le - Mis à jour le 11 Février 2014
Pourquoi les banques françaises sont dans une situation particulièrement délicate

Le Crédit Agricole a pris des risques inconsidérés à l’étranger, notamment en Grèce, où il a perdu plus de 10 milliards d’euros. Crédit Reuters

Longtemps, les banques françaises ont été les principales sources de revenus pour la presse papier. Grâce à leurs budgets publicitaires, elles ont pu acheter le silence des grands médias non seulement sur leurs turpitudes, mais aussi sur leurs difficultés. Elles ont pris l’habitude de considérer que l’information leur appartenait et qu’elles pouvaient disposer comment elles le souhaitaient de ce qui était dit ou tu au public.

>>>>>>> A lire également : Les banques européennes sont-elles vraiment sous capitalisées ? La réponse est non

C’est de cette façon que les Français n’ont jamais su quels profits les banques dégageaient grâce à la surfacturation de l’assurance emprunteur qu’elles imposaient aux accédants à la propriété.

Il s’agissait pourtant de plusieurs milliards chaque année, pris sur le prix de l’immobilier, à l’abri de toute véritable concurrence.

Peu de Français savent que l’un des principaux acteurs de ce marché captif est le Crédit Agricole, qui avait même envisagé à une époque de délocaliser sa filiale au Luxembourg pour des raisons d’optimisation fiscale. Fort de cette rente, le Crédit Agricole a pris des risques inconsidérés à l’étranger, notamment en Grèce, où il a perdu plus de 10 milliards d’euros.

Avec la publication, en janvier, d’une étude menée pour le compte de l’OCDE par deux économistes néerlandais, selon laquelle le Crédit Agricole était sous-capitalisé à hauteur de 31 milliards et la polémique qui s’en est suivie avec Marine Le Pen, les Français ont reçu une information cruciale à nouveau démentie d’un arrogant revers de main par les dirigeants de l’entreprise. Jusqu’ici, le Crédit Agricole a toujours mené une guerre féroce contre tous ceux qui le soupçonnaient d’être en difficulté. Mais cette fois, les informateurs sont un peu trop puissants pour être intimidés, même si la banque continue à agiter le spectre de la poursuite judiciaire à tout crin.

Ce spectre n’est d’ailleurs pas que fantasme. Le blogueur Jean-Pierre Chevallier en a personnellement fait les frais en recalculant les fonds propres de la Société Générale. Il a constaté de fortes différences avec les chiffres officiels et l’Autorité des Marchés Financiers l’a condamné à 10.000 euros d’amende.

C’est bien la manie des banquiers de croire que, parce qu’ils ont l’argent, ils ont le pouvoir de communiquer ou d’interdire la liberté d’expression.

On comprend cette nervosité. L’Allemagne a imposé un superviseur bancaire unique, qui va mener des tests auprès des principales banques européennes pour vérifier leur solidité. Pour le premier exercice du genre conduit par ce nouvel acteur de l’Union, l’engagement est de tester sans concession et sans aménité. L’opération doit commencer en mai. Elle suscite beaucoup d’inquiétudes.

Pour aller vite, on sait que les banques françaises seront à la peine, tout particulièrement le Crédit Agricole et la Société Générale. Il leur manque, à tous deux, des fonds propres. Le problème est qu’on voit mal comment sortir de l’impasse, car une augmentation de capital se traduirait par une perte de contrôle de ces banques.

Dans le même temps, les banques françaises sont rattrapées par des réglementations qu’elles sont parvenues à canaliser en France. On se souvient que François Hollande avait promis de séparer les activités bancaires. Il en est sorti une appendicectomie quand on attendait une amputation en bonne et due forme. Du coup, c’est le commissaire Barnier qui propose une réforme européenne bien plus drastique et qui déplait souverainement aux banques françaises.

De façon assez curieuse, plus personne dans la classe politique française ne semble ni s’en soucier, ni y comprendre un traître mot. Alors que, partout, on parle du retour des risques systémiques, les élus français s’occupent comme d’habitude des micro-problèmes qu’ils imaginent maîtriser, comme les lois sur la famille, et demeurent désespérément muets sur les questions économiques qui déterminent l’avenir du pays.

Face à ce silence des élus, ce sont les fonctionnaires qui prennent la parole en outrepassant allègrement leur rôle. Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France, a tenu des propos sur la réforme Barnier, qui ne sont pas ceux d’un commis de l’Etat. Ils sont d’ailleurs presque injurieux pour la Commission Européenne. Certains s’en sont émus et ont lancé une pétition pour protester contre ce débordement.

Nous touchons ici au visage le plus caractéristique du mal français. La classe politique fait profession de quelque chose, mais de quoi ? Certainement pas d’économie ni de droit bancaire. Dès que le sujet est abordé, il est donc confié à une technocratie conservatrice qui réclame que rien ne bouge, que rien ne contrecarre l’avis des banquiers. Les technocrates ont une bonne raison à se montrer serviles: ils espèrent tous être recrutés par une banque.

Ce qui manque à la France pour s’adapter au monde de demain, qui commence aujourd’hui, c’est une technostructure imaginative, ouverte, intelligente, innovante, qui renonce à cette langue de bois et à cette pensée unique qui étouffe le pays. Esprit critique, liberté d’expression, impertinence, devraient être les valeurs les mieux chéries de l’élite française. Seules ces valeurs garantissent une adaptation sans heurts aux nouvelles conditions mondiales.

Notre technostructure est l’exact contraire ce ce portrait-robot : endogamique, conformiste, obsédée par le formalisme, par l’étiquette de la Cour, l’élite française persécute la différence et adore la platitude et la soumission. Faute de lanceurs d’alerte, d’éveilleurs et de novateurs, il ne faudra pas se plaindre si la catastrophe annoncée se réalise.

 
Commentaires

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  • Par Thot7 - 10/02/2014 - 11:16 - Signaler un abus Le haut de la pyramide

    Si l'on connaissait le nom de celui (ou du groupe) qui se tient en haut de la pyramide, on saurait pourquoi tout va si mal. Seul lui le sait et les marionnettes n'ont qu'à danser ou crever.

  • Par Ravidelacreche - 10/02/2014 - 11:23 - Signaler un abus les banques françaises

    Je ne sais pas pourquoi mais je sens comme une grosse cagade se pointer du côté du Crédit Agricole ?!

  • Par XI - 10/02/2014 - 11:44 - Signaler un abus Marrant parce que Pinocchio

    Marrant parce que Pinocchio Moscovici maintenait le contraire face à Le Pen , il y a a peine quelques jours . Aurions nous un "sinistre" menteur aux finances . C'est cela ou alors c'est un complet incapable . Perso , mon opinion est faite , les deux .

  • Par vangog - 10/02/2014 - 12:30 - Signaler un abus "Grâce à leurs budgets publicitaires, elles ont pu acheter..."

    ...le silence des grands médias non seulement sur leurs turpitudes, mais aussi sur leurs difficultés" Et si on remplaçait les associations politiciennes et communautaristes par des comités d'Ethique des Médias et des banques, qui couteraient certainement moins cher?

  • Par Ramos - 10/02/2014 - 14:06 - Signaler un abus Bien rares les excellents articles sur Atlantico.

    Celui-ci en est un. Félicitations ! (Version corrigée)

  • Par un_lecteur - 10/02/2014 - 14:44 - Signaler un abus Excellent, mais pas seulement pour les banques francaises.

    La deutsche bank par exemple .... http://www.24hgold.com/francais/contributor.aspx?article=5122461708H11690&contributor=Charles+Sannat . Quand au pouvoir sur les media, notre prix nobel d'economie Maurice allais, qui avait alerte sur le risque de crise bien avant que celle-ci se produise, et préconisé des mesures comme justement de séparer les activités bancaires, a été interdit de media. http://www.enquete-debat.fr/archives/le-scandale-de-lomerta-qui-a-pese-sur-maurice-allais-8633 J'ai comme l'impression qu'on ne verra plus guère michel barnier dans les media . Et qu'il peut faire une croix sur sa carrière.de commissaire européen. En tout cas, il est courageux. La finance est son ennemie. Pour du vrai.

  • Par helios - 10/02/2014 - 15:05 - Signaler un abus attention quand même

    Certains se sont pris des amendes salées pour avoir dit du mal des banques françaises.

  • Par lau - 10/02/2014 - 15:12 - Signaler un abus le npa front de gauche fracassent tout a rennes valls derriere

    le npa front de gauche fracassent tout a rennes valls derriere 4 arrestations seulement ?.http://dai.ly/x1bjk0r a appel npa front de gauche émeute a rennes

  • Par ignace - 10/02/2014 - 15:19 - Signaler un abus @lau -vous travaillez au credit agricole ?

    votre commentaire étant totalement a coté de la plaque, je pensais que vous tentiez de changer de sujet

  • Par pemmore - 10/02/2014 - 15:21 - Signaler un abus Crédit agricole, quel crédit agricole?

    il y a la banque d'affaires, et les banques régionales du crédit agricole qui n'ont que le nom en commun, et elles sont très riches.

  • Par mich2pains - 10/02/2014 - 15:52 - Signaler un abus ET DIRE QUE ....

    il y a peu , un MOSCOVICI face à MARINE ( "Mots Croisés" d'Yves CALVI) prétendait que les banques françaises étaient en bonne santé ! C'est fou comme l'état d'un "patient " se dégrade vite dans le service de Gériatrie dirigé par la G0000CHE !

  • Par pierre325 - 10/02/2014 - 16:04 - Signaler un abus je revoie toute les émissions

    Ou un banquier se pointait pour dire qu'on avait des réserves sur et certaine.

  • Par EOLE - 10/02/2014 - 17:52 - Signaler un abus Les Sparkassen

    allemandes ont-elles été prises en compte dans le manque de capitaux propres de l'étude citée? PROBABLEMENT PAS ! Leur insuffisance de capitaux propres est notoire mais les allemands ne veulent pas qu'elles soient considérées comme des banques... Im Deutchland, alles richtig! Circulez, y'a rien à voir!

  • Par François Homeland - 10/02/2014 - 18:52 - Signaler un abus La crise financière est toujours devant nous...

    et le français moyen va en prendre plein la gueule ! Il faut VRAIMENT obliger les banques à séparer leur activité de détail de leurs activités spéculatives. François Hollande a-t-il les "cojones" suffisamment bien accrochées pour gouverner par décret ? C'EST LE MOMENT ET LE TEMPS PRESSE !!!

  • Par crisemajeure.fr - 10/02/2014 - 19:44 - Signaler un abus Les banques ne parviennent pas à rembourser leur emprunt BCE

    En 2011 et 2012 les banques européennes ont bénéficié de deux prêts long terme - LTRO - de 1018 milliards € - 1 % de taux d'intérêts - accordés par la Banque centrale européenne, dans le but sous-jacent de faire baisser les taux d'emprunt obligataires (vente de bons du Trésor au meilleur taux, en faveur des Etats hyper endettés). Même en se livrant à l'hyperspéculation qu'elles pratiquent impunément sur les places financières, les banques privées ont la plus grande difficulté à rembourser à la BCE l'actuel solde d'emprunt de 665 milliards € qui arrive à échéance en décembre 2014. Si un troisième prêt LTRO était décidé ce serait uniquement pour éviter une nouvelle fois la faillite du système bancaire. L'artificialisation du processus financier, conduisant à l'assèchement progressif de l'économie réelle, mis en oeuvre depuis les années 1980, et l'actuel triple aveu d'impuissance des Banques centrales, des banques privées, des Etats, sont assurément la condition méphistophélique de l'effondrement effectif du système monétaire international basé sur le dollar US... Dans ces conditions, il est compréhensible de constater que les banques en mal de liquidités sont sur la corde raide...

  • Par vangog - 10/02/2014 - 21:38 - Signaler un abus @Francois Homeland si vous séparez les activités

    de détail des activités de spéculations, vous retirez aux banques la seule possibilité qu'elles ont de rembourser leur LTRO, et vous limitez certaines d'entre elles à une activité non rentable, le dépôt et le crédit aux entreprises et particuliers, qui est en chute libre... "La finance...mon ennemie!" Conformément à l'axiome qui veut que toute mesure socialiste aboutit irrémédiablement à l'inverse de son objectif, les LTRO et autre Bâle II, puis Bâle III ont abouti à une concentration et à une explosion des activités spéculatives des banques, seul moyen pour elles d'atteindre les critères Bâle, après avoir ( peut-être) remboursé la BCE... Mais peu importe ce remboursement, car les "too big to fail" réclameront de l'Europe qui les a nationalisé, le prix de leur complicité: Un 3ème LTRO, puis un quatrième, puis un cinquième...nouveaux degrés de la pyramide de Ponzi des dettes qui s'effondrera un jour...très proche!

  • Par vangog - 10/02/2014 - 22:07 - Signaler un abus Samedi 8 Février 2014, les fascistes rouges

    du NPA attaquent violemment un meeting d'un candidat FN à Rennes et en toute impunité. Aucun commentaire des chaînes de propagande sur ce scandale prémédité par l'apprenti-dictateur Valls et sa police politique, qui étaient conscients, depuis plusieurs jours des appels à la violence et à la haine sur les sites d'ultra-gauche. La France est en train de rééditer son histoire la plus sombre et est en train de s'enfoncer dans la dictature, comme elle l'a fait en 39 avec le socialiste Laval et le sympathisant socialiste Pétain...

  • Par boblecler - 10/02/2014 - 22:23 - Signaler un abus Court l'article pour un énarque

    Les deux économistes hollandais qui ont fait l'Etude sortent de leur cambrousse. Ils ont ignoré que les banques mutualistes tel le Crédit Agricole a des participations croisés dont le max est limité à 10% du capital ce qui fait que les fonds propres de CASA doivent aussi se regrouper avec ceux des caisses régionales moins 10 % et le ratio de mac donough passe à 12 % donc largement au dessus de celui de goldman sachs freddy mae et wales fargo . Les Allemands veulent cacher le désaster de kommerzbank et la dresdner bank avec la bad bank allemande qui va vendre ses titres à la bourse de frankfurt! On se fout de qui?

  • Par vent_nouveau123456 - 11/02/2014 - 09:39 - Signaler un abus Il y a la crise pourquoi, ne faites-vous pas comme les Américain

    Il y a la crise pourquoi, ne faites-vous pas comme les Américains Les États-Unis ont donné un ultimatum aux banques suisses jusqu'au 31 décembre 2013 ... pour s'autodénoner d'avoir aider des citoyens américains échapper au fisc . Ainsi, les banques suisses doivent se déclarer dans 4 catégories .. la première très coupable. La seconde avec des circonstances atténuantes .. Etc . Et la quatrième catégorie où il n'y aurait jamais eu de citoyens américains ! Les banques suisse doivent également fournir toutes les données de ces années de fraudes ! Les États-Unis vont récupérer avec cette méthode certainement des dizaines de milliards..! En fait, il y aura des amendes et les riches Américains devront rembourser toutes les années non payées .. ! Cela fais tellement peurs que UBS la plus grande banque suisse envisage sérieusement de vendre ça divisions affaires.. ! Donc, si les États-Unis font cela, pourquoi la France et l'europe ne font-elle pas la même chose.. ? Peut-être parce que les gens qui nous gouvernent ont eu même évadé le fisc .. ? Pourquoi ne pas demander à nos politiciens de faire comme les Américains..? Ce serait certainement mieux .. !

  • Par Baskerville - 11/02/2014 - 12:18 - Signaler un abus Open bar

    Tout cela n'est pas grave, les contribuables paieront. Préparons nos portefeuilles.

  • Par walküre - 11/02/2014 - 15:48 - Signaler un abus Oui préparez vos biffetons

    C'est pour fin 2014 voire 2015.

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Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est l'ancien Président de l'APEC (l'Association pour l'emploi des cadres) et auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr
 

Diplômé de l'ENA (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un DEA d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

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