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Polémique sur les chiffres : Piketty écrasé par un débat plus grand que lui

Nouveau chapitre de la Pikettymania : cette semaine l'hebdomadaire anglo-saxon Bloomberg Businessweek qualifie Le capital au XXIe siècle de "lecture de plage", qui "entretient l'anxiété collective", "d'un avenir de plus en plus pauvre".

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Publié le - Mis à jour le 6 Juin 2014
Polémique sur les chiffres : Piketty écrasé par un débat plus grand que lui

Thomas Piketty ne maîtrise plus son nom, Il est aujourd’hui une marque. Stéphane Hessel fut le symbole de l’indignation, Piketty est le mot magique pour se référer à la lutte contre les inégalités. Cette semaine, Bloomberg Businessweek consacrait sa couverture à l’économiste français, une couverture modelée sur la base des meilleures revues adolescentes des années 80, ou les étoiles mauves et les cœurs brisés se mêlent aux traces de rouge à lèvres maquillant le visage du théoricien du capital au XXI siècle.

Une manière d’évoquer l’hystérisation du débat autour de Piketty.

Car la comparaison avec Stéphane Hessel ne s’arrête pas là. Dans l’ambiance actuelle, critiquer les travaux de Thomas Piketty reviendrait à refuser la notion d’inégalités et à en nier l’existence même. Un combat des gentils "fans" qui soutiennent l’auteur sans réserve, contre les méchants. Le magazine Causeur se posait une question en 2011, "Est-il permis de critiquer Stéphane Hessel" ? Tout en précisant sa pensée, avec "Indignez-vous, pour 3 euros t’es Jean Moulin". De la même manière, avec le "capital au XXI siècle", il est possible de mettre en avant sa conscience sociale. Aucune critique ne sera tolérée.

C’est la douce expérience que vient de vivre Chris Giles du Financial Times, qui a eu l’outrecuidance de contester la véracité des chiffres avancés par l’auteur du bestseller. En réponse, L’intéressé pointa une charge "idéologique" du quotidien financier. Pourtant, le FT s’était bien gardé de tout jugement et s’est bien contenté de critiquer les chiffres.

J’ai pu également pu faire cette expérience. Suite à un article, Ryant Avent de "the economist" avait pu s’indigner de ma référence aux travaux du FMI, car ceux-ci indiquaient que les inégalités mondiales se réduisaient depuis 2005. Le fait de pointer une bonne nouvelle me disqualifiait, cela ne pouvait être qu’un moyen de nier l’accroissement des inégalités au sein des pays développés. Cela n’a pourtant jamais été le propos, qui ne consistait qu’à s’alarmer devant certaines affirmations fallacieuses de Thomas Piketty qui lui permettaient de justifier ses propositions de fortes taxations.

Pourtant, au-delà des chiffres, et comme le rappelle Clive Crooks de Bloomberg : 

"J’avançais que l’erreur du livre était de défendre une théorie qu’il ne parvenait pas à soutenir. Piketty dit que le capitalisme contient une contradiction fondamentale : dans la nature du système, les inégalités de revenus et de richesses tendent à augmenter de façon inexorable, et la ploutocratie en est la conséquence logique. Il délivre une théorie de circonstance pour soutenir tout cela, mais cela est loin d’être une théorie, plutôt un mélange d’identités comptables et de suppositions. Les chiffres du livre lui-même ne prouvent rien non plus. Et cela tout en considérant alors que les chiffres étaient corrects…". Une vision que Clive Crooks soutenait déjà dans un article précédent, au titre sarcastique : "Le livre le plus important de tous les temps est entièrement faux". Car pour l’éditorialiste de Bloomberg, les arbres de l’actuelle bataille de chiffres ne font que masquer la forêt ; c’est bien la théorie avancée par Thomas Piketty qui est douteuse.

Une théorie qui affirme que les inégalités vont continuer à se creuser de manière inéluctable puisque le phénomène est inhérent au capitalisme. Les démocraties sont en danger  mais heureusement, pour l’auteur, il existe une solution : taxer plus. Pourtant, Thomas Piketty reconnait lui-même que la part de richesse détenue par les "élites" du capital européen est moins importante aujourd’hui qu’il y a deux siècles. L’idée d’une "loi fondamentale du capitalisme" parait dès lors bien fragile. Suite à la destruction des sociétés européennes au cours des deux guerres mondiales, et après le passage d’une période de croissance forte, "les 30 glorieuses", le partage n’aura jamais été aussi "équitable" que dans le courant des années 70.

Un renversement de tendance a bien eu lieu depuis lors. Mais les données fournies par Thomas Piketty sont à nouveau suspectes pour des économistes de L’institut d’études politiques de Paris. La prise en compte du capital immobilier dans les données a en effet permis à l’auteur de présenter une réalité biaisée, et de l’extrapoler pour obtenir un résultat concordant avec sa théorie. "Cette note démontre que cette tendance (de l’augmentation des inégalités) n’est pas confirmée par les chiffres. Ceci n’enlève rien à l’intérêt considérable de la collecte de données et de leur mise en perspective historique".  

La solution de "taxer plus", par la voie d’un impôt mondial progressif sur le capital, n’est pourtant qu’un outil permettant de redistribuer la richesse. Un outil dont les conséquences négatives sur la croissance ne sont pas écartées. La question de la cause de l’accroissement des inégalités dans une période où les taux de croissance des pays occidentaux n’ont fait que baisser reste posée. Et la corrélation entre les deux offre une sérieuse piste de recherche.

Mais de tout cela il n’est plus question. Chris Giles du Financial Times m’exprimait ses doutes sur les méthodes de l’auteur du Capital au XXI siècle, les chiffres avancés ne semblent pas toujours être des outils destinés à la recherche de la vérité. Thomas Piketty a pu répondre aux critiques du "FT" en concluant "Néanmoins, il s’agit d’un débat intéressant pour l’avenir, et nous devons tous reconnaître que nous en savons trop peu". En effet.

Pour lire le Hors-Série Atlantico, c'est ici : "France, encéphalogramme plat : Chronique d'une débâcle économique et politique"

 
Commentaires

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  • Par Benvoyons - 31/05/2014 - 11:09 - Signaler un abus Quand vous voyez le résultat Economique de Caton suite aux

    grandes pensées de nos experts économiques( comme Piketty, Cohen,etc) et bien cela donne un Ministre qui dit: j'ai des entrées sur plus un milliard € car les gens réintègrent des comptes de Suisses en France. Ces gens vont payer plus d'impôts en France et en plus pour l'année en cours des pénalités. Oui mais, qu'ont -ils provoqué en ne payant pas d'impôts en France sur ces sommes (du moins en France) une augmentation de la dette pour permettre de la redistribution. Donc le ministre aurait du affecter cette somme pour rembourser de la dette et non pas faire de la redistribution. En effet en remboursant de la dette vous réduisez de la dette et des intérêts sur la dette. Donc au finale vous réduisez votre besoin d'impôt.Hors au niveau de la dette France c'est chaque milliard qui compte. De plus il ne tient pas compte que les gens qui ont ramenée les comptes vont de nouveau optimiser et réduire dans la légalité les sommes après paiement des pénalités. Donc cela ne changera rien au manque de recette et d'impôt de l’État ( en 2013 -14.5 milliards € ) puisque la pression de l'impôt est trop forte en France. Car chaque personne fait des réductions de dépenses et donc de l'optimisation.

  • Par zouk - 31/05/2014 - 11:17 - Signaler un abus Piketty

    Résultat évident de la profonde ignorance de l'économie dans notre beau pays profondément pollué de marxisme théorique, ou peut être, ce qui est beaucoup plus grave, du profond rejet du bon sens qui est le principal fondement de toute décision économique. Je n'entrerai pas dans le raisonnement de Piketty, il n'est qu'idéologique, donc n'est pas un raisonnement.

  • Par john mac lane - 31/05/2014 - 12:18 - Signaler un abus Pas de critiques sur Piketty dans la presse bien pensante

    Critiquer les travaux de Thomas Piketty reviens à frustrer les gens de gauche sur ce qui fait leur fond de commerce. http://lequidampost.fr/un-lezard-dans-les-statistiques-de-piketty/

  • Par vangog - 31/05/2014 - 13:00 - Signaler un abus Non, Mr Piketty! La taxation progressive des revenus n'est pas

    un débat intéressant l'avenir, mais le passé de toutes les social-démagogies comme la France, qui doivent s'interroger sur l'inefficacité d'un impôt atteignant 45% du PIB et qui ne suffit ni à assurer des fonctions régaliennes solides et pérennes, ni à rembourser la dette pharamineuse accumulée par quarante annnées de gauchisme? il y a un problème du passé à résoudre, avant d'envisager l'avenir...

  • Par Peter6809 - 31/05/2014 - 16:06 - Signaler un abus Enfumeur

    Comme tous ces "économistes" universitaires, qui tournent en rond dans leur concepts complètement obsolètes. De plus, comme beaucoup de soi disant experts, il travestissent les chiffres pour étayer leurs théories. On a tous fait ça en TP à l'école...mais on ne voulait pas reformer le monde! Juste pas se prendre une bulle!

  • Par vangog - 31/05/2014 - 20:35 - Signaler un abus En admettant que les inégalités entre pauvres et riches

    se creuseront inéluctablement (ce qui est l'inverse de la France...), où est le problème? Pourquoi être jaloux de riches toujours plus riches, si l'on peut être certain que leur excédent de richesse ne sera pas consommé, mais réinvesti de façon totalement productive? Pourquoi envier ces mêmes riches si leur façon de vivre n'est pas une recherche du bonheur pour tous, mais leur seule et obsédante façon d'acquérir le bonheur pour eux-mêmes? Et pourquoi est-ce un problème que ces investissements productifs entrainent gains de productivité, stimulation de la recherche et de la créativité, hausse du pouvoir d'achat et émulation collective? ...puisqu'il est enfin prouvé, après moultes expériences socialo-communistes depuis 1917, que l'état ne sait pas investir dans le système productif, ni gérer son secteur nationalisé, ni contrôler harmonieusement l'économie! Même si l'axiome de départ de Piketty était vrai, même si ses chiffres étaient vrais, même si ses amalgames foireux étaient vrais, l'Egalité qu'il appelle de ses voeux n'est que l'archaique égalitarisme gauchiste, inutile, source de toutes les guerres, de toutes les misères, conclusion inverse de ce que prétend Piketty... QnonED

  • Par lexxis - 31/05/2014 - 20:56 - Signaler un abus LES QUATRE ETATS DE LA FISCALITE ET EINSTEIN!

    A l'aube de la démocratie, on trouve la fiscalité "contributive", qui assure la participation du plus grand nombre aux dépenses publiques. Deux ou trois siècles plus tard, apparaît la fiscalité "redistributive" qui cherche à associer à ce financement une correction plus ou moins énergique de certaines inégalités économiques. C'est à "Moi, Président,je" et à sa haine des riches que nous devons en France l'apparition d'une fiscalité ordinaire "punitive", dont le but n'est pas tant de procurer des deniers publics supplémentaires que de châtier des gens qui gagnent trop d'argent en les frappant d'une taxe spoliatoire à 75%, à laquelle ils réussiront pourtant à échapper personnellement. La dernière qui s'inscrit dans le droit fil des théories de Monsieur Piketty, c'est la fiscalité "liquidative", celle qui éradique définitivement les inégalités dans une approche dont l'Histoire récente a montré tout à la fois l'échec, la vanité et les effets pervers. Dernière question aux Pikettolâtres: comment, lorsqu'on est obsédé par la traque de l'inégalité , s'arrêter aux seuls revenus et patrimoines, alors qu'impôt ou pas, Einstein aurait conservé son cerveau?

  • Par Vet of Psychic Wars - 31/05/2014 - 21:44 - Signaler un abus Des économistes très brillants sur les plateaux télé ...

    Ah, c'est formidable, face à des journalistes complaisant d'exposer de belles théories qui permettrait de créer de la croissance ad vitam eternam, sans réduire le train de vie d'un état hypertrophié, sans travailler davantage, sans améliorer la compétitivité des entreprises, sans faire de progrès dans l'éducation, par exemple sur le niveau en anglais, sans repousser l'age de la retraite, mais uniquement en orientant différemment les tuyaux de la redistribution déjà massive dans notre pays. Sauf que cela n'a fonctionné nulle part, pas même avec Roosevelt, et que même des gouvernement de gauche en Suède, Allemagne, Autriche ont tourné le dos à ces fumisterie, et cela leur a plutôt réussi !!! Hello Piketty n'est qu'un bouffon de plus.

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Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann est responsable du pôle Economie pour Atlantico.

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