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Pétrole : la hausse des prix qui masque une nouvelle baisse à venir ?

Pendant les événements iraniens, le pétrole a atteint les 60 dollars le 29 décembre dernier, un plus haut depuis près de 3 ans

Leurre

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Pétrole : la hausse des prix qui masque une nouvelle baisse à venir ?

Atlantico : Les cours du pétrole, de façon concomitante aux événements en cours en Iran, ont franchi la barre des 60 $ le baril depuis le 29 décembre dernier, un record depuis près de 3 ans. Dans un article publié par le Financial Times, Nick Butler indique que s'il existe un risque de hausse à court terme, la réponse à moyen terme pourrait avoir lieu. Quelle est la rationalité de cette approche ? 

Stefan Silvestre : Le pétrole subit en effet une pression haussière dans le contexte des émeutes iraniennes. Cependant, le baril se trouve dans un trend haussier depuis son plancher de juin dernier à 43$. Cette tendance est grandement entretenue par la faiblesse du dollar au cours de l’année 2017. L’analyse de Nick Butler est fondée d’une part sur l’absence de risque immédiat sur les installations pétrolifères iraniennes et d’autre part sur le réalisme des autorités locales qui préféreront trouver un accord avec les manifestants plutôt que d’aller au conflit sévère.

Et pour calmer son peuple, Téhéran pourrait être tenté d’augmenter ses exportations de pétrole en s’asseyant – une nouvelle fois – sur ses quotas de production OPEP. Ce scénario est en effet assez probable. J’ajoute à cela que Téhéran n’a pas tardé à lancer des accusations sur l’Arabie Saoudite et les États-Unis, ses grands ennemis, comme l’a déclaré hier le guide suprême, Ali Khamenei. C’est classique, lorsque l’on a des problèmes intérieurs, on trouve des coupables à l’extérieur ! Mais surtout, cela donnera un excellent prétexte à Téhéran pour renvoyer à la figure de Riyad les quotas durement négociés l’année dernière et qui ne convenaient pas aux Iraniens. Le niveau plutôt élevé des cours confortera Téhéran dans sa volonté de rouvrir un peu les robinets pétroliers. 

Francis Perrin : Les prix du pétrole ont commencé l'année 2018 avec des niveaux élevés relativement à la période récente. Le 3 janvier, en fin de journée, le Brent de la mer du Nord a dépassé $67,80 par baril à Londres alors que, de l'autre côté de l'Atlantique, le West Texas Intermediate (WTI) clôturait à plus de $61,60/b. Dans les deux cas, ces cours sont les plus élevés depuis trois ans environ.

Les tensions en Iran jouent évidemment un rôle important dans la hausse des cours de ces derniers jours de même que la fermeture de l'oléoduc Forties en mer du Nord lors des dernières semaines (cet oléoduc vient d'être remis en service). Cela dit, l'impact haussier de la situation politique en Iran ne sera pas considérable. La production et les exportations pétrolières du pays ne sont pas menacées pas plus que les infrastructures et installations énergétiques. Il est certes impossible de prévoir les évolutions d'une crise politique mais rien ne permet à ce jour de penser qu'elle pourrait avoir un impact haussier durable sur les prix du pétrole. 

Au-delà de l'Iran, il y a cependant d'autres facteurs qui expliquent l'augmentation des prix du pétrole dans les derniers mois. La demande pétrolière mondiale est toujours en croissance (+1,5 million de barils par jour en 2017, selon l'Agence Internationale de l'Energie) et cette augmentation se poursuivra en 2018, la croissance économique mondiale est assez forte, l'Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP) entend continuer à limiter sa production en 2018 de même que dix pays non-OPEP et les stocks de pétrole brut et de produits raffinés dans les pays membres de l'OCDE ont significativement baissé. Et, en dehors de la situation interne de l'Iran, les facteurs de tension ne manquent pas au Moyen-Orient avec des guerres en Syrie et au Yémen, les oppositions très fortes entre l'Arabie Saoudite et l'Iran, entre les États-Unis et l'Iran, entre Israël et l'Iran et entre le Qatar et l'Arabie Saoudite/Émirats Arabes Unis/Bahreïn/Égypte sans compter les différends entre le gouvernement fédéral de l'Irak et le gouvernement régional du Kurdistan irakien. Par contre, la production de l'ensemble des pays non-OPEP a augmenté en 2017 et devrait croître encore plus en 2018, ce qui aura un impact baissier sur les prix. Cette hausse sera principalement le fait des Etats-Unis, dont la production bondirait de plus de 1 million de barils par jour cette année.

 
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Stephan Silvestre

Stephan Silvestre est ingénieur en optique physique et docteur en sciences économiques. Il est professeur à la Paris School of Business, membre de la chaire des risques énergétiques.

Il est le co-auteur de Perspectives énergétiques (2013, Ellipses) et de Gaz naturel : la nouvelle donne ?(2016, PUF).

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Francis Perrin

Francis Perrin a travaillé pendant plusieurs années comme journaliste et consultant indépendant sur l’énergie et les matières premières. Il est chercheur associé à l'OCP Policy Center (Rabat) et directeur de recherche à l'IRIS (Paris).

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