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Il n'y a pas d'affaire Saal ou comment une caste protège ses membres faillis pour ne pas tomber toute entière

Il est inutile de s'acharner sur l'un de ces agents de l'Etat qui, plein de morgue et de froide déraison, jettent par les fenêtres un argent qu'ils ont très peu gagné, parce qu'ils n'en voient même pas la couleur tant ils ont de secrétariats pour payer à leur place.

Tribune

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Il n'y a pas d'affaire Saal ou comment une caste protège ses membres faillis pour ne pas tomber toute entière

Nous l'a t-on assez dit ? Il n'y a pas d'affaire Saal, et sa conclusion tend à le prouver, puisque la coupable écope d'un blâme assorti de six mois sabbatiques qu'elle passera sans doute dans le Lubéron à écrire un livre encensé par France Culture. Il est inutile de s'acharner sur l'un de ces agents de l'Etat qui, plein de morgue et de froide déraison, jettent par les fenêtres un argent qu'ils ont très peu gagné, parce qu'ils n'en voient même pas la couleur tant ils ont de secrétariats pour payer à leur place.

Il n'y a donc pas d'affaire Saal non seulement parce que cette dame n'est pas la seule, mais parce que tout le monde fait comme elle et qu'on ne pouvait pas la punir sans mettre en cause la plupart de ses homologues.

Dans le domaine de la Culture, abstraire une note de quarante mille euros de taxis est certes un peu voyant mais il y a une foule d'autres postes que personne ne regarde et qui sont tout aussi scandaleux. Toutes les contingences matérielles dans la fonction publique culturelle sont traitées avec la même désinvolture. On peut même dire que pour un "cultureux" le mépris de l'argent constitue une véritable démarche artistique, du moins quand il s'agit de vider la caisse, parce que la frugalité, elle, est considérée comme ringarde, et même, disons le, limite-réactionnaire. Quiconque a dirigé un établissement public et s'est vu reprocher une programmation mois dépensière que l'année précédente pour cause de déficit sait très bien de quoi je parle.

S'il s'agit d'art, s'il est question d'élitisme artistique, si l'on téléphone toutes les semaines à François Pinault il faut dépenser, être fou, faire refaire bureaux et  fenêtres, commander du mobilier en plexiglas, acheter des œuvres contemporaines sur recommandation d'un collectionneur, financer des projets, des démarches des recherches, soutenir toutes les trois semaines « un travail sur ». Ces demi-dieux qui mangent leur salade à quarante euros dans les grandes brasseries parisiennes méprisent les ilotes que nous sommes. Il faut dire qu'une proportion non négligeable de nos concitoyens, chauffés par les journaux les plus serviles, a tendance à considérer que pour entretenir l'outil culturel, il ne faut pas mégoter sur les budgets.

Le problème, c'est que l'infirmière ou la retraitée de Châteauroux à qui on a réclamé entre mille et deux mille euros d'impôts l'an passé, sont en train de faire le lien entre la note de taxis de Mme Saal et ce tiers provisionnel qu'elles ont eu tant de mal à payer. Le peuple avait déjà tendance à considérer que la politique d'acquisition des œuvres contemporaines, qui mobilise son argent pour imposer des choix esthétiques douteux, relève de l'arnaque. Les achats publics et les opérations du type Versailles enrichissent galeristes et spéculateurs internationaux. De temps à autre la presse mainstream monte au créneau pour protéger le taux de progression du marché comme on l'a vu pour l'affaire Anish Kapoor où le Guardian et le New York Times se sont ligués pour tomber sur la prose des rares éditorialistes français qui ont osé parler de schéma de Ponzi à propos de l'Art contemporain. Mais au moins jusqu'ici tous ces commissaires, curateurs, tous ces fonctionnaires vêtus comme des abbés de cour qui jonglent avec des millions d'euros gardaient le prestige de ceux qui ont embrassé une cause qui les dépasse. Désormais on voit bien qu'ils se réfèrent à leur dieu comme les prêtres antiques afin de cacher la vérité  ultime : ils se tapent les offrandes.

 
Commentaires

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  • Par LouisArmandCremet - 05/01/2016 - 13:45 - Signaler un abus Bravo pour cet article...

    J'ai déjà émis des réserve sur des articles précédents mais j'approuve en tout point celui ci. Je finissais par croire que j'étais un jeune c.. de réactionnaire à force d'avoir des doutes sur le fondement artistiques des gesticulations comme les opréations honteuses qui ont eu lieu à Versailles. Les fonctionnaires qui dilapident sasn vergogne l'argent public devraient avoir des comptes à rendre sur leur gestion.

  • Par Malaparte - 05/01/2016 - 17:09 - Signaler un abus comparaison n'est pas raison, mais......!

    Turgot (1727-1781) avait voulu mettre fin au régime de prébendes , passe-droit et autres privilèges du marigot au pouvoir en ce temps-là. Mal lui en prit et sa disgrâce fut complète. Trois révolutions plus tard, les prébendes, passe-droit et privilèges sont plus que jamais d'actualité, mais plus de ministres kamikazes ; tout baigne, ça doit être çà le progrès.

  • Par JG - 05/01/2016 - 23:29 - Signaler un abus Pour approfondir un peu sur le scandale de l'Art Contemporain

    Lisez les ouvrages d'Aude de Kéros à ce sujet....édifiants...à vous dégoûter de payer des impôts que ce soit sous un gouvernement de droite ou de gauche d'ailleurs

  • Par vangog - 06/01/2016 - 00:11 - Signaler un abus Comment mettre fin à un système que vous avez créé

    vous-mêmes?...vous interroger sur vos propres motivations! Vos motivations à amener au pouvoir cette noblesse UMPS corrompue et dépravée, votre crédulité à croire que leurs dépenses excessives ne sont exceptionnelles, votre incapacité à accorder vos suffrages aux seuls qui auront le courage de mettre à bas cette noblesse poudrée et faussement cultivée: les patriotes! Eh oui, ça fait peur, la fin de la soumission...

  • Par saintjulien - 06/01/2016 - 07:51 - Signaler un abus Un peu de mesure

    Mme Saal travaillait pour un établissement public et pas pour une administration. Il est très difficile de se faire rembourser un taxi quand on est fonctionnaire en fonction dans une administration d'Etat, d'une manière générale,les,remboursements des frais de déplacement sont dérisoires. Il n'en est pas de meme des "périphériques" où tout est permis ou presque. Quand on voit ce qui se passe dans le privé Mme Saal aurait dû être révoquée eu égard aux montants des sommes en cause.

  • Par Paul Emiste - 06/01/2016 - 09:32 - Signaler un abus Encore une preuve!

    Maggy Thatcher avait provoqué un tollé en annonçant que les racines des droits de l´homme n´était pas la révolution française mais la Magna Carta Britannique...au moins sur un point elle avait raison, la révolution française n´a fait que changer les ayants droit pas les privilèges.

  • Par paolo manzi - 06/01/2016 - 10:30 - Signaler un abus Dérisoire . ..

    ..par rapport aux 130000 euros dépensés par Christian Estrosi alors qu'il etait ministre ( ou secrétaire d'etat ) sous Sarkozy en affretant un avion privé alors qu'il était en Martinique et qu'il avait souhaité etre present à la "garden party" donné par Sarko dans les jardins Élyséens.

  • Par Vincennes - 06/01/2016 - 10:32 - Signaler un abus "il n'y a pas d'affaire SAAL" lit on !! En effet car il serait

    judicieux de parler "d'affaires" AU PLURIEL....... 40..000 € de frais de taxi à l'INA + 38.000€ de frais de taxi quand elle était Directrice au centre Pompidou !! pas mal la vie en Hollandouille.où la NOTE va être "salée" même s'ils se servent sur nos impôts avec la bénédiction des médias très silencieux afin de préserver leurs avantages fiscaux 7.650€ de déduction fiscale, multipliés par le nombre de " journaleux "aux ordres" (pendant qu'on est "pressés comme ds citrons" !! et maintenant, on apprend (Google) que la dette fiscale de NOAH soit 1 million d'€ a été annulée !! Il ne faut .pas compter sur les Journaleux très obéissants au chef ton pour préserver leur "rond de serviette"+ avantages divers et variés. "Putain" ENCORE 15 MOIS avec ces rigolos

  • Par pc85 - 06/01/2016 - 11:20 - Signaler un abus Comment blanchir l'argent SAAL ?

    Utilisez un taxi pour aller aux Seychelles ! Je déconne, mais ILS en sont capables.

  • Par Jean-Benoist - 06/01/2016 - 13:30 - Signaler un abus Et la Cour des comptes

    Ne devrait-elle pas dénoncer l'abus de certains hauts fonctionnaires qui se gavent sur notre dos?? Et les associations culturelles qui considèrent qu'elles n'ont pas de compte à rendre, devraient se méfier car ras le bol de subventionner des intermittents sans talent Bravo pour cet article

  • Par Mperrindarloz - 06/01/2016 - 14:23 - Signaler un abus Bravo pour cet article.

    Bravo pour cet article. Chez nous, au Canada, de hauts fonctionnaires ont perdu leur poste pour beaucoup moins que ça. Ah ces horreurs à Versailles, que toute cette moutonnaille se plaît à admirer... Le ridicule ne tue pas, malheureusement.

  • Par precepte - 06/01/2016 - 15:52 - Signaler un abus Saal

    Message aux élus ou fonctionnaires qui pourraient avoir tendance à dépenser sans compter : Restez où vous êtes car dans le privé, la Saal aurait été licencié sans préavis pour faute lourde et se verrait traînée en correctionnelle pour rembourser.

  • Par Vincennes - 06/01/2016 - 16:27 - Signaler un abus @PAOLO MANZY......vous racontez des histoires 10:30

    car C.Estrosi n'était pas en Martinique mais en France......les faits réels étant : Le 23 janvier 2008 C.ESTROSI devait se rendre à Washington pour une conférence mondiale sur les récifs coralliens pour y défendre l’inscription du lagon de Nouvelle-Calédonie au patrimoine mondial de l’Unesco, pour lequel un vol régulier Air France avait été retenu pour 16h40. Un pot organisé par N.Sarkozy ayant été programmé ce même soir, il annula ce vol pour pouvoir prendre, plus tardivement, un Falcon 900

  • Par jurgio - 06/01/2016 - 19:28 - Signaler un abus Une sale affaire parmi d'autres...

    Les binationaux Hidalgo, Valls, Saal, Belkacem, Pellerin,.. auraient-ils opté pour la déchéance de la France ?

  • Par Gordion - 07/01/2016 - 05:20 - Signaler un abus Excellente polémique!

    ...et des voix de plus pour les partis extrémistes qui font leur miel de ces dérapages d'apparatchiks protégés par leurs mentors...

  • Par bergé - 15/04/2016 - 11:48 - Signaler un abus scandaleux

    scandaleux

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Christian Combaz

Christian Combaz est écrivain et polémiste.

Il est notamment l'auteur de Les âmes douces (éditions Télémaque), ouvrage accompagné d'un blog, et Le troisième âge est un tiers-état (éditions du Cerf, paru en février 2016), mais aussi Gens de campagnol (Flammarion, 2012), La France mérite mieux que ça (Editions du Rocher, 2005) et Enfants sans foi ni loi (Editions du Rocher, 2002). 

Retrouvez les écrits de Christian Combaz sur son blog : http://christiancombaz.fr/

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