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Panneaux solaires : la Chine a peut-être gagné une bataille contre l’UE mais pas forcément la guerre

La guerre photovoltaïque n'aura pas lieu : l'accord à l'amiable entre Bruxelles et Pékin entre en vigueur aujourd'hui. Les taxes européennes anti-dumping sur les panneaux solaires ne s'appliqueront plus aux industriels chinois s'engageant à respecter un prix plancher et un maximum de puissance pour leurs panneaux.

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Panneaux solaires : la Chine a peut-être gagné une bataille contre l’UE mais pas forcément la guerre

Les industriels européens n’étaient pas dimensionnés pour répondre à une demande aussi massive et les produits asiatiques ont inondé le marché.

La filière photovoltaïque a été victime de deux effets qui se sont conjugués de façon malheureuse : d’une part des décisions politiques inconséquentes et d’autre part un choc de concurrence auquel elle ne pouvait pas résister. La première décision politique néfaste a été l’envol des tarifs de rachat des kWh photovoltaïques (quadruplés en France en 2005). Cette décision, qui partait d’un bon sentiment, a eu les effets escomptés : le marché a explosé. Mais la montée a été trop rapide : les industriels européens n’étaient pas dimensionnés pour répondre à une demande aussi massive et les produits asiatiques ont inondé le marché. Ils ont ainsi accaparé 80% du marché européen en 2012.

Bien sûr, on peut toujours dire qu’il aurait mieux valu négocier une rampe de croissance moins raide, afin de laisser aux industriels le temps de s’adapter à la demande.

C’était d’ailleurs plutôt l’avis des fabricants. Mais la filière comprend aussi les installateurs ; et eux avaient intérêt à un marché le plus dynamique possible. Bien plus en amont, on peut se demander s’il était pertinent de transférer le savoir-faire industriel en Chine dans les années 1990. Mais là, c’est le gouvernement chinois qui a été habile en imposant, avant son entrée à l’OMC, de forts droits de douane sur les panneaux photovoltaïques occidentaux, obligeants ainsi les industriels à ouvrir des usines locales. C’est ainsi que le savoir-faire a été diffusé sur le territoire chinois.

L’autre conséquence qui n’avait pas été bien anticipée a été l’explosion des coûts de rachat de l’électricité photovoltaïque. En France, ces coûts devaient être couverts par le prélèvement obligatoire sur les factures d’électricité, dit CSPE (contribution au service public de l’électricité). Aujourd’hui, 62% de la CSPE sont dédiés au rachat de l’électricité photovoltaïque. Malgré tout, les sommes collectées étant très insuffisantes, EDF a dû réclamer la différence à l’État, à un moment où celui-ci s’en serait bien passé. Les projections faites en 2009 conduisaient à un déséquilibre faramineux, de plusieurs dizaines de milliards d’euros cumulés à la charge de l’État. Tout cela pour une production d’électricité représentant moins de 0,5% de la consommation française, c’est-à-dire inutile, a fortiori dans un pays dont l’électricité est déjà à 90% décarbonée. Il était donc indispensable de mettre fin à ce système, qui ne faisait que servir les intérêts des industriels chinois. En 2009, le gouvernement a été contraint de revenir en arrière sur les tarifs de rachat des kWh qui ont amorcé une décrue régulière, rendant les installations nettement moins rentables, voire plus du tout. La filière s’est alors retrouvée dans une situation de demande asséchée, avec une concurrence chinoise écrasante.

On peut légitimement suspecter une stratégie de dumping de la part des chinois, comme l’a affirmé la Commission européenne. Les Chinois savent jouer de leurs institutions bancaires pour soutenir leurs industries stratégiques, comme de leur monnaie. Mais le principal facteur est ailleurs : il s’agit de l’effet de volume. La Chine s’est mise à produire, pour son propre marché, des surfaces de panneaux solaires à une échelle sans commune mesure avec l’Europe et même les États-Unis, ce qui lui a permis de faire chuter ses coûts de production.

L’accord qui vient d’être trouvé avec les autorités chinoises est un compromis plutôt favorable à ces dernières. Le plancher de prix imposés pour la vente des panneaux solaires, s’il donnera un peu d’air aux fabricants européens, ne pénalisera pas vraiment les chinois. Ce qui a été plus difficile à accepter de leur part est le contingentement des importations à 7 GW de panneaux par an, soit environ 70% du marché européen. Au-delà, de forts droits de douane sont susceptibles d’être appliqués (47,6%).

Mais cet accord laisse de nombreuses questions : les industriels européens seront-ils susceptibles de fournir les 3 GW restants à un prix compétitif ? Le prix de vente plancher imposé aux panneaux ne va-t-il pas encore amplifier le faible intérêt économique de cette source d’électricité ? Comment va-t-on encourager les industriels à développer des technologies de rupture ? 

 
Commentaires

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  • Par Vinas Veritas - 06/08/2013 - 11:19 - Signaler un abus Strégie globale chinoise

    Cet immense pays fort d'une massive population et handicapée par les décisions populaires de sa république n'ont pu trouvé comme moyen de rejoindre le niveau technique des pays solvables que le pillage. Plutot que de pratiquer le vol de techniques avancées dans l'ombre d'un espionnage sournois, les stratèges ont trouvé la solution la plus pratique : Se faire offrir sur un plateau un ensemble de techniques et brevets au travers d'accords commerciaux. pourtant, j'avais appris que les règles de base dans la sous-traitance était de toujours peser les inconvénients à se défaire d'un savoir-faire pour se débarrasser d'un risque. On n'imagine pas les conséquences induites par la perte ou l'aquisition de ce savoir-faire. Le partenaire de l'instant devient un redoutable concurrent. Les Chinois ont progressé ainsi en quelques années dans un savoir-faire ultra concurrentiel et, disposant d'une main d'oeuvre et de terrain disponibles, d'une incroyable capacité à surclasser les "partenaires", ils ont accaparé le marché à leur détriment.

  • Par julienkarit - 06/08/2013 - 14:10 - Signaler un abus ELite rempantes.

    Et oui il faut bien prendre en compte que souvent les dirigeants sont parachutés d'une grande ecole (par le reseau) et savent qu'ils ne sont la que pour qql années. Ainsi, leurs but est de booster les profits au maximum. Le fait de faire des transferts de tecchnologies, avec des concequences dans plus de 5 ans ne sont pas leurs probleme. Nous n'avons pas dans nos elites de long terme, tout est moyen terme. C'est ainsi mal fait. Voila. Du coup, forcement on paie la note. Un ex est le TGV, pour entrer en Chine il a fallu donner de la techno, mais SNCF dit ok car c'est plus valorisant pour la société au jour J. Ils sont heureux de vendre des TGV en Chine, pour le moment (fieretée mal placé) mais oublient que la Chine va dans 10 ou 20 ans, passer devant par le savoir accumulé et les moyens. Et SNCF ne vendra plus une seul train. Nous allons pleurer. Mais notre betise est sans fin. Le Chine a tout compris, et c'est ce qui me fait peur. Ils ont en plus une education pour la majorité plutot basse, question savoir vivre. Ceci me fait donc penser a la decadance de l'empire Romain face aux babarres. Esperont ne pas finir comme eux.

  • Par un_lecteur - 07/08/2013 - 05:03 - Signaler un abus Méconnaissance de la réalité

    Pollution et corruption sont les deux grands problèmes de la Chine :les chinois se sont attaqués à la pollution depuis des années, et lors d'un voyage en Chine j'avais été frappé par ne nombre de panneaux solaires sur les toits. J'en avais conclu que ce pays était le premier fabricant et le premier utilisateur mondial de panneaux solaires. Avec les volumes de production, la capacité de R&D et les prix qui vont avec. Le gouvernement français qui a lancé les grenelle pour des raisons de politique politicienne à montre une grande méconnaissance de la réalité. Et croire que les chinois ne font que copier est stupide, ils forment chaque année un grand nombre de scientifiques et d'ingénieurs de valeur, et ils travaillent beaucoup. On a longtemps dit cela du Japon, avant de devoir sortir de notre tour d'ivoire et découvrir la réalité.

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Stephan Silvestre

Stephan Silvestre est ingénieur en physique appliquée, Professeur à la Paris School of Business et spécialiste des risques énergétiques. Il est membre de la chaire des risques énergétiques de PSB et anime le blog Risk Energy.

Il est le co-auteur de Gaz naturel : la nouvelle donne ? à paraître en février chez PUF.

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