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La mort de l’espace Schengen signerait-elle vraiment la mort de l’euro ?

Mercredi 25 novembre, Jean-Claude Juncker déclarait devant le Parlement européen que si Schengen s’effondrait, l’euro, également, s’effondrerait. Une affirmation surtout destinée aux pays de l'Europe de l'est.

Quand Jean-Claude Juncker s’inquiète

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La mort de l’espace Schengen signerait-elle vraiment la mort de l’euro ?

Jean-Claude Juncker s’inquiète pour l'avenir de la zone euro. Crédit Reuters

Atlantico : En brandissant une telle menace politique, quelle est la cible réelle de Jean Claude Juncker ? Entre les pays hostiles aux réfugiés, dont la France fait partie depuis les déclarations de Manuel Valls, et les pays y étant plus favorables comme l’Allemagne, quelle est la véritable cible ?

Christophe Bouillaud : Il me semble que la cible de Jean Claude Juncker est très large : tous les dirigeants des pays de l’Union européenne sont ainsi interpellés. Le discours sur l’état de l’Union prononcé le 9 septembre 2015 devant le Parlement européen tendait déjà à transmettre cet impératif d’action commune sur la question des réfugiés et sur l’espace Schengen. En tant Président de la Commission européenne - elle-même gardienne non seulement des Traités européens mais surtout de l’intérêt général européen -, Juncker doit alerter tout le monde sur le risque qu’il y aurait à ne pas s’entendre entre Européens.

Concrètement, ce sont les pays qui ne font aucun effort pour faciliter la répartition des réfugiés dans l’espace européen qui sont sans doute les plus visés par J. C. Juncker – surtout les anciens pays de l’Est, comme par exemple la Slovaquie, membre de la zone Euro et de l’espace Schengen.

Un tel scénario vous semble-t-il crédible ? Ce lien établi entre Schengen et l’Euro est-il aussi décisif qu’une renonciation aux accords de Schengen aurait "automatiquement pour effet de voir la fin de l’euro ?

Bien sûr, il n’existe pas de lien automatique au sens institutionnel du terme : la monnaie et l’espace européen de libre circulation des personnes sont deux choses bien distinctes, et d’ailleurs l’espace européen de libre circulation des personnes – la zone Schengen – s’étend à des pays qui ne sont ni membres de la zone Euro, ni même membre de l’Union européenne (par exemple l’Islande).

Par contre, la remise en cause des accords de Schengen signalerait au monde entier que les différents pays européens concernés par celle-ci ne comptent plus que sur eux-mêmes pour garantir leur sécurité intérieure en rétablissant leurs frontières entre eux. Cela montrerait qu’il n’existe pas de vraie confiance ni de vraie capacité de coopération entre ces Etats européens. Puisqu’il y a un large recoupement entre zone Euro et espace Schengen, cela voudrait dire en particulier qu’il est impossible de créer une fédération européenne de la zone Euro. Tout le monde sait bien que l’Euro ne peut persister à long terme que si les pays concernés acceptent des transferts de souveraineté supplémentaires à un ou plusieurs organes fédéraux supplémentaires à la seule Banque centrale européenne (par exemple à un "Trésor européen").

Comment imaginer de tels transferts de souveraineté – qui engageraient l’ensemble des finances publiques des différents pays membres de la zone Euro – si les mêmes pays ne sont même pas capables de contrôler ensemble leur frontière extérieure commune ? Et s’ils ne sont pas capables du coup d’assurer la libre circulation de leurs citoyens entre les différentes parties de la future fédération ? Je ne connais aucune fédération dans le monde où les citoyens de la fédération ne soient pas autorisés à circuler librement d’une partie à l’autre de cette dernière. La fin de la liberté de circulation, c’est la fin du rêve fédéraliste européen, et la fin de ce rêve fédéraliste, c’est effectivement affirmer aux yeux du monde entier que l’Euro est bâti sur des promesses fédéralistes qui n’engagent que ceux qui y croient et donc qui finira à terme par s’écrouler.

 
Commentaires

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  • Par MONEO98 - 30/11/2015 - 09:54 - Signaler un abus bien sûr que oui

    la monnaie commune devait permettre le rapprochement des politiques intérieures des différents pays , elle devait obliger les politiques à devenir moins dépensiers , la monnaie était la base de la création du graal européen l’avènement de l'Etat fédéral avec ses frontières communes....s'il n' y a pas de frontières communes il n' y a plus de raison d'avoir une monnaie commune De toutes façons l'esprit Européen est mort...l'Allemagne et la France ont des politique divergentes;les conséquences de la seconde guerre mondiale se sont estompées

  • Par GP13 - 30/11/2015 - 10:28 - Signaler un abus Contrôler la libre circulation

    Les frontières sont des lieux de passages. Le droit de les franchir librement n'implique, en aucune façon, le devoir de la police et de la douane d'ignorer tout franchissement. Avec l'internet, rien ne serait plus facile que d'obliger chaque personne à déclarer ses franchissements de frontières ( dates, identités, domicile, immatriculation de véhicules, etc., avec des modalités particulières pour les frontaliers, Aux points de passage on pourrait installer les dispositifs existant capables de relever les numéros d'immatriculation. Des contrôles volants pourraient alors se faire, sanctionnés de très fortes amendes en cas de fausses déclarations.

  • Par tubixray - 30/11/2015 - 10:31 - Signaler un abus après tout ....

    L' Europe était à ses débuts une zone de libre échange commercial centré sur l'agriculture..... Nos bons chefs d'états ont décidé d'en faire une fédération intégrant le commerce et la libre circulation des personnes.... résultat des courses = Une ouverture totale à la mondialisation et aux produits en provenance de l'est asiatique au détriment de ceux européens et une ouverture invraisemblable des frontières extérieurs à Schengen.... Combien parmi les 130 assassinats de Paris sont ils dus à Schengen ?????? Il est temps d'arrêter ce délire, c'est notre sécurité qui est en jeu.

  • Par bjorn borg - 30/11/2015 - 11:12 - Signaler un abus Vivement

    la mort de cette Europe qui nous tue à petit feu.

  • Par vangog - 30/11/2015 - 12:57 - Signaler un abus Cessez l'acharnement et débranchez le malade UE!

    qu'il cesse de souffrir, c'est de l'acharnement thérapeutique sur un mort!

  • Par Stefano - 30/11/2015 - 16:34 - Signaler un abus Idéologie

    Schengen et l'euro sont basées sur l'idéologie de l'existence d'un peuple européen, qui en réalité n'existe pas. Comme toute idéologie qui ne tient pas compte des réalités, elle est destinée à s'écrouler. Mais à quel prix pour les peuples engagés dans cette galère ?

  • Par Gré - 30/11/2015 - 20:53 - Signaler un abus Revenir en arrière peut être une vertu

    Quand on s'est trompé de route, on ne renonce pas au but, mais on revient au point où on s'est trompé et on repart sur une autre voie. C'est ce que doit faire l'UE. Schengen était une erreur et l'euro aussi. Mais pas l'esprit des fondateurs. Les politiques ont voulu une europe fédérale au lieu d'une europe des Nations : Il est temps de revenir en arrière pour mieux repartir sur une alliance différente. --------------- Quant aux frontières, je ne vois pas du tout où est le problème. Je les ai passées un nombre incalculable de fois sans problème avant Schengen. A dire vrai, en ce qui me concerne, je n'ai même pas vu la différence. Alors, retour ? Oui, si cela permet de contrôler plus facilement les crapules.

  • Par vangog - 01/12/2015 - 01:15 - Signaler un abus @Gré oui à une Europe des Nations

    avec une monnaie d'échange qui restera l'Euro, mais des souverainetés monétaires, budgétaires, militaires et territoriales retrouvées. Si les patriotes de ces Nations sont suffisamment nombreux au parlement européen, on peut même imaginer que les frontières nationales soient superflues, si une vraie politique de défense européenne est menée et les frontières de l'Europe défendue (les Italiens et les Grecs devront s'y soumettre ou partir!). Et pourquoi pas, ensuite, un patriotisme économique européen, base d'une Union non tronquée?...

  • Par Ganesha - 01/12/2015 - 10:55 - Signaler un abus Au contraire, l'Europe va vivre !

    Au contraire, l'Europe va vivre ! Parce qu'elle arrive à la fin la ''période la plus sombre de son histoire'' : les dix années de règne sans partage de fraulein Merkel ! Utilisant de la mains-d’œuvre des pays de l'Est et six millions de ''travailleurs pauvres'', elle s’enorgueillissait d'excédents commerciaux records ! Elle avait ici sur Atlantico une cour de kollabos pétainistes qui répétaient ''nous n'avons qu'à suivre l'exemple allemand'', sans réfléchir à cette question pourtant simple et évidente : avec quel pays la France aurait-elle eu ses excédents ? Pas avec l'Allemagne ! Avec le Zimbabwe ? Et tous les pays du monde auraient eu des ''excédents records'' les uns avec les autres ? Pitoyablement stupide ! Heureusement, qu'avec sa ''gestion des flux migratoires'', mme Merkel est cette fois-ci complètement 'sortie de la route'' ! Quant à ses gauleiter successifs Barroso et Juncker, ils sont bons pour les poubelles de l'histoire !

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Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.

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