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La modération salariale pour favoriser l’investissement ? Pourquoi Emmanuel Macron serait bien inspiré de potasser l'exemple allemand

Dans un entretien au journal Les Echos, Emmanuel Macron a affirmé que pour relancer l'investissement, "la clé est la modération salariale". Mais le ministre de l'Economie ferait bien de prêter une attention particulière à ce qu'il se passe aujourd'hui en Allemagne, qui a adopté cette stratégie ces dernières années.

Touché, coulé

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La modération salariale pour favoriser l’investissement ? Pourquoi Emmanuel Macron serait bien inspiré de potasser l'exemple allemand

Atlantico : Dans une interview donnée au journal Les Échos, Emmanuel Macron prône la voie de la modération salariale afin de relancer l'investissement. En quoi une telle politique peut-elle être efficace ? Comment interpréter le fait qu'en suivant une approche analogue, l'Allemagne a vu fondre son niveau d'investissement sur PIB de 23,92% à 18,76% entre 2000 et 2015, alors même qu'en France, ce niveau est resté stable à 21,5% du PIB lors de cette période ?

Alexandre Delaigue : On pourrait dire de manière superficielle que l'idée sous-jacente à la modération salariale pour soutenir l'investissement est double.

Elle peut d'abord être résumée par le fameux et tristement célèbre pseudo-théorème de Schmidt : "les profits d'aujourd'hui sont les investissements de demain et les emplois d'après-demain".

Si vous augmentez la rentabilité du capital et donc le taux de profit, cela incitera les entreprises à investir. De ce point de vue-là, la modération salariale augmente effectivement a priori la profitabilité des entreprises, et donc potentiellement l'investissement. Voilà le raisonnement sous-jacent.

Le problème de ce raisonnement, c'est que la profitabilité des investissements n'est pas uniquement liée au coût. Elle est liée à la comparaison entre ce que coûte d'un côté la production, et ce qu'elle rapporte. De ce point de vue-là, c'est la demande qui compte vraiment. Pour investir, les entreprises vont dépendre de leur capacité à vendre leurs produits. C'est ce facteur qui générera ou non un impact sur l'investissement : les perspectives de vente. On peut aussi citer d'autres facteurs, comme l'optimisme des entrepreneurs et des investisseurs. A la fin des années 1990, quand Internet est arrivé, tout le monde s'est dit qu'il fallait s'y mettre, et automatiquement l'investissement a été boosté car on voyait bien qu'il y avait quelque chose de rentable derrière.

A priori, l'effet du coût du travail sur l'investissement est indéterminé. Cela ne veut pas dire qu'il est toujours négatif. Il peut être favorable ou défavorable selon certaines circonstances. Par exemple, la baisse des salaires réduit les perspectives de ventes pour les entreprises.

Il s'agit donc ici d'un raisonnement superficiel, mais qui est depuis toujours le raisonnement des gouvernements français. L'idée selon laquelle cela fonctionne à tous les coups ne tient pas la route.

On peut également noter que la chute de l'investissement est observable partout dans le monde. Pourquoi les entreprises n'investissent pas malgré des profits considérables ? Pensons ici aux centaines de milliards de dollars détenus en cash par les grandes multinationales américaines comme Google ou Apple. Ces entreprises n'ont pas de souci de profitabilité ou de coût du travail, elles ont un autre problème qui fait qu'elles limitent leurs investissements et restent assises sur des montagnes de cash.

En ce qui concerne l'Allemagne, il faut savoir que les entreprises allemandes n'investissent plus du tout malgré la baisse du coût du travail. Le problème de ces entreprises, c'est qu'elles ont réduit leurs investissements de manière générale, et par ailleurs les investissements qu'elles font maintenant sont pour une bonne partie faits hors des frontières de l'Allemagne. Cela pourrait tout à fait être le risque rencontré par le gouvernement français qui, en accordant des avantages aux entreprises, risquent de conduire celles-ci à ne plus investir sur le territoire français.

Dès lors, comment expliquer une telle proposition de la part du ministre de l’Économie ? Comment en évaluer les effets ? Quels en seraient les bénéficiaires réels ?

Il s'agit tout simplement ici d'une politique redistributive. En France, nous sommes incapables (ou très peu) de faire des politiques structurelles. Tout ce que l'on sait faire, c'est redistribuer aux uns au détriment des autres. Nous avons une conception complètement à somme nulle des politiques publiques, avec l'idée que si l'on fait des cadeaux aux syndicats ou aux salariés, c'est bien pour la demande, et que si l'on fait des cadeaux aux patrons, c'est bon pour l'investissement. C'est une vision complètement clientéliste en France dont nous sommes absolument incapables de sortir, où l'unique question à résoudre est de savoir à qui faire des cadeaux.

Ici, l'idée du gouvernement a d'abord été d'augmenter les impôts, et donc de pénaliser en premier les entreprises (mais pas seulement). Il lui faut donc maintenant faire des cadeaux pour compenser. Cela ne va pas plus loin que cette logique-là.

Ajoutons enfin que la logique du théorème de Schmidt est très présente dans les cénacles politiques français, mais elle provient davantage d'une atmosphère et d'une idéologique que d'une prise en compte sérieuse de la situation. Par ailleurs, elle n'est pas spécifique au gouvernement. Si l'on regarde les programmes des différents candidats à la primaire de la droite, on constate qu'ils sont tous dans la même logique. Cette obsession du cadeau à faire est entièrement partagée.

 
Commentaires

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  • Par foxlynn - 25/05/2016 - 10:01 - Signaler un abus macon , l'illusioniste

    Macron ne comprend rien à l'économie ... il est agrégé de philo ... quand on voit que les notaires de campagne sont en train de crever avec des actes à 90 € .... comme les médecins que l'on emmerde à passer des heures à courir après les 400 mutuelles pour le tiers payant .... et qu'à coté de ça , on augmente les salaires des profs de fac qui font au mieux 8 heures de cours .... on comprend que la France est foutue !!! .... j'ai des amis en Inde , aux US et en Arabie , ils me disent que dans ces pays , Hollande et son gouvernement passent des crétins finis !

  • Par foxlynn - 25/05/2016 - 10:04 - Signaler un abus pourquoi ?

    comment expliquez vous que vous , auteur de ce papier , avec vos arguments et vos compétences , vous n’ayez aucun relais auprès de ceux qui décident ? Comment la France pourra t elle se débarasser de tous ces politiques qui sont archi nuls pour les remplacer par des professionnels du sujet ?

  • Par toupoilu - 25/05/2016 - 18:13 - Signaler un abus Macron, LR, meme combat.

    Il faut faire baisser les salaires.

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Alexandre Delaigue

Alexandre Delaigue est professeur d'économie à l'université de Lille. Il est le co-auteur avec Stéphane Ménia des livres Nos phobies économiques et Sexe, drogue... et économie : pas de sujet tabou pour les économistes (parus chez Pearson). Son site : econoclaste.net

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