Lundi 21 mai 2012 | Créer un compte | Connexion RSS 
 

Zone franche

Publié le 9 mars 2011 - Mis à jour le 15 mars 2011

Marseillais, vous me fendez le cœur !

Si Marseille, la ville de tous les potentiels, est aussi la ville de tous les échecs, c'est la faute des Marseillais.

 
Marseille au XVIe siècle.

Marseille au XVIe siècle.

Je viens de lire un excellent papier du correspondant à Marseille des Echos, Paul Molga, et j’ai l’étrange impression que quelqu’un est entré dans ma tête pour y piquer mon point de vue sur la ville où j’ai grandi. Sur ma ville. Surtout à l'heure où les commandos marine doivent intervenir pour débloquer un port bouclé par une poignée de jusqu'au-boutistes de la SNCM...

Bah, c’est aussi la preuve que je ne suis pas tout seul à constater, pour m’en affliger, que l’ex-deuxième ville de France (il y a belle lurette que Lyon l’a larguée) est définitivement au bout du rouleau même si ça ne me console pas beaucoup.

Vous les Nantais, les Strasbourgeois, les Toulousains, les ―  argh ! ― Parisiens, à quoi pensez-vous lorsque l’on vous parle du Vieux-Port et de la Canebière ? A l’incroyable vitalité d’un grand port méditerranéen où se côtoient les cultures du monde entier ? A une Barcelone française vibrante et un peu folle où se construit le futur ? Tu parles ! Des quais lock-outés par des dockers en grève, des supporters de l’OM en colère, des poubelles qui jonchent le sol, des politiques inquiétés dans des affaires de fraude aux marchés publics… ce sont plus sûrement les images qui s’imposent à vous au petit jeu des associations d’idées.

Figurez-vous que, fierté chauvine ou pas, c’est exactement ce qui macère dans le teston de la plupart des Phocéens même s’ils préfèreraient épouser une Aixoise plutôt que de l’avouer. Non, la seule différence entre vous et eux (vous et moi ?), c’est que c’est de leur faute, cette tragédie. Hé oui, pas la peine de tourner autour du pot : si Marseille est dans les trente-sixièmes dessous, ce n’est pas qu'un ennemi extérieur est venu en bloquer le développement par méchanceté gratuite, mais bien que les Marseillais ont abdiqué toute ambition.

Mais pourquoi donc ? Et quel est donc ce mal mystérieux qui rongerait les 800 000 habitants de cette cité presque trois fois millénaire, blessant leurs ventricules d'une langueur monotone ? Découvrira-t-on bientôt qu’il existe un virus du masochisme et qu’il se promène librement entre l’Estaque et la Madrague ?

Du grand port mondial à la baignoire marginale

Je ne suis pas épidémiologiste mais je parie pour cette dernière hypothèse. Toute autre raison relèverait d'ailleurs de l’irrationnel : une ville posée dans un cadre magnifique, dotée d’un climat idéal, d’un port d’envergure mondiale (au moins théoriquement), d’un aéroport international, de trois autoroutes, d’un foncier abondant et bon marché, d’une main d’œuvre qualifiée et disponible, d’un réseau universitaire de niveau international, d'un pôle de recherche scientifique hors pair et des poches profondes d’un État finançant n'importe quel projet à l'aveugle, soit elle joue les Shanghai, soit elle bat tous les records de chômage mais a besoin d’un bon psy...

Il y a vingt ans, le port de Marseille était le deuxième d’Europe et figurait au top 10 mondial. Désormais, c’est une baignoire marginale qui ne survit que parce qu’il serait trop compliqué de déménager les raffineries pétrolières de Fos vers Rotterdam ou Anvers. Il y a vingt ans, on se gargarisait de la vitalité de sa vie culturelle un peu « foutraque », pour reprendre le mot à la mode chez les critiques de théâtre. Aujourd’hui, son opéra est un taudis dont les encorbellements sont retenus par des filets de protection et « comédien », en provençal, ça veut surtout dire « type qui connaît quelqu’un qui peut lui fabriquer des fausses fiches de paye pour rester intermittent du spectacle » .

Inutile de dire qu’à Marseille, il y a beaucoup de comédiens. Plus que dans n’importe quelle autre ville de France, dit-on (déjà 7% des intermittents français sont installés dans la région, mais les données sont malheureusement confidentielles pour la seule agglomération marseillaise).

« On pensait que c'était San Francisco, mais c'était Naples... »

Le papier du confrère des Echos le rappelle, ils sont nombreux ces « estrangers » venus du Nord ― ces pubeux, ces architectes,  ces génies du Web… ― qui, croyant débarquer en Californie, se sont réveillés à Naples et repartent la queue basse vers leur grisaille natale. Là où les gens sont à l’heure aux rendez-vous, vous rappellent au téléphone, prennent des initiatives, créent des boîtes, fabriquent, achètent et vendent des trucs…

Woody Allen disait qu’écouter du Wagner, ça lui donnait envie d’envahir la Pologne. Moi, de « descendre » à Marseille, ça me donne aussi des fantasmes de dictateur, des envies de suspension momentanée de la démocratie le temps de remettre la ville sur les rails. Encore que : pour suspendre la démocratie à Marseille, il faudrait commencer par instaurer quelque chose qui y ressemble. Et si j’en crois Arnaud Montebourg, qui veut mettre le PS du cru sous tutelle, ça n’est pas gagné. Il pourrait en profiter pour mettre l’UMP locale, voire toutes les autres formations politiques, FN en tête, au même régime, que ça ne serait pas du luxe.

Il n'est d’ailleurs pas là, le fond du problème. Pas dans le « tous pourris » lepéno-mélenchonniste qui renvoie la responsabilité du marasme à une clique de politiques ne faisant pas « ce qu’il faut », mais bien chez ceux qui encouragent le clientélisme tribal parce qu'il sert leurs intérêts à court-terme : les Marseillais eux mêmes.

Marseille ne se réveillera pas le jour où un James Stewart débarrassé des réflexes locaux se sera installé dans le bureau de Gaston Gaudin (même si ça ne pourrait certainement pas faire de mal). Marseille se réveillera lorsque les Marseillais se souviendront que le port de la grande époque, les savonneries, les huileries, les compagnies maritimes de légende, la réparation navale et même l’Alcazar, ce n’était pas des fonctionnaires municipaux qui s’en occupaient.

Mais ce n’est pas demain la veille et dans l’intervalle, Marseille, tu me fends le cœur.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Midinette - 11/03/2011 - 12:53 - Signaler un abus Marseille mon amour

    Je me dis qu'il y a deux écoles : Celle de ceux qui ont pris Marseille en grippe et ressortent les "gros" dossiers (Port, saleté, pb politiques) et celle des gens comme moi qui prenons la ville du bon côté et acceptons ses défauts comme on accepte ceux d'un être cher.
    Comment croyez vous que cela se passe ailleurs justement ?
    Je viens de Toulouse et je peux vous dire que tout n' y est pas rose..

  • Par FIGAROCB - 11/03/2011 - 10:07 - Signaler un abus PAUVRE VILLE DE MARSEILLE !

    Cette cité a été totalement investie par l'immigration, qu'est devenue la Canebière ? Où sont passé les artistes qui ont fait sa réputation ?
    Quant au port, le nerf de l'économie locale et Française, il est anéanti par la CGT que personne n'ose arrêter !
    Tous les pouvoirs publics intéressés devraient prendre ce problème à bras le corps et nous débarrasser des nuisibles CGT.

  • Par arapède - 10/03/2011 - 21:37 - Signaler un abus A qui la faute ?.. A Defferre et Gaudin

    Defferre, d'abord, qui n'a pensé à aucun plan urbanistique et a laissé la ville être défigurée par le béton.
    Gaudin, ensuite, qui depuis 1995, offre aux lotisseurs le moindre site vert restant , pire, il a laissé sa ville étouffer avec des axes de circulations aberrants ou l'engorgement devient insoutenable pour nos nerfs et nos poumons.Marseille 2e ville la + polluée d'Europe.

  • Par texarkana - 10/03/2011 - 18:17 - Signaler un abus "Bonne Mére"

    Marseille est un dépotoir dangereux où j'éviterais personnellement de mettre les pieds.

  • Par chinou1941 - 10/03/2011 - 17:35 - Signaler un abus Ex marseille

    Marseille est déjà morte.

  • Par vangog - 10/03/2011 - 15:22 - Signaler un abus Mauvais choix dans les années 80

    Peut-être la raison est-elle à chercher par là: Dans les années Deferre et autres: Absence de constructions de parkings, d'infrastructures, de pôle culturel attractif. Privilèges accordés aux budgets sociaux , corruption des fonctionnaires,excroissance du secteur tertiaire, découragement des entreprises, mafia Cégetiste etc... difficile de revenir sur le passé, sauf à refaire les mêmes erreurs

  • Par Bucephale - 10/03/2011 - 15:09 - Signaler un abus Révoltant

    La CGT qui bloque le port de Marseille, c'est comme ce monsieur qui fait un trou dans la coque de son bateau pour mieux voir le fond.
    Ca doit être drôle vu de l'étranger. Drôle et pathétique. Mais moi qui suis français, je trouve ce sabordage simplement révoltant.
    Ces crétins ridicules réduisent en cendre le travail de leurs pères. Ce sont eux qu'on devrait mettre dans des charters.

  • Par Georges Kaplan - 10/03/2011 - 11:53 - Signaler un abus 2600 ans d'histoire

    Pendant 2600 ans Marseille a fondé sa prospérité sur le commerce. Elle a survécu à Rome, la peste, les canons du fort Saint-Nicolas mais ce sont finalement quelques politiciens véreux et la GCT qui auront eut sa peau.

  • Par slavkov - 10/03/2011 - 11:38 - Signaler un abus ras-le-bol

    ... le "syndicat" communiste est devenue un syndicat de terroristes qu'il convient de traiter en justice et de leur faire rembourser les dégâts aux entreprises ...

  • Par SuperCopter - 10/03/2011 - 11:11 - Signaler un abus La ville reflète ce que nous sommes. bis

    Et le mélange a accouché d'une fashion tendance puisque les marseillais sont p't'être de culture différente mais ils font que du shopping et bronzette ! Quant à l'activité économique, c'est dû à des facteurs politiques, marchands et financiers. Mais la corruption, selon les dires, est la première cause. Quand on vous dit que Marseille c'est Naples, faut le croire !

  • Par NOVY12 (non vérifié) - 10/03/2011 - 11:03 - Signaler un abus Bon article qui reflète assez

    Bon article qui reflète assez bien la situation Marseillaise mais encore trop de non dit pour être politiquement correct....
    Cela dit j'ai bien aimé : '' des envies de suspension momentanée de la démocratie le temps de remettre la ville sur les rails''....

  • Par Gilles - 10/03/2011 - 10:47 - Signaler un abus Déchéance

    La CGt a méthodiquement détruit ce port. Comme tant d'autres. Qu'en pense Melanchon ?

  • Par céleste - 10/03/2011 - 10:24 - Signaler un abus Marseille sauvée par la troupe ?

    Il était temps que l'on vire manu militari tous ceux qui s'acharnent à ruiner ce qui peut encore rester de ce port, aujourd'hui en déclin pour cause de CGT, comme le Havre et tant de choses en ce pays où syndicalisme se confond avec obscurantisme, pour ne pas dire pire.

  • Par zeliclic - 10/03/2011 - 09:51 - Signaler un abus Marseille est immortelle

    un ami me disait récemment que seules deux villes au monde supplantaient la nationalité; New-York et Marseille.
    On est marseillais avant d'être français, algérien ou commoréen.
    Rien que ça ma ville est immortelle.

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste, écrivain et blogueur.

Aujourd'hui, éditorialiste à Atlantico, il est l'auteur de Petites exceptions françaises (Albin Michel, 2008) et de L'anti-manuel du cycliste urbain (Berg International, 2010).

 

Voir la bio en entier

Décryptage
Vos amis sur Facebook

Contact | Contact commercial | Candidatures | Ecrire à la rédaction | Mentions légales | Conditions d'utilisation | Plan du site | Site réalisé par Palpix

Fermer