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Manif de policiers : un palier supplémentaire dans l’exaspération et vers des policiers-vengeurs comme à la fin des années 1970 ?

Quelques 500 policiers ont manifesté dans la nuit du 17 au 18 octobre à Paris. Cette manifestation vient marquer le soutien des forces de l'ordre à leur collègue grièvement blessé à Viry-Châtillon.

Honneur de la police, le retour ?

Publié le - Mis à jour le 21 Octobre 2016
Manif de policiers : un palier supplémentaire dans l’exaspération et vers des policiers-vengeurs comme à la fin des années 1970 ?

Atlantico : Dans la nuit du 17 au 18 octobre, plusieurs centaines de policiers se sont réunis à Paris pour protester et exprimer en détail les difficultés qu'ils rencontrent : entre le sentiment d'être pris pour cible, celui d'une désolidarisation de la justice et de leur hiérarchie, les forces de l'ordre disent "ne plus en pouvoir". Peut-on considérer que les conditions actuelles sont un terreau favorable à la renaissance de mouvements tels que "Honneur de la Police" ? Quelles sont les réactions à attendre de la part des membres des forces de l'ordre ? 

Mathieu Zagrodzki : La sonnette d'alarme est tirée.

Il y a, au sein de la police, un ras-le-bol généralisé qui pourrait donner l'impression que la situation est sur le point de dégénérer. Faisons attention, néanmoins, à ne pas prendre pour argent comptant des propos tenus par des fonctionnaires sous le coup de l'émotion ou de la colère. Il ne faut pas estimer que l'étape suivante sera un passage à l'illégalité.

Ce ras-le-bol est réel et constant depuis des années. J'ai été amené, dans le cadre de mon travail, à interroger des agents de police depuis une décennie. J'ai toujours entendu des propos critiques envers la justice, les médias, la hiérarchie et le public. Dans ces critiques, une part relève de la culture professionnelle, comme cela vaut pour tous les métiers. Cependant, c'est d'autant plus fort au sein de la police, puisqu'il s'agit d'un métier d'adversité, dans lequel on représente l'ordre, la contrainte. Par définition, un policier prend des décisions et entreprend des actions qui sont susceptibles de déplaire. Un automobiliste verbalisé, un délinquant interpellé, n'apprécient pas l'action de la police. Dans une profession dans laquelle on rencontre de l'adversité, de l'opposition et de la critique, il existe généralement une tendance à construire une forme de solidarité. Celle-ci se résume souvent à "eux contre nous" ou "seul contre tous".

Cela ne signifie évidemment pas qu'il faille balayer d'un revers de la main ce qui est en train de se passer. La situation du 17 octobre au soir n'était pas neutre, ne correspondait pas "juste" à un mouvement d'humeur. Il y a quelque chose de plus profond. En témoigne par exemple l'absence de mot d'ordre syndical. La manifestation de ce début de semaine s'est passée en-dehors du cadre syndical : c'est le signe d'un discrédit de ces organisations syndicales aux yeux d'une grande partie des policiers, qui constituent pourtant le corps professionnel le plus syndiqué de France. Normalement, les syndicats sont amenés à jouer le rôle de courroie de transmission, de tampon, entre la base – et ses revendications – et le pouvoir politique. En un sens, on ajoute une nouvelle strate, un nouveau groupe, sujet à la méfiance de la police en plus de ceux traditionnellement dénoncés. 

Ce mouvement est intéressant d'un point de vue sociologique mais doit évidemment nous alerter, nous préoccuper. Ce n'est évidemment pas parce que les policiers décident de manifester (en-dehors de tout cadre syndical ou hiérarchique) et de témoigner leur soutien à un collègue toujours hospitalisé (gravement brûlé), qu'ils vont réaliser des descentes illégales pour régler des comptes. Il s'agit là de deux choses différentes et je ne dis pas que dès demain les policiers sortiront du cadre républicain. Pour autant, il est primordial d'écouter et de comprendre ce qui est en train de se passer. Rien n'exclut que des éléments isolés craquent et sortent du cadre de la loi et de la déontologie. Cela peut arriver. D'ailleurs, ça arrive. De là à dire, toutefois, que les policiers vont s'organiser sous forme de milices paramilitaires, il y a un pas que je ne franchirai pas.

Dans quelle mesure la situation des policiers et des gendarmes s'est-elle effectivement dégradée ? Ce sentiment de ras-le-bol généralisé est-il légitime ? Comment l'expliquer ?

Il y a plusieurs éléments à mentionner.

À défaut de pouvoir se pencher sur les statistiques relatives à la police, concentrons-nous sur celles concernant les gendarmes. Sur les cinq dernières années, on constate une augmentation des violences à l'encontre des agents de la gendarmerie nationale. Cela s'explique de plusieurs façons : il y a l'état d'urgence, les manifestations contre la loi Travail, les ZAD, une multiplication des opérations de maintien de l'ordre… Toutes ces opérations sont susceptibles de créer de la violence d'un côté ou de l'autre. J'entends par là qu'une interpellation, ou un contrôle routier de nuit par exemple, sont plus susceptibles de causer des problèmes voire des violences qu'une demande d'indication en pleine journée.

Il y a aujourd'hui un contexte général de travail, voire de surmenage comme en témoigne l'affaire des heures supplémentaires dans la police, qui ne permet pas un bon moral au sein des forces de l'ordre. De fait, je pense donc que les gendarmes comme les policiers portent plus souvent plainte qu'auparavant. C'est la résultante de ce sentiment de ras-le-bol. Face à toujours plus de travail, composé pour une part de tâches ingrates (Vigipirate, garde statique, maintien de l'ordre, etc.), face à toujours plus d'opérations qui se passent mal, le moral baisse nécessairement. Le cercle vicieux fait le reste et les agents de l'ordre portent plus souvent plainte.

 
Commentaires

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  • Par Jean-Benoist - 19/10/2016 - 09:42 - Signaler un abus et ce nest pas avec le

    Candidat Juppé, viel enarque hors sol malentendant, allié de Bayrou le traitre, Raffarin, mariton et Lefebvre l'inutile que les conditions des policiers vont changer..

  • Par mark de san - 19/10/2016 - 10:04 - Signaler un abus Manif de policiers

    Comment ne pas être d'accord avec ces policiers alors qu'il est permis a de petits voyous de tuer car, lancer un cocktail Molotov, est bien assimilable à une arme qui peut tuer et, au mieux, infliger des blessures qu'il faudra supporter toute la vie.

  • Par vangog - 19/10/2016 - 11:29 - Signaler un abus La Justice est gauchiste, la hiérarchie imposée

    aux policiers est gauchiste, elle-aussi, issue des banlieues et du féminisme attardé...et les forces de l'ordre sont majoritairement patriotes: il y a donc incompatibilité d'humeur entre les acteurs et leurs censeurs...

  • Par Rollonrolloff - 19/10/2016 - 14:27 - Signaler un abus @jean-Benoît...

    @jean-Benoît... Pour un "st" à Benoît ? En tout cas ce n'est pas avec les coupes sombres effectuées par le nabot que cela à fortifié forces de l'ordre. Quand on pense que cet incapable avait en plus été ministre de l'intérieur... cela donne une bonne idée de son haut degré de traîtrise!!!

  • Par Anguerrand - 19/10/2016 - 14:55 - Signaler un abus A Rollonrollof

    Il semble que vous ayez la mémoire courte, durant le quinquennat de NS la situation etait toute différente, on n'avait jamais vu autant de problemes dues a l'immigration, révolte contre notre societé, attentâts, immigration non controlée. NS conscient qu'il fallait faire des économies, a diminué le nombre de fonctionnaires ce qui toujours indispensable, la France a le plus de policier ( ou d'instit ) par habitant et ne pouvait penser qu'un presigland allait déclarer la guerre à la moitié de l'Afrique. Qu'en représailles des milliers de musulmans allait faire des attentâts sur notre territoire, surtout apres la réforme de la police qu'il a mis en place. Il a retiré la police de proximité qui pour avoir la paix pactisait avec la mafia, donc une police qui ne servait à rien, trop dangereux pour les policiers et leur famille ou leur voiture. Pensez un instant que nous allons laisser une dette phénoménale à nos enfants. Il faudra bien alléger le nombre de fonctionnaires aux finances, aux anciens combattants et dans les grandes régions, lisez 35h en une semaine écrit par une fonctionnaire.

  • Par arcole 34 - 19/10/2016 - 16:34 - Signaler un abus ET PUIS IL FAUT CESSER DE FAIRE L'AMALGAME SUR LES POLICIERS

    Ils sont devenus les réceptacles de toutes les outrances et amertumes pour ne pas dire les échecs des politiques publiques . alors concernant Honneur de la Police , il s' agissait dans les années 80 d'un groupe clandestin d'extrême droite qui avait assassiné Pierre Goldman , le militant Tiers - mondiste et membre de différents mouvements d'extrême gauche pro palestiniens rémunérés en sous main par l'URSS. a l'époque la presse de gauche et d'extrême gauche avait fustigé un pseudo escadron de la mort composé par des policiers mais il semblerait que ce sinistre individu lâché par les services de l'Est fut la victime d'un vulgaire règlement de compte . @Rollonrollof - il semblerait que votre mauvaise foi et votre haine ne trouvent d'équivalent que chez la gauche et l'extrême gauche et leurs alliés naturels que sont les FNPS.

  • Par Delacote - 19/10/2016 - 19:04 - Signaler un abus Le repris de justice juppé ne

    Le repris de justice juppé ne devrait même pas avoir le droit de se présenter dans une vraie démocratie.

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Mathieu Zagrodzki

Mathieu Zagrodzki est politologue spécialiste des questions de sécurité. Il est chercheur au CESDIP (Centre de recherche sociologique sur le droit et les institutions pénales) et chargé de cours à Sciences Po Paris.

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