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La lourde erreur de diagnostic économique qui plombe la zone euro

La Banque centrale européenne et le gouvernement s’accordent sur un point : les entreprises n’ont pas accès au crédit et il faut remédier à cette situation. Pourtant, une telle vision est réductrice de la crise actuelle que traverse l’Europe. La confusion règne autour de la politique monétaire européenne au moment même où le FMI réclame une intervention plus forte de la BCE, sur le modèle américain de l’assouplissement quantitatif.

C'est grave docteur ?

Publié le - Mis à jour le 20 Juin 2014
La lourde erreur de diagnostic économique qui plombe la zone euro

Le gouvernement fait une erreur de diagnostic économique. Crédit Reuters

Le diagnostic du Gouvernement : les banques ne prêtent pas

Le mardi 10 juin 2014, Arnaud Montebourg  déclarait : "Il est nécessaire que la France décide de se passer de son système bancaire". La vision ici défendue par le ministre de l’Economie est que le secteur financier français serait coupable de ne pas prêter suffisamment aux entreprises, et notamment aux plus petites d’entre elles. Cette carence de financement serait la cause du marasme économique actuel. La question posée est essentielle, si ce n’est véritablement déterminante.

La semaine passée, la Banque centrale européenne annonçait (notamment) la mise en place d’un nouveau plan de soutien à l’économie, baptisé TLTRO (Targeted Long Term Refinancing Operations).

Ce plan vise à offrir des conditions attractives au secteur financier si celui-ci veut bien se résoudre à prêter aux entreprises non financières. Autrement dit, à " l’économie réelle ". Cette action de la BCE a été saluée aussi bien par Arnaud Montebourg, Michel Sapin, Manuel Valls que par François Hollande. Une mesure qui rejoint la phrase précitée d’Arnaud Montebourg du mardi 10 juin, car elle vise à augmenter l’offre de crédit disponible aux entreprises. Ce qui est donc ici pointé par tous est un problème d’accès au crédit, c’est-à-dire d’offre de crédit.

Une telle vision est pourtant à prendre avec des pincettes. Car il s’agit peut-être d’une cause fondamentale de l’incapacité de l’Europe à sortir de la crise. Une confusion entre deux notions : monnaie et crédit.

>>> A lire également en deuxième partie de cet article: LTRO 0 - QE 1 : pourquoi c’est d’un quantitative easing de la BCE dont nous avons vraiment besoin

Des agents économiques qui cherchent à réduire leurs dépenses

La situation économique européenne traduit une volonté collective de "faire attention", de réduire ses dépenses, de baisser les coûts et les salaires etc. c’est-à-dire une volonté "d’économiser". Que ce soit pour les Etats, pour les banques, pour les entreprises, ou pour les ménages, chacun y va de son plan d’austérité.

Monsieur X avait l’habitude d’aller au restaurant du coin pour son déjeuner. Mais le contexte économique est morose. Il craint pour l’avenir et décide de ne plus dépenser cet argent. Par cette action, Monsieur X réduit ses dépenses. Son incertitude face à l’avenir le pousse à un faire un choix. Ce qu’il ne veut pas, c’est dépenser. Mais il s’agit ici d’une définition négative qui ne renseigne que sur ce qu’il ne veut pas. Et que veut Monsieur X ? Garder son argent. Et "garder son argent", cela se traduit en termes économiques en une "hausse de la demande de monnaie". Une baisse de dépenses est donc la conséquence d’une hausse de la demande de monnaie. Une situation  qui se reflète sur l’ensemble de la zone euro.

Ce phénomène permet de citer l’économiste américain Leland Yeager qui indiquait dès les années 50 : "Une dépression est un excès de demande de monnaie, dans le sens que le public souhaite détenir plus de monnaie qu’il n’en existe." (A cash balance interpretation of depression. Leland Yeager ).

 
Commentaires

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  • Par vangog - 19/06/2014 - 10:10 - Signaler un abus Entièrement d'accord avec Goetzman!

    Comme dans le domaine intellectuel ou sociétal, les Européens ont subi la dictature de la pensée unique de ces socio-démagogues fuyant le réalisme et voulant contraindre la réalité économique à se plier à leurs désirs malsains! Or, le désir d'investissement, ou de crédit est essentiellement lié à la confiance dans l'avenir, pour soi, pour ses enfants, pour l' entreprise, pour la banque elle-même... Dans le système gauchiste et technocratique qui a envahi l'UE, cette confiance n'existe plus, car l'UE est devenu le lieu infâme du dumping fiscal et social et du "chacun pour soi"... La France est l'illustration extrême de l'absurdité et de l'impuissance de ce système délétère. En incitant les banques à prêter, les gauchistes créent un nouvelle usine à gaz dont profiteront ceux qui ont la garantie de l'état ou d'un système monopolistique semi-étatique, soit les collectivités locales à qui est faite une offre surabondante de crédit, les assurances, mutuelles, SNCF, hôpitaux etc... Le résultat en sera une augmentation des dettes de ces organismes privilégiés mais sans prêt aux acteurs privés qui en ont le plus besoin, et dont les marges sont de plus en plus restreintes...

  • Par vangog - 19/06/2014 - 10:20 - Signaler un abus Ces avantages prétendument octroyés

    par les gauchistes aux acteurs privés n'ont jamais atteint leur cible, comme le prouvent les mesures des quarante dernières années, mais n'ont fait qu'inciter le secteur public et privilégié à un endettement non-productif croissant... Pire que ces nouvelles niches sociales pour les copains du pouvoir, le refus d'une politique de quantitative easing face aux USA et à la Chine qui manipulent leur monnaie à la baisse par tout un tas d'artifices, est un véritable suicide économique collectif! Face à des pervers, la vertu n'est pas une arme, sauf pour les angéliques naïfs qui finissent toujours par crever la guerre ouverte! La nouvelle arme écono-atomique du monde civilisé est le quantitative easing et tous les instruments de la planche à billets! Se priver de cette bombe écono-atomique par naïveté angélique, c'est prendre le risque d'une annexion economique et industrielle de la part des pays qui n'ont pas cette vertu mortelle, les USA, la Chine, les pays qui pratiquent le dumping fiscal et social...

  • Par MEPHISTO - 19/06/2014 - 15:09 - Signaler un abus Mettons tous les atouts de notre côté

    Que la BCE s' inspire de la FED , qui intervient dans l 'économie AMERICAINE, en injectant des liquidités , afin de dévaluer le Dollar , en abaissant les taux d ' intérêts de prêts et de change , sur les marchés financiers mondiaux . ce qui est , en retour , profitable et bénéficiaire pour les entreprises et les exportations Outre-ATLANTIQUE. mais faudrait t-il que les pays de la zone Euro soient , en échange , vertueux en matière de dépenses publiques et de réformes structurelles adaptées à la situation de chaque ; ce qui n ' est malheureusement pas le cas de la FRANCE " version HOLLANDIENNE " de plus , la FED est indépendante des pouvoirs politiques et législatifs , tout comme la FED , mais les premiers sont ,contrairement aux seconds, visionnaires et pragmatiques. il faut donc, à BRUXELLES, du réalisme d' économistes, d 'investissements , d ' innovations et de finances pour l 'activité travail. et en aucun cas des politiques politiciens , des hauts-fonctionnaires et spéculateurs boursiers. et pour finir , mieux protéger nos frontières de SCHENGHEN , par du protectionisme EUROPEEN

  • Par hmrmon - 19/06/2014 - 16:02 - Signaler un abus Monnaie versus crédit

    À cause de leur longue histoire tourmentée, les Européens sont d'une nature méfiante face au crédit, (gros bon sens) ne sachant jamais trop quelle autre tuile pourrait leur tomber sur la tête et les surprendre culotte baissée, de là, cette tendance, je crois, à thésauriser au max, dès que des nuages un peu sombres apparaissent dans le ciel. Les problèmes économiques de l'Europe relèvent bien plus de sa culture méfiante face à l'avenir que de toute autre chose.

  • Par assougoudrel - 19/06/2014 - 21:20 - Signaler un abus Mille milliards de crédit à 1%

    donnés aux banques par la BCE. Les banques françaises ont refusé de faire crédit à une miltitude d'entreprises saines qui avaient un carnet de commande bien rempli, les entraînant à la faillite, ce qui a engendré l'augmentation du chômage. Pourquoi la BCE ne fait pas de crédit directement aux états? N'est-ce pas le président Pompidou (que beaucoup font l'éloge) qui a permis aux banques privées de faire crédit à l'état français? Ce même Pompidou qui était actionnaire à la banque Rothchild? Tous ces présidents qui gouvernent, sont remplacés par un autre, ainsi de suite, qui ne pense qu'à eux et leurs copains, sans même réfléchir aux conséquences que leurs actes feront subir aux générations futures. Et ça continu aujourd'hui. Il meurent, viellissent ou n'ont plus leur tête et, un bébé qui vient de naître, se retrouve à devoir à l'état 30000 euros. Un Dalaï Lama à dit: "naitre est en quelque sorte un pas vers la mort". Pour moi, c'est aussi un pas vers Bercy, l'enfer fiscal.

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Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann est responsable du pôle Economie pour Atlantico.

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