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Législatives : le grand remplacement est arrivé

"L’électorat qui a voté dans ma circonscription est à vomir". Henri Guaino a exprimé tout haut ce qu’ont dû ressentir nombre de barons (et baronnes) éliminés (ou en ballotage très défavorable) dès le premier tour des législatives. Ils auraient bien dissout le peuple, ce peuple si éloigné d’eux et de leur caste. Quels saligauds, ces électeurs.

Du rififi dans les urnes

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Législatives : le grand remplacement est arrivé

Au lieu de choisir mécaniquement le bulletin de leur député sortant ou du parti « officiel » d’opposition comme à chaque élection, réflexe du « vote utile », les électeurs se sont abstenus ou, pire, ont apporté leur voix à Emmanuel Macron. Un vieux monde s’effondre, emportant dans sa chute LR et le PS plombés par leur bilan accablant et leurs guerres intestines. Cette purge électorale depuis si longtemps espérée fait plaisir dans l’immédiat. Mais le champ de ruines laissé par Emmanuel Macron nous promet des années périlleuses pour notre démocratie sans alternative solide. 

Emmanuel Macron est parvenu à transformer l’abstention en véritable levier de sa propre victoire, il l’emporte haut la main avec 2,3 millions de voix en moins qu’à la présidentielle.

Malgré l’opacité de son projet, la seule certitude qu’il change les règles du jeu a suffi pour séduire un Français votant sur trois. L’abstention record sous la cinquième république n’en est pas moins préoccupante. Abstention par lassitude à l’égard des vieux partis, par fatalisme - à quoi bon ajouter son bulletin aux autres en plein tsunami électoral – par révulsion envers un jeu politico-médiatique perçu comme verrouillé - ou par découragement face au coup d’Etat permanent de l’Etat nounou.

L’infantilisation accélérée des Français va-t-elle s’interrompre avec la nouvelle majorité ? Rien n’est moins sûr, même si elle nous promet de desserrer certains carcans. Le renouvellement pour plusieurs mois de l’état d’urgence ou son insertion par petits bouts dans le droit ordinaire n’est pas de bon augure. 

Si Emmanuel Macron déçoit, et il décevra forcément compte tenu du degré quasi-messianique des attentes, le pays aura besoin d’une expression démocratique alternative. Particulièrement au moment où les vagues populistes ne cessent de grossir sur des cycles de plus en plus courts. L’effondrement des vieux partis exige de reconstruire une offre politique digne de ce nom. Les Français veulent du changement, pas du consensus mou. En reculant sur le projet de Fillon jugé trop réformateur, les Républicains ont commis une erreur tragique.  

L’avenir de la droite se trouve dans un projet libéral assumé. L’offre exclusivement conservatrice-clientélistea échoué tandis que l’offre libérale était quasi absente du scrutin. Face au réformisme social-démocrate de Macron, l’offre ne peut être que libérale, ardente promotion d’une société civile forte fondée sur la décentralisation des pouvoirs et la liberté individuelle face au jacobinisme rénové de République en Marche. Les conservateurs devront s’associer aux libéraux comme les socio-démocrates de la république en Marche l’ont fait avec les « progressistes ». 

N’oublions pas qu’avec 15% des suffrages de l’ensemble des Français, Emmanuel Macron aura une majorité de trois quarts des sièges, de quoi transformer notre Constitution sans contrepouvoir pour l’en dissuader (il reste le Sénat, mais pour combien de temps ?). Les Républicains et les socialistes hurlent contre le risque d’hégémonie de République en Marche. Mais qui a bloqué l’introduction de la proportionnelle pendant 20 ans ? Qui a verrouillé le pouvoir à son profit au détriment de toutes les autres sensibilités, de toutes les nouvelles têtes ? La défaite est d’autant plus cuisante que les grands perdants se voient exclus de la forteresse dont ils ont eux-mêmes érigé les murailles. Emmanuel Macron a annoncé l’introduction de la proportionnelle. Tiendra-t-il parole pour favoriser le renouvellement régulier du personnel politique et un vote en faveur des projets plutôt que de barons indéboulonnables (la surprise Macron est l’exception qui confirme la règle) ? 

 
Commentaires

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  • Par cloette - 13/06/2017 - 11:39 - Signaler un abus Un peuple ?

    Ou une armèe de robots ? Ou un troupeau de moutons? Ou une horde de rats suivant un joueur de flûte ? Con peut se le demander !

  • Par cloette - 13/06/2017 - 11:54 - Signaler un abus Erreur frappe

    On , bien sûr

  • Par Liberte5 - 13/06/2017 - 13:33 - Signaler un abus Il n'y a pas eu de droite libérale et conservatrice!!!!

    L'UMP en rassemblant "la droite" et le centre a abandonné toute recherche sur une ligne politique claire. Ce parti anti libéral et s'alignant sur la gauche pour toutes les questions sociétales doit disparaître. F. Fillon avait un programme qui permettait de réformer en partie la France. LR n'a pas eu le courage de s'appuyer sur ce programme pour les législatives.La soupe tiède, qui ne règle rien, les électeurs n'en veulent plus.

  • Par lafronde - 13/06/2017 - 13:47 - Signaler un abus Un petit bulletin pour les 577 indépendants, Nous citoyens, PLD!

    Dans ma circo, j'ai eu l'opportunité de voter pour la liste des 577 indépendants, de JC Fromentin, alliée à Nous citoyens et au Parti Libéral-Démocrate. Chers lecteurs, savez-vous pourquoi ces mouvements citoyens, bien antérieurs sur le terrain à En Marche ont d'une part été backboulés à la présidentielle - faute d'assez de signatures d'élus - puis assez ignorés à la Législative ? Tout simplement parce que le président Macron st issu de l'Inspection des Finances, grand corps de l'Etat, qui ouvre toutes les portes de la République et du business en France (dont la banque d'affaires). Ce qui montre que le pouvoir actuel a été repris par la Haute Administration et le Haut Patronnat. Ce qui augure d'une politique publique rationnelle, mais pas forcément favorable aux libertés contractuelles ni aux libertés locales, ni militante pour les libertés publiques et pas vraiment motrice pour instaurer le pluralisme de la Presse audiovisuelle. Reconstruire la Droite sur la Liberté, principe qu'elle avait oublié depuis De Gaulle et Pompidou semble tout à fait indiqué et prometteur. Macron=Giscard ! et Giscard l'a déjà dit : il ne croyait pas au libéralisme à l'époque Thatcher !

  • Par gerint - 13/06/2017 - 13:52 - Signaler un abus @Cloette

    Ol y a plus de 50% d'abstentions et votes nuls ou blancs. Beaucoup de Français se détachent du vote. Quand nombre de LR et de PS se déclarent compatibles avec Macron et servir de force d'appoint, quand Les LR de cet acabit annoncent leur prise du pouvoir au parti, pour qui Les gens de Droite hors FN et Les gens de Gauche hors FI pourraient -ils voter? Ils se résignent où se renfrognent, voire se radicalisent attendant l'heure des combats dans la rue puisque rien n'est possible à l'Assemblée

  • Par cloette - 13/06/2017 - 18:39 - Signaler un abus @Gerint

    Ce quinquennat qui s'annonce m'inquiète. Les abstentions, l'assemblèe hétéroclite ( le ministre de l'Education par contre est bien choisi ) . ... Seront ils compétents , intégrés, non idéologues , non sectaires , ne pratiquant pas les deux poids deux mesures ........ .Les médias béats ne me rassurent pas .

  • Par Shebear88 - 19/06/2017 - 12:47 - Signaler un abus Le vin est tiré

    ... il faudra donc le boire. Un peu dommage à mon sens cette majorité absolue. Mais les Français adorent mettre tous leurs œufs dans le même panier, quitte à se montrer versatiles ensuite. J'attends de voir ces fameuses ordonnances et les réactions, ou l'absence de réactions, qu'elles vont susciter. Pour le moment tout va bien.

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Aurélien Véron

Aurélien Véron est président du Parti Libéral Démocrate et auteur du livre Le grand contournement. Il plaide pour passer de l'Etat providence, qu'il juge ruineux et infantilisant, à une société de confiance bâtie sur l'autonomie des citoyens et la liberté. Un projet qui pourrait se concrétiser par un Etat moins dispendieux et recentré sur ses missions régaliennes ; une "flat tax", et l'ouverture des assurances sociales à la concurrence ; le recours systématique aux référendums ; une autonomie totale des écoles ; l'instauration d'un marché encadré du cannabis.

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