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"Koz toujours, ça ira mieux demain" : pourquoi le dénigrement systématique de l'Histoire de la France freine l'intégration

Le plus influent des blogueurs catholiques lâche la toile pour le papier. Douze événements et débats cruciaux au cours de cette dernière décennie ont interpellé Erwan Le Morhedec. Il les revisite ici en s’inspirant des figures de Benoît XVI et du pape François et explore nos débats sociétaux, que ce soit l’euthanasie, l’avortement ou le sort des migrants, jusqu’aux derniers attentats et les questions qu’ils posent à la France des dix prochaines années, sur son identité, sur l’islam et sur l’intégration. Extrait de "Koz toujours, ça ira mieux demain", publié aux éditions du Cerf (2/2).

Bonnes feuilles

Publié le - Mis à jour le 28 Septembre 2015
"Koz toujours, ça ira mieux demain" : pourquoi le dénigrement systématique de l'Histoire de la France freine l'intégration

Dans le même temps, comment ne pas constater également l’influence délétère de quarante années passées à discréditer la France ? Après les années de gaullisme, à sauvegarder le roman national, à préserver la grandeur de la France, au prix d’une vision partiale de son histoire contemporaine, nous avons basculé dans l’extrême inverse. Dans son autobiographie, Simone Veil revient sur un moment charnière à cet égard : la sortie du film de Marcel Ophüls, Le Chagrin et la Pitié, auquel elle s’était farouchement opposée.

Il faut citer ce qu’elle écrit car c’est tout à fait emblématique de ce funeste retournement.

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Les années 1970 avaient inversé la tendance des années 1950 ; à l’époque, réconciliation des Français et reconstruction obligent, les gaullistes étaient parvenus à imposer l’idée d’une France héroïque et résistante à laquelle tout le monde avait fait semblant de croire. Vingt ans plus tard, la pensée dominante avait changé, tout aussi simplificatrice. Désormais les jeunes se montraient ravis qu’on leur dise que leurs parents s’étaient tous comportés comme des salauds, que la France avait agi de façon abominable, que pendant quatre ans, la dénonciation avait été omniprésente, et qu’à l’exception des communistes, pas un seul citoyen n’avait accompli le moindre acte de résistance. Le Chagrin et la Pitié tombaient à pic dans ce concert d’autoflagellation, et c’est à ce titre que je trouvais ce film injuste et partisan. En outre, il ne nous épargnait aucun raccourci mensonger. Ainsi la ville de Clermont-Ferrand, où un grand nombre d’étudiants avaient rejoint la Résistance, où nombre d’entre eux furent arrêtés, et pour beaucoup fusillés ou déportés, était présentée comme exemple de la collaboration universelle. […] J’avais suffisamment travaillé sur la Shoah pour savoir que la France avait été de loin le pays où le nombre de Juifs déportés s’était révélé le plus faible, un quart de la communauté et, toujours en proportion, très peu d’enfants. Ce phénomène ne trouvait son explication que dans une réalité indéniable : nombreux étaient les Français qui avaient caché des Juifs, ou n’avaient rien dit lorsqu’ils savaient qui en protégeaient. Or, le film n’en disait mot. Il se montrait à cet égard d’une grande injustice, moins d’ailleurs à l’égard du pouvoir de Vichy que des Français eux-mêmes15.

>>> Lire aussi - Koz / Erwan le Morhedec : "En 10 ans, j'ai constaté une certaine radicalisation politique des catholiques"

Il est bien évidemment très légitime de chercher à obtenir une vision juste de l’Histoire. Et que l’on ne se méprenne pas : je considère évidemment juste de nous souvenir de la collaboration, de la responsabilité française dans la déportation des Juifs, de garder vivante par toutes les plaques qui ornent les façades des écoles parisiennes la mémoire de ces enfants juifs livrés à l’extermination car, s’il est vrai que « celui qui sauve une vie sauve le monde entier », chaque vie livrée est une blessure pour tous. Mais cela ne l’est plus lorsque l’on en vient à flétrir avec complaisance tout à la fois la mémoire des Justes et l’image de la France, comme le fit Ophüls et comme le font encore trop souvent les discours et les programmes officiels. Il était ainsi de la plus grande urgence que Jacques Chirac aille reconnaître la responsabilité de la France dans la rafle du Vel d’Hiv… mais qui donc a fait valoir cette vérité, portée par une femme aussi peu contestable que Simone Veil, « que la France a été de loin le pays où le nombre de Juifs déportés s’était révélé le plus faible » ? Qui donc l’a seulement rappelé, ne serait-ce que pour ne pas donner à son tour une vision tronquée de l’histoire de France ?

L’année de l’ouverture de mon blog, en 2005, un débat à l’utilité douteuse avait encore fait rage autour de l’opportunité d’enseigner le « rôle positif de la colonisation ». Un collectif d’historiens avait d’ailleurs apporté alors la meilleure réponse, en réclamant « liberté pour l’Histoire » et en s’opposant à toutes les lois mémorielles16. Mais cette polémique faisait également pendant à un enseignement tout aussi politique de la colonisation, refusant de faire figurer le moindre aspect positif à son bilan, certes difficilement défendable dans son principe. Ainsi la gauche développe-t‑elle une prédilection particulière et exclusive pour la face sombre de l’histoire de France – que l’on songe encore à son insistance à voir réhabiliter les mutins de 1917, ce qui n’est pas illégitime en soi mais témoigne d’une systématicité confondante. Ainsi la gauche et le monde éducatif à sa suite ont-ils développé chez les petits Français la honte de leur histoire. S’il était peut-être apparu nécessaire de contrer ainsi les tentations nationalistes, aujourd’hui, il y a tout lieu de se demander si le remède ne fut pas pire que le mal supposé et si nous ne sommes pas simplement tombés de Charybde en Scylla, nourrissant le rejet de la France et sa dislocation.

Comment pouvons-nous nous étonner des échecs de l’intégration quand tel est le tableau de la France que l’on présente aux enfants de l’immigration ? Qui donc peut souhaiter s’intégrer à un pays de salauds ? Qui peut en ressentir l’intérêt ? Pire encore, la gauche n’a eu de cesse de poser les immigrés en victimes de la France et donc en créanciers, pouvant tout attendre, tout en enseignant dans le même temps que la France n’est rien, qu’elle n’a rien à proposer, et n’est même pas fidèle aux idéaux qu’elle proclame. Comment peut-on espérer que des jeunes puissent souhaiter s’intégrer à un pays non seulement honteux mais qui ne propose plus le moindre élan national ?

Extrait de "Koz toujours, ça ira mieux demain", de  Erwan Le Morhedec, publié aux éditions du Cerf, 2015. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

 
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Koz

Koz est le pseudonyme d'Erwan Le Morhedec, avocat à la Cour. Il tient le blog koztoujours.fr depuis 2005, sur lequel il partage ses analyses sur l'actualité politique et religieuse.

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