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Guerres commerciales ou monétaires : lesquelles sont les plus “efficaces” ?

Un article publié par le site Voxeu.org le 16 août, écrit par les économistes Agnès Bénassy-Quéré, Matthieu Bussière et Pauline Wibaux, explore l'impact que peuvent avoir différentes formes de protectionnisme, entre les dévaluations et la hausse des tarifs douaniers. Les résultats publiés montrent que les tarifs douaniers auraient un impact trois fois plus important que les dévaluations de monnaie

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Guerres commerciales ou monétaires : lesquelles sont les plus “efficaces” ?

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Un article publié par le site Voxeu.org le 16 août, écrit par les économistes Agnès Bénassy-Quéré, Matthieu Bussière et Pauline Wibaux, explore l'impact que peuvent avoir différentes formes de protectionnisme, entre les dévaluations et la hausse des tarifs douaniers. Les résultats publiés montrent que les tarifs douaniers auraient un impact trois fois plus important que les dévaluations de monnaie. Comment expliquer de tels résultats, et quelles sont les leçons à en retenir dans le cadre de la guerre commerciale actuelle ? 

A priori, la dépréciation d'une monnaie de 5% d'un pays exportateur -la Chine, par exemple- devrait annuler une augmentation des droits de douane de 5% du pays importateur -les Etats-Unis-.

L'effet sur le prix des biens importés serait neutre. L'étude montre que tel ne serait pas le cas et qu'une dépréciation du renminbi beaucoup plus forte -14% plutôt que 5%- serait nécessaire pour annuler l'effet des mesures protectionnistes américaines.

Cet article répond certes aux interrogations légitimes des commentateurs et des responsables politiques qui sous-estiment pourtant souvent la complexité d'une économie mondialisée. L'article ne livre donc pas d'éléments réellement nouveaux et les auteurs eux-mêmes reconnaissent très honnêtement n'être pas en mesure d'expliquer les raisons de l'asymétrie constatée. Mais, en réalité, les deux "instruments" -droits de douane et dépréciation- sont loin d'être parfaitement équivalents.

L'étude économétrique ne peut délivrer que des moyennes sur 110 countries (soit 13 000 relations bilatérales !) entre 1989 et 2013. Il serait alors très hasardeux d'en tirer des conclusions politiques pour tel ou tel cas. De même qu'aucune femme n'a 1,92 enfant, la relation bilatérale Chine-Etats-Unis peut s'écarter plus ou moins fortement de la tendance générale.

Il est également probable qu'une augmentation des droits de douane sera plus intégralement répercutée sur les prix intérieurs qu'une dépréciation de la monnaie du pays exportateur qui peut n'être que passagère. De plus, les droits de douane sont très différenciés entre les produits et le 5% d'augmentation pris en exemple est lui aussi une moyenne. Certains produits seront surtaxés, les autres non. Au contraire, la dépréciation de la monnaie du pays exportateurs touchera de la même façon tous les produits importés par le partenaire, y compris, d'ailleurs, les services (la dépréciation attire les touristes…).

Enfin, les droits de douane bilatéraux américains ne réduisent directement que les importations alors que la dépréciation d'une monnaie agit à la fois comme une subvention aux exportations et comme une taxe sur les importations. Les effets de la dépréciation du renminbi ne se limitent donc pas à compenser, même partiellement, la hausse des droits de douane américains, ils affectent aussi les exportations américaines vers la Chine. Si les effets sur les importations de tel ou tel produit sont moindres en cas de dépréciation qu'en cas de droits, les effets sur la balance courante sont donc potentiellement plus importants d'autant plus que la dépréciation d'une monnaie par rapport au dollar n'est pas seulement de nature bilatérale. Elle affecte le commerce, non seulement avec les Etats-Unis, mais avec le Monde. En effet, si toutes les autres monnaies conservent leur valeur par rapport au dollar, la dépréciation du renminbi de 5% par rapport au dollar, signifie aussi sa dépréciation par rapport à toutes les autres monnaies… La zone euro sera alors autant touchée que les Etats-Unis. Dans ce cas, contrairement aux droits de douane protectionnistes  qui, en violation d'ailleurs des principes de l'OMC, ne frappent que certains pays, la dépréciation d'une monnaie les impactera tous.

 
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Jean-Marc Siroën

Jean-Marc Siroën est économiste. Il enseigne actuellement à l’université Paris Dauphine et est professeur au sein du département Master Sciences des Organisations. Il est spécialiste d’économie internationale. Il participe également au programme de recherche Nopoor, financé par l'Union européenne, sur les politiques de lutte contre la pauvreté. 

 

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