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Pétrole et financements troubles : la guerre invisible que mène l’Arabie saoudite contre l’Occident

En cette période de baisse continue des prix du pétrole, on aurait pu s'attendre à ce que que les Pays du Golfe diminuent leur production pour rééquilibrer les prix. Or surprise, l'Arabie saoudite fait tout pour que le cour de l'or noir continue de chuter.

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Pétrole et financements troubles : la guerre invisible que mène l’Arabie saoudite contre l’Occident

L'Arabie saoudite fait tout pour que le cour de l'or noir continue de chuter. Crédit Reuters

Atlantico : Alors qu'il est reconnu que les Pays du Golfe ont besoin que le baril se situe au-dessus des 100 dollars, le ministre du pétrole saoudien, Ali Al-Naimi, a effectué une tournée en Amérique latine pour convaincre les pays membres de l'OPEP de tirer les prix vers le bas (alors que le cours était déjà à 82,80 dollars lundi 3 novembre). Quelle stratégie l'Arabie saoudite poursuit-elle ?

Thomas Porcher : Lorsque l’on regarde les réactions passées de l’OPEP aux fluctuations des prix du pétrole, on se demande à quoi joue l’Arabie Saoudite en ce moment. En général, l’OPEP a toujours réduit sa production quand les prix du pétrole chutaient. Cela a été le cas en 2001 après la baisse de la demande suite aux attentats du 11 septembre ou en 2008 en pleine crise où les pays de l’OPEP ont retiré plus de 3,5 millions de barils par jour pour enrayer la chute des prix. Aujourd’hui, malgré la baisse des prix, l’Arabie Saoudite semble faire l’inverse en militant pour un maintien des quotas.

Deux scénarios circulent pour expliquer la réaction de l’Arabie Saoudite. Le premier est qu’elle veut faire baisser les prix du pétrole pour freiner les investissements dans les pétroles non-conventionnels notamment le pétrole de schiste américain et récupérer ses parts de marché. D’autres avancent qu’elle jouerait pour le compte des Etats-Unis qui visent à affaiblir l’Iran, le Venezuela et la Russie en baissant les prix du pétrole. Difficile à dire…

Mais on remarque également que l’Arabie Saoudite prend au sérieux le risque que d’autres énergies, plus rentables, viennent concurrencer le pétrole. Chaque fois que la demande n’a plus été au rendez-vous et que le marché a été excédentaire comme c’est le cas aujourd’hui, l’Arabie saoudite a veillé à ce que le prix du pétrole ne s’envole pas. Ce fut le cas dans la période 1986-2004, et même de manière officielle à partir de 2000 quand l’OPEP avait fixé une bande de fluctuation du baril entre 22 et 28$ et instauré un système de régulation automatique de la production. Par contre, dans la période 2004-2014 où le marché était sous tension à cause de la forte croissance de la demande des pays émergents, l’OPEP n’a pas hésité à laisser le prix s’envoler. La stratégie de l’Arabie Saoudite semble donc dépendre certes des tensions géopolitiques mais également de la structure du marché.

Mais rappelons que, même si l’extraction du pétrole saoudien reste largement rentable à un prix en dessous de 85 $, le prix nécessaire pour équilibrer son budget est autour de 90$ et que l’Arabie Saoudite, comme d’autres pays pétroliers de la région, ont des dépenses sociales croissantes.

A part les Etats-Unis, qui l'Arabie saoudite cherche-t-elle à déstabiliser ? Pour quelles raisons ?

Alain Rodier : Il faut replacer tout ce qui se déroule aujourd'hui au Proche-Orient dans la cadre de la lutte d'influence (pour ne pas dire la guerre par pays tiers) que se livrent l'Arabie Saoudite et l'Iran. Le faible cours du pétrole est une très mauvaise nouvelle pour l'économie iranienne qui est déjà frappée par les sanctions économiques imposées par les Nations Unies. Téhéran aurait perdu de 20 à 30% de ses revenus pétroliers en raison des faibles prix actuels. C'est donc à se demander si Riyad n'est pas encouragé par Washington dans cette voie pour que les négociations (5+1 : les membres du Conseil de sécurité plus l'Allemagne) qui ont lieu sur le nucléaire iranien, n'aboutissent enfin. D'ailleurs, des premiers signes de faiblesse sont émis par Téhéran qui aurait accepté de transférer son uranium enrichi en Russie -qui jouerait ainsi le "monsieur bons offices" comme cela a déjà été le cas avec les armes chimiques syriennes-. Nous sommes en face d'une partie de poker menteur où tous les moyens sont bons pour faire fléchir Téhéran. Si, d'aventure, les cours du pétrole repartaient à la hausse, l'économie iranienne pourrait être relancée et le mécontentement populaire qui est de plus en plus vif, calmé au moins pour un certain temps.

 
Commentaires

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  • Par valencia77 - 12/11/2014 - 14:43 - Signaler un abus valencia77

    Couper du petrole avec de l'eau? SVP, montrez moi comment faire ca!! Les Emirats ne dependent plus beaucoup des hydrocarbures. Vous ne suivait pas tres bien les developements economiques dans le monde. Prenez vos prochaines vacances dans les emirats!

  • Par Texas - 12/11/2014 - 19:26 - Signaler un abus Les cours ...

    ...sont en phase avec la courbe de réference des prévisions du Departement de l'energie U.S , malgré la volatilité qui pourrait régner dans ce contexte . La préeminence de l'offre et de la demande semble supérieure aux jeux d' influences entre Iraniens et Saoudiens ....pour l' instant .

  • Par Texas - 12/11/2014 - 19:39 - Signaler un abus Information

    Qui vient juste d' être confirmée par Mr Ali Al Naimi sur Reuters .

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Thomas Porcher

Thomas Porcher est Docteur en économie, professeur en marché des matières premières à PSB (Paris School of Buisness) et chargé de cours à l'université Paris-Descartes.

Son dernier livre est Introduction inquiète à la Macron-économie (Les Petits matins, octobre 2016) co-écrit avec Frédéric Farah. 

Il est également l'auteur de TAFTA : l'accord du plus fort (Max Milo Editions, octobre 2014) ; Le mirage du gaz de schiste (Max Milo Editions, mai 2013).

Il a coordonné l’ouvrage collectif Regards sur un XXI siècle en mouvement (Ellipses, aout 2012) préfacé par Jacques Attali.

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Grand angle sur l'espionnage russe chez Uppr et de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS. 

 

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