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La Grèce n'aurait jamais dû entrer dans la zone euro

Herman Van Rampuy a annoncé, ce vendredi, la tenue d'un sommet extraordinaire des dirigeants de la zone euro sur la crise de la dette Grecque, le 21 juillet. La Grèce va-t-elle enfin sortir de cette crise ?

Myopie

Publié le - Mis à jour le 18 Juillet 2011

A la veille d’une semaine où les Etats de l’Union européenne auront à déterminer la façon de continuer à octroyer, voire d’accroître, leur aide à la Grèce, il conviendrait de prendre conscience des contrevérités et autres incohérences qui prévalent actuellement dans les discussions à ce sujet ainsi que dans la gestion de la crise elle-même.

A commencer par l’argument souvent brandi pour expliquer l’origine de la crise, à savoir : si la Grèce se trouve aujourd’hui dans le pétrin, c’est la faute du marché, notamment des banques ; celles-ci, nous dit-on, ont d’abord contribué à l’endettement de la Grèce en lui prêtant à des taux relativement bas sans se soucier de la fragilité financière de ce pays, puis se sont mis à l’asphyxier en augmentant leurs taux de plus en plus.

Bruxelles, Berlin et Paris, savaient pertinemment que les finances publiques grecques couraient à la catastrophe

Pareille explication néglige la véritable source du problème, que voici : s’il y a crise grecque, c’est parce que, pour des raisons politiques et culturelles, l’Union européenne a admis la Grèce dans la zone euro tout en sachant que ce pays ne remplissait pas les critères d’admission. Qu’Athènes eût fait recours à une grande banque, en l’occurrence Goldman Sachs, pour maquiller la présentation de ses comptes n’enlève rien au fait que les autorités de Bruxelles, et de Berlin et Paris, savaient pertinemment que les finances publiques grecques couraient à la catastrophe. A qui donc la faute initiale ? Aux marchés ou aux Etats ?

Vint ensuite l’accusation portée contre les agences de notation pour n’avoir pas mis les marchés en garde sur l’état déplorable de la Grèce. Que ces agences n’aient pas vu venir la crise, c’est un fait indéniable ; par ailleurs, elles n’avaient pas non plus anticipé la crise des subprimes. Mais la solution à ce problème ne se trouve pas, contrairement à ce qu’on veut nous faire croire, dans la création d’agences de notation publiques ayant pour but de contrer le poids des celles, privées, qui existent aujoud’hui. Solution absurde, en effet, que celle-là. On peut créer toutes les agences publiques que l’on voudra. Ce n’est pas pour autant que les marchés seront prêts à donner un quelconque crédit à l’avis d’agences de notation ayant des liens d’intérêt avec des entités étatiques.

C'est le contribuable européen qui paie le prix de ces erreurs politiques

Quoi qu’il en soit, la Grèce se trouve à bout de souffle. Et pour l’aider à s’en sortir, les Etats de l’Union ont adopté un mécanisme permettant de lui prêter plus d’une centaine de milliards d’euros dans le seul et unique but qu’elle puisse honorer les échéances de ses obligations. Dans ce même but, la Banque centrale européenne a été poussée à acheter des obligations de l’Etat grec, malgré le fait que ses statuts lui interdisent de s’engager dans ce type d’opération. 

L’UE essaie ainsi d’épargner à la Grèce une cessation de paiements et d’éviter un éventuel effet de contagion sur d’autres économies de la région.

Cela se fait toutefois aux frais, et du contribuable européen et de la BCE, laquelle se trouve avec des créances difficilement recouvrables. Comment ne pas y voir une incohérence de plus ?

Seules les banques privées, celles-là mêmes qu’on avait accusées de gestion imprudente ou malveillante, tirent leur épingle du jeu, car elles récupèrent leurscréances grâce à l’argent prêté à la Grèce en même temps qu’elles prennent soin de se désengager progressivement de leurs avoirs en obligations de l’Etat grec.

On se retrouve à imposer un plan d’austérité que le gouvernement grec ne pourra appliquer sans mettre le pays à feu et à sang

D’autre part, en échange de leur aide, les responsables européens exigent de la Grèce des mesures d’austérité d’une telle ampleur qu’elles s’avèrent politiquement impraticables. Encore une incohérence de plus.

Le sommet européen qui devra se tenir tout prochainement, et dont mention est faite au début de cet article, a pour vocation de forcer l’Allemagne à donner plus d’argent pour la Grèce, quitte à mettre les créanciers privés à contribution en les faisant accepter une restructuration déguisée de la dette grecque – c’est-à-dire une réduction du montant qui en devra effectivement être remboursé et /ou un allongement des échéances.

On peut faire confiance aux agences de notation qui, échaudées par les reproches qu’on leur a faits, ne voudront pas se laisser accuser à nouveau de négligence et diront, à juste titre d’ailleurs, qu’il s’agit d’une cessation de paiements bien que déguisée, avec les conséquences négatives qu’à coup sûr cela aura sur les marchés financiers. On n’aura donc pas pu faire l’économie de la fameuse cessation de paiements.

Ainsi, du début jusqu’à la fin, les responsables politiques européens se seront amusés à jouer la politique de l’autruche. Ils ont fermé les yeux pour accueillir la Grèce dans la zone euro, alors que ce pays n’était pas en mesure d’y accéder. Ils ont ensuite fermé les yeux pour imposer un plan d’austérité que le gouvernement grec ne pourra pas appliquer sans mettre la population à feu et à sang. Ils ont aussi fermé les yeux pour concocter un plan de sauvetage qui n’évitera pas à la Grèce une cessation de paiements. Et ils ferment enfin les yeux pour ne pas avouer auprès de leurs contribuables que ceux-ci ne récupéreront jamais leur argent.

 
Commentaires

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  • Par Groscanoumou - 16/07/2011 - 10:34 - Signaler un abus Stop !

    Il faut arrêter ces mensonges systématiques qui consistent à accuser les Etats en permanence : oui, s'il y a une monnaie, c'est à cause des Etats. S'il y a une police et une justice aussi.

  • Par sheldon - 16/07/2011 - 16:05 - Signaler un abus Quand des chefs d'état ne veulent pas de l'Europe on la rend

    ingouvernable ! Et on y fait rentrer le plus de pays possible, y compris la Turquie pour la faire disparaître (l'Europe) complètement. Les Français n'ont pas été les derniers dans cette fuite en avant. Mon candidat sera celui qui veut le plus d'Europe fédérale : faudra t'il alors voter Bayrou, ne serait ce que pour faire comprendre à Sarkozy qu'il conduise la France à une Europe plus fédérale ?

  • Par chiquita banana - 16/07/2011 - 18:19 - Signaler un abus L'Europe: zéro faute en incohérences

    Oui! Mille fois oui! L'Europe n'a pas pu faire pire en matière de gestion de la crise grecque. A force de vouloir élargir leur rayonnement, nos gouvenants d'alors (Chirac en tête) n'ont pas voulu voir la réalité des comptes grecques. Aujourd'hui, on essaie de jouer les matamores avec un mécanisme de soutien qui va nous endetter tous. Bravo pour l'article!

  • Par chiquita banana - 16/07/2011 - 18:26 - Signaler un abus L'Europe: zéro faute en incohérences (bis)

    Même la raison pour prêter à la Grèce, c'est-à-dire le risque de contagion, est largement exagéré, selon une étude qui vient d'être publiée par les professeurs Manasse et Trigilia, des univérsités de Bologna et de Warwick, respectivement (cf. "The fear of contagion in Europe", Vox, 6 July 2011).

  • Par L'Impertinent - 16/07/2011 - 18:39 - Signaler un abus Et ça continue, les incohérences

    Maintenant, c'est le tour de Michel Barnier de jouer le sherif. Il propose que l'on interdise aux agences de notation de donner leur avis sur l'état d'un pays qui ferait l'objet d'un plan de soutien. Absurde! Comment peut-il croire que l'UE peut interdire quoi que ce soit à des agences ayant pour la plupart leur siège outre-Atlantique? Même Londres s'y opposerait. Bon article, d'ailleurs.

  • Par vangog - 17/07/2011 - 01:26 - Signaler un abus Simple comme bonjour

    La Grèce quitte l'Euro: Elle subira une récession sévère, mais n'en mourra pas. Comme l'Allemagne après la guerre, elle peut et doit faire les coupes drastiques dans son budget, qu'elle n'a pas le courage de faire car le grand frère Européen est là! L’Europe évite ainsi de couler avec la Grèce et cesse de subventionner la social-démagogie. Ah s'il n'y avait pas les lois paralysantes Européennes!

  • Par vangog - 17/07/2011 - 01:31 - Signaler un abus Simple comme Au revoir!

    La Grèce quitte l'Euro: Elle subira une récession sévère, mais n'en mourra pas. Comme l'Allemagne après la guerre, elle peut et doit faire les coupes drastiques dans son budget, qu'elle n'a pas le courage de faire car le grand frère Européen est là! L’Europe évite ainsi de couler avec la Grèce et cesse de subventionner la social-démagogie. Ah s'il n'y avait pas les lois paralysantes Européennes!

  • Par L'Impertinent - 17/07/2011 - 02:30 - Signaler un abus @vangog: Vous avez raison

    C'est vrai: ce ne sera pas la fin du monde, ni de l'euro d'ailleurs, si la Grèce quitte la zone euro. Ne serait-ce que momentanément. Il y a aussi le précédent de l'Argentine, qui avait "dollarisé" son économie. Elle élimina le taux fixe par rapport au dollar, s'était déclarée en cessation de paiements, et ce fut alors qu'elle put rebondir. La Grèce et l'Europe n'ont pas d'autre chemin.

  • Par Cap2006 - 17/07/2011 - 08:47 - Signaler un abus Europe fédérale vite...

    Oui, tous le monde même moi, savaient que la grèce ne respectait pas les critères de maastrich... Oui, il fallait faire entrer ce cancre économique et fiscal dans l'euro. Oui, comme à tout élève en difficulté, il fallait des cours de soutien... Solution : abandon des nations moyenne ageuse au profit de plus d'europe et plus de regionalisme... réponse politique...

  • Par chiquita banana - 17/07/2011 - 09:20 - Signaler un abus @Cap2006: C'est vrai ce que vous dites

    ...mais que voulez-vous, nos gouvernants de l'époque (Chirac et Jospin en tête) ne pensaient qu'à la "grandeur". Et pour cela, le plus il y avait de membres de la zone euro, le plus grande l'Europe leur paraissait. Aujourd'hui, c'est nous, les contribuables européens, qui en payons les conséquences en donnant de l'argent à fonds perdus.

  • Par Carol Langloy - 17/07/2011 - 10:05 - Signaler un abus Au travail !

    Les problèmes financiers ne sont jamais que des conséquences. Les résoudre, c'est donner un analgésique, agir sur les symptômes plutôt que sur les les causes. Dans le cas grec, le vrai problème est très clair, pourtant : les grecs ne travaillent pas. Ils pourraient prendre modèle sur les turcs, par exemple...

  • Par L'Impertinent - 17/07/2011 - 10:14 - Signaler un abus Bravo Carol!

    Le contre-exemple turc, auquel vous vous référez, est très pertinent ici. La Turquie affiche en effet des taux de croissance impréssionants. Peut-être sa chance part-elle du fait de n'avoir pas été admise dans l'UE.

  • Par le Gône - 17/07/2011 - 11:02 - Signaler un abus Et dire....

    que ce que nous promet la Gauche "Francaise" est strictement ce qui a conduit la Grèce là où elle est actuellement..(au fond du trou économique)..allez en 2012 on votera sarko..et c'est tant mieux!!

  • Par chiquita banana - 17/07/2011 - 12:56 - Signaler un abus Oui à le Gône

    En effet, la gauche "française" nous conduirait là où se trouve la Grèce aujourd'hui. Et penser que dans ses dernières déclarations, François Hollande veut rendre Sarkozy responsable si l'euro se casse la figure. M'enfin, ils n'ont pas encore compris, ces gens de la gauche des 35 heures, et des nationalisations ratées, qu'ils n'ont pas d'autorité pour donner à quiconque des leçons d'économie?

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Fabio Rafael Fiallo

Fabio Rafael Fiallo est économiste et écrivain, ancien fonctionnaire à la CNUCED (Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement). Il est diplômé d’économie politique de l’université Johns Hopkins (Baltimore).  Son dernier ouvrage, Ternes Eclats - Dans les coulisses de la Genève internationale (L'Harmattan) présente une critique de la diplomatie multilatérale.

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