Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Jeudi 28 Juillet 2016 | Créer un compte | Connexion
Extra

La France est-elle en train de préparer une intervention militaire directe en Libye, dans la foulée de ses opérations (plus trop) secrètes contre l’Etat islamique ?

La France, au travers de ses opérations secrètes en Libye, cherche à peser sur la situation et à éliminer les éléments de l'Etat islamique qui ont fui la Syrie et l'Irak. L'option d'une intervention directe n'est pas envisagée par les puissances occidentales par manque d'effectifs mais surtout par crainte de reproduire les bourbiers irakien et afghan.

Chut !

Publié le
La France est-elle en train de préparer une intervention militaire directe en Libye, dans la foulée de ses opérations (plus trop) secrètes contre l’Etat islamique ?

Atlantico : La France serait actuellement engagée dans des opérations secrètes en Libye. Par qui sont-elles menées et quel est leur mandat ? Pourquoi la France choisit-elle de privilégier des actions militaires non officielles en Libye ? 

Eric Denécé : Il semblerait que les forces françaises soient effectivement engagées en Libye bien que nous n’ayons aucune information. Il s’agit de toute façon d’un secret de polichinelle puisqu’il y a des mois voire des années que face au durcissement de la menace libyenne, face à la déliquescence du pays, face à l’arrivée de Daech, et à la multiplication des groupes terroristes, des forces spéciales de nombreux pays occidentaux (françaises, anglaises, américaines, espagnoles, italiennes mais aussi égyptiennes et algériennes) sont présentes sur les frontières, mènent des opérations de reconnaissance ou ont déjà, notamment en ce qui concerne les Américains, conduit des raids importants dans ce pays.

Il est très difficile de savoir quelles sont exactement les opérations conduites sur place par les forces françaises puisqu’elles sont par nature secrètes. Le mandat n’est pas connu mais on peut imaginer que ce sont pour l’essentiel des opérations de renseignement et de reconnaissance, d’assistance aux forces gouvernementales libyennes, ainsi que des opérations de destruction de l’infrastructure physique ou humaine de groupes comme Daech ou Ansar al-Charia -la branche locale d’Al Qaida. 

La position française consiste à s’opposer à ou du moins à rejeter l’intérêt d’une intervention militaire classique en Libye, ce que certains pays ont réclamé. Une opération, pour être efficace, devrait engager des dizaines de milliers d’hommes. Or, personne n’a les effectifs aujourd’hui pour assurer cette mission : la France étant elle-même très engagée en Irak et dans le Sahel, n’a pas les effectifs à envoyer sur place. Par ailleurs, la Libye est aujourd’hui un vrai bourbier. Aux yeux de la France, ce qui compte c’est d’éliminer les éléments de Daech qui se déploient en Libye suite à la pression qu’ils subissent en Syrie et en Irak. Il s’agit donc d’empêcher le développement de cette organisation terroriste et d’Al Qaida et de permettre au gouvernement local de reprendre la main et d’assurer lui-même la sécurité. Dans ce cadre-là, les forces spéciales ont un rôle important et discret à jouer pour peser sur la situation locale.

Entre les frappes américaines sporadiques sur les positions de l’EI et les opérations secrètes de la France, pourquoi les puissances occidentales n’interviennent-elles pas plus directement en Libye ?

Plusieurs raisons peuvent expliquer cette absence d’intervention occidentale.

Premièrement, personne n’a les effectifs aujourd’hui. Il faudrait probablement engager entre 50 000 et 100 000 hommes pour pacifier le pays, et encore, il n’y a aucune certitude que cela fonctionnerait, comme nous en avons l’exemple en Afghanistan et en Irak. De plus, personne n’est en mesure d’envoyer autant de monde.

Deuxièmement, après l’Irak et l’Afghanistan, les puissances occidentales sont toujours réticentes à engager des soldats qui vont être victimes d’attentats. La Libye est dans un tel chaos que, comme en Afghanistan, les problèmes s’atténueront tant que les forces occidentales seront sur place et dès qu’elles partiront, le pays retombera dans les mêmes travers. On est confronté un peu partout dans le Tiers-monde à ces mêmes logiques. D’autres solutions doivent donc être trouvées. Ces autres solutions consistent en partie à aider le gouvernement local à résoudre le problème. Même s’il n’est pas sûr que cela marche...

Quelle est la progression de l’EI et d’Al Qaida sur le terrain libyen ? Quels rapports entretiennent ces deux mouvances djihadistes : rivalité ou convergence ?

Partout,  ces deux groupes sont rivaux, parce qu’ils veulent chacun être en pointe dans la lutte au nom du djihadisme. Mais en réalité, ils sont bien évidemment largement en convergence. Cela ne veut pas dire qu’ils collaborent sur place mais ils ont les mêmes objectifs et font peser sur les pays occidentaux et sur les populations locales les mêmes menaces. Ils doivent donc, l’un tout autant que l’autre, être éliminés, que ce soit en Libye, en Syrie, en Irak ou ailleurs. Aujourd’hui ces groupes se renforcent en Libye pour deux raisons. Premièrement, les frappes occidentales en Irak et en Syrie ont effectivement amené un certain nombre de combattants de Daech à quitter ces théâtres d’opérations pour venir en Libye. Deuxièmement, d’autres combattants qui voulaient rejoindre Al Qaida ou Daech, plutôt que d’aller les rejoindre en Syrie ou en Irak les ont rejoint en Libye car il n’y a pas de contrôles dans ce pays et il est facile de passer par les côtes. En outre, en s’implantant en Libye, les combattants seront beaucoup plus proches de l’Europe pour faire peser sur le continent une menace directe ou indirecte.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par REVERJOVIAL - 25/02/2016 - 10:35 - Signaler un abus L'histoire revient

    L'histoire n'est pas morte, aprés la suprématie ottomane et la colonisation ces pseudo états se décomposent car il n'y jamais de conscience nationale, ce sont des clans, tribus ou groupes ethniques qui composent ces pays. Le probléme c'est la mondialisation par la technologie de guerres et des conséquences des migrations qui restaient locales et inconnu de l'Occident.

  • Par VV1792 - 25/02/2016 - 17:47 - Signaler un abus Au XIX eme siècle, certains

    Au XIX eme siècle, certains de ces pays étaient dans l' anarchie et vivaient de leurs rezzous et de leurs pillages.. Les Barbaresques, depuis des siècles, venaient sur les côtes européennes pour capturer leurs esclaves chrétiens,et avaient fini par rendre la Méditerranée complètement insalubre.. Cela a donné Sidi Ferruch et les Protectorats.. Mais chut, la formule ayant fonctionné, elle reste pourtant à oublier d' urgence...

  • Par Anguerrand - 25/02/2016 - 18:15 - Signaler un abus L'armée à bout de souffle, 3 guerres plus la securité interieure

    Le tout avec du matériel usé jusqu'à la corde du fait du sable et surtout vieillissant. Par contre je suis pour une armée de conscription avec tous ces immigrés déserteurs et lâches qui arrivent en Europe, qui au lieu de défendre leur pays et Daech, ces lâches et déserteurs préfèrent se faire chouchouter en Europe et laissent leurs familles " profiter " de Daech. L'idée vient de Pologne, je dis bravo. Pourquoi les occidentaux iraient se faire tuer pendant que ces jeunes seuls viennent se protéger chez nous.

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Eric Denécé

Eric Denécé, docteur ès Science Politique, habilité à diriger des recherches, est directeur du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R).

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€