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La France, cet étrange pays où des explosions de colère se produisent lorsque personne ne s’y attend

L'hybris d'Emmanuel Macron

Publié le
La France, cet étrange pays où des explosions de colère se produisent lorsque personne ne s’y attend

Papier publié intialement sur le site de l'Institut Montaigne.

Huit mois qu’il est à l’Elysée et tout ou presque tout semble lui sourire. Un alignement des astres parfaits. Des sondages plutôt bons, ce qui était devenu exceptionnel pour un dirigeant politique. Une opposition, pour le moment, tétanisée : un PS en ruines, des Républicains qui se divisent avec un Laurent Wauquiez qui dispose d’incontestables atouts, mais doit s’imposer auprès de l’opinion, un Front national qui doute des capacités de sa dirigeante et s’interroge sur sa stratégie, enfin une France insoumise à la recherche d’un nouveau souffle.

En Europe, Emmanuel Macron s’affirme comme le leader par excellence, le seul ayant une autorité et un projet pour relancer l’Union. Angela Merkel a enfin trouvé un accord avec le SPD, mais sort affaiblie de ces élections et de tractations épuisantes pour former un gouvernement. L’Italie votera le 4 mars et l’incertitude règne, cependant que les forces critiques de l’Union européenne ont le vent en poupe. Teresa May a les plus grandes difficultés à négocier le Brexit. A l’international, Donald Trump se déconsidère chaque jour un peu plus et Poutine est occupé à préparer sa réélection. Seul Xi Jinping s’avère un rival d’envergure, puisque la Chine est décidée à peser sur la refonte de la gouvernance mondiale.

Les médias français et étrangers ne cessent de s’intéresser à la politique du Président français, à son image, à sa personne ou à son couple avec un mélange de fascination et d’irritation contre sa communication efficace, mais strictement verrouillée. Quelques intellectuels cèdent à son charme, parfois sans retenue, mais l’histoire nous démontre que les clercs se laissent souvent emporter par leurs passions aveugles au détriment du raisonnement critique que l’on attend d’eux. Enfin, le président est servi par cette fortuna dont Machiavel disait qu’elle était nécessaire et même indispensable au Prince : les circonstances en effet l’ont servi durant sa campagne et continuent de lui être favorables. En outre, il maîtrise également la virtu, toujours si fondamentale selon le même Machiavel. Bref, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes pour ce jeune président. 

Attention toutefois. D’abord, parce que des tensions se font jour au sein de sa majorité parlementaire hétéroclite. Entre les députés qui viennent de la gauche et ceux issus de la droite. Entre les professionnels recyclés de la politique et les novices issus de la société civile. Entre les provinciaux et les parisiens. Entre les générations, avec les jeunes qui pensent que leur heure est venue et les plus âgés qui entendent faire parler leur expérience. L’électorat d’Emmanuel Macron aussi évolue. Les électeurs venus de la gauche ne se retrouvent plus tellement dans la politique du gouvernement qui, en revanche, attire de plus en plus l’électeurs de la droite. Un récent sondage Kantar Sofres a certes montré qu’une bonne partie des Français approuvaient les premières réformes du quinquennat. Néanmoins, des sujets sensibles qui jusque-là avaient été en quelque sorte remisés parce que porteurs de divisions, comme ceux des migrants, de l’immigration, de la laïcité, des retraites ou encore de la PMA arrivent au premier plan et risquent de faire si ce n’est voler en éclats, en tout cas secouer la "macronie". La récente tribune de Laurent Berger, Thierry Pech, Jean Pisani-Ferry, Jean-François Rial, et Lionel Zinsou, condamnant en termes vifs la circulaire de Gérard Collomb et le projet de loi sur l’asile et l’immigration, en fournit une bonne illustration. La décision de renoncer au projet d’aéroport à Notre-Dame des Landes mécontente de nombreux élus locaux et risque d’encourager d’autres mobilisations collectives, zadistes ou non. Mais surtout, le climat d’optimisme, voire d’euphorie, qui s’instaure à la fois du fait de la reprise économique et de l’indéniable performance du Président qui démontre chaque jour l’étendue de son talent, ne concerne qu’une partie de la France. Celle plutôt aisée, instruite, urbaine, ouverte au monde. Le reste de la France, politisée ou pas, reste sceptique, indifférente, dubitative. Certaines franges d’entre elle expriment une hostilité sourde qui, pour l’instant, n’a pas trouvé son moyen d’expression. Cette France-là ne se reconnaît pas dans ce président. Dans sa politique, dans sa philosophie, dans son style. Ni dans son gouvernement ni d’ailleurs, plus généralement, dans les institutions. La profonde crise de défiance politique qui caractérise notre pays depuis des années est loin d’avoir été résolue. Elle continue de travailler cette France-là. D’autant plus que la majorité ne semble pas s’adresser à elle, ne lui parle pas, ne la prend pas tellement en considération, ne lui envoie pas des signaux clairs, sauf par à-coups, par intermittences. En octobre dernier, selon l’IFOP, 57 % des Français reconnaissaient que le président tenait ses engagements de campagne mais 56 % disaient ne pas comprendre sa politique, dont 59 % des employés, 69 % des ouvriers, 70 % des personnes ayant un niveau d’instruction inférieure au baccalauréat. C’est chez ces "gens de peu", comme le disait avec beaucoup de considération pour eux le sociologue Pierre Sansot, mais pas simplement, que s’ancre la formule du "président des riches". 

 
Commentaires

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  • Par Tande - 23/01/2018 - 11:47 - Signaler un abus coup de torchon

    En effet. Tous ceux qui ont participé à la gestion du pays le savent... A ce sujet, le pouvoir devrait se méfier de ne pas prendre la mesure de trop à l'égard des automobilistes, qui viennent d'encaisser les pénalités sur le diésel, la hausse des contraventions pour stationnement, la limite à 80kms sur les routes, et l'effondrement du système informatique des cartes grises et du permis de conduire...

  • Par Ganesha - 23/01/2018 - 12:22 - Signaler un abus Révolution

    Aujourd'hui, notre Macron incarne Louis XVI ou Nicolas II. Un monarque de ''Droit divin'', convaincu que le Capitalisme Libéral, la Loi de Jungle, c'est le système voulu par Dieu, en punition de la faute d'Eve au Paradis terrestre, et qui ne prendra fin qu'avec l'Apocalypse du Jugement Dernier ! Les cours de France et de Russie ont chacune connu un cérémonial fastueux, avant de se terminer par la guillotine, place de la Concorde, ou le massacre de la maison Ipatiev. A quoi ressemblera la prochaine révolution ? Plutôt à la prise de la Bastille (1789) ? Ou à l'accès au dortoir des filles de l'université de Nanterre, comme en 1968 ? Peu importe : la colère du peuple français ne va pas tarder à gronder !

  • Par vangog - 23/01/2018 - 13:35 - Signaler un abus Notre-Dame des glandeurs a été le Leonarda qui a révélé

    Macron-Rothschild au monde, médusé par tant de lâcheté et d’impuissance. Il y a eu un Macron-avant N.D des glandeurs, et il y aura le vrai Macrouille (déclinaison de Macron et sans-couilles), ensuite...

  • Par kelenborn - 23/01/2018 - 13:56 - Signaler un abus C'est tout à fait symptomatique

    de la logorrhée d'un "logue", ces créatures asinesques et expertes autoproclamées : sociologues en tête, puis politologues, ethnologues, psychologues, catalogues, astrologues ( ah non pas celle la!) Du mauvais boulot de journaleux, un discours creux; il pourrait affirmer dans trois jours le contraire de ce qu'il a dit aujourd'hui mais, on le paye ( le contribuable dans la majorité des cas) et pourquoi pas puisque ça marche! L'offre trouve une demande, : comme le passage du facteur provoque l'aboiement du chien on peut crier haut et fort que le service public marche et que la sécurité est assuré! Juste un rappel: la différence entre un discours scientifique et cette logorrhée : le scientifique prédit que cela va arriver: que par exemple le soleil va se lever à 7h37 et le soleil se lève à 7 heures 37. Le sociologue nous dit que le jeune brûle des bagnoles ( c'est un fait) et ensuite nous explique qu'il le fait pour nous dire quelque chose! Ce n'est pas différent du sorcier du sorcier qui constate que le chef du village va mourir ( ce qui finit par arriver) et que c'était la volonté de dieu! Amen

  • Par jurgio - 23/01/2018 - 15:56 - Signaler un abus Le syndrome de la soupape de sécurité

    Les Français se contiennent trop longtemps avant d'éclater et se lancent toujours dans des rebellions à contre temps, en faisant n'importe quoi.

  • Par l'enclume - 23/01/2018 - 16:35 - Signaler un abus Atlantico, vous commencez à

    Atlantico, vous commencez à me fatiguer, 4 articles sur le petit roitelet, c'est au moins 3 de trop.

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Marc Lazar

Marc Lazar est historien et sociologue français du monde politique. Spécialiste des gauches européennes et de la vie politique française et italienne, il est, depuis 1999, professeur des universités en histoire et sociologie politique à l’Institut d’études politiques de Paris. Il est actuellement directeur du Centre d’histoire de Sciences Po et président de la School of Government de la LUISS (Libre Université Internationale des Sciences Sociales) basée à Rome.

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