Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mardi 13 Novembre 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

FN et Panama papers : pourquoi l'affaire Frédéric Chatillon n'est qu'un pétard mouillé

Jadis dirigeant du GUD, aujourd’hui homme d’affaires, Frédéric Chatillon se voit reprocher d’avoir eu recours à une Panaméenne. Sans doute pour échapper au fisc. En cause : un investissement de 316 000 euros en Asie. De quoi s’interroger. Or cet investissement est connu depuis 18 mois par les juges Van Ruymbeke et Buresi. Ils n’y ont rien trouvé à redire. Même position du côté des limiers des impôts.

Chou blanc

Publié le - Mis à jour le 22 Avril 2016
FN et Panama papers : pourquoi l'affaire Frédéric Chatillon n'est qu'un pétard mouillé

Chatillon = Marine Le Pen = Panama = Evasion fiscale… 

Dur d’avoir été dirigeant du GUD dans sa jeunesse et d’être un ami de Marine Le Pen. Pour l’homme d’affaires Frédéric Chatillon, il y a un passé qui ne passe pas. Il suffit qu’il ait réalisé quelques investissements à Singapour et le voilà embringué dans l’affaire Panama Papers parce que soupçonné d’évasion fiscale. Cela lui colle à la peau. Etrange, puisque l’investissement en Asie qui lui est reproché de 316 000 euros – qui n’a rien à avoir avec les fortunes de célébrités politiques, économiques, artistiques ou sportives de la planète – figure depuis dix huit mois dans le dossier sur le financement du Front national instruit par les juges Renaud Van Ruymbeke et Aude Buresi...

De plus, ces fameux 316 000 euros apparaissent bien dans le bilan de la société Unanime – évoqué plus loin – lui-même déclaré au fisc… Alors qu’en est-il ? Tout au plus Frédéric Chatillon a-t-il effectué un ou deux montages un peu "sportifs" qu’il a parfaitement justifiés. Etant entendu que le volet de soupçon de financement illicite de campagne visant le Front National n’a rien à voir.

Reprenons. Frédéric Chatillon, proche de Marine Le Pen – ils se sont rencontrés à la Faculté de droit – anime une société, Riwal, qui depuis de nombreuses années participe aux campagnes électorales de la présidente du Front national. Riwal, de temps à autre, sous-traite une partie de ses activités à une autre entreprise détenue à 20% par Chatillon et 80% par sa compagne. Ce sous-traitant, spécialisé dans la création de sites Internet a pour dénomination Unanime. Fin 2012, Chatillon, animateur d’Unanime, qui a réalisé de bons résultats grâce entre autres aux élections cantonales et qui a un excédent de trésorerie, songe à placer de l’argent. Ca tombe bien. Un vieux copain de Chatillon, qui dirige une entreprise installée à Singapour spécialisée dans les salons et autres cartes de fidélités, dénommée Gift, lui propose de placer ses deniers. Banco, répond Chatillon qui débourse donc 316 000 euros au début 2013. Rien d’anormal à cela. D’ailleurs, cette somme, on l’a vu, figure bien au bilan de la société Unanime qui a été envoyé au service des impôts…L’investissement se fera via Hong-Kong qui constitue le centre névralgique de tous les financements en Asie. C’est ainsi que Frédéric Chatillon prend, pour une somme modique, le contrôle d’une coquille vide, dénommée Time Dragon. Une pratique courante à Hong-Kong. En mai 2013, la française Unanime devient actionnaire unique de Time Dragon. L’année suivante, en mai 2014, Time Dragon devient Unanime- Asia. Demeure une difficulté : faire venir les 316 000 euros de Paris à Unanime-Asia. 

Frédéric Chatillon sait qu’on l’attend au tournant. Son militantisme à l’extrême droite, personne ne l’a oublié. Il sait par exemple que s’il sollicite sa banque, la Monte Paschi, pour qu’elle lui vire 316 000 euros en Asie, illico, le Tracfin – la cellule anti-blanchiment de Bercy – lui tombera sur le dos. Alors que fait-il ? Tout simplement il émet une facture non causée à la banque – ce qu’elle ignore évidemment. Et la Monte Paschi expédie les 316 000 euros sur le compte Unanime-Asia... Laquelle, on le sait, a pris la suite de Time Dragon. Or cette dernière est une filiale à 100% d’une société Harson Asia Ltd, domiciliée aux Iles Vierges britanniques par l’entremise du désormais célèbre cabinet d’avocats panaméens Mossack-Fonseca. Cette fois, on y est : Chatillon planque son fric au Panama. Sauf que selon ce dernier, les limiers des impôts ont mis leur nez dans ses sociétés et n’ont rien vu d’anormal. C’est ainsi que Unanime-Asia a fait l’objet d’un contrôle fiscal qui ne s’est soldé par aucun redressement. D’ailleurs, en scrutant les documents de Chatillon, on voit bien qu’Harson n’a jamais reçu un centime pas plus qu’elle n’a détenu le moindre compte bancaire. Pour la petite histoire, Harson a été dissoute sans qu’elle ait dissimulé quoique ce soit… Chatillon a demandé aux juges Van Ruymbeke et Buresi d’envoyer des commissions rogatoires en Asie pour vérifier l’authenticité de ses documents. Les deux magistrats n’ont pas jugé utile de le faire. 

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par vangog - 18/04/2016 - 10:13 - Signaler un abus Malheureusement pour les Medias gauchistes qui croyaient

    déterrer un lièvre, les dirigeants patriotes, et leurs amis, sont soigneusement contrôlés par le fisc socialiste...trop contrôlés pour trouver la moindre suspicion, meme à un an de la re-election présidentielle du grand timonier de pédalo...Bon, et maintenant que l'hystérie médiatique anti-FN a fait pschhhiiittt, on fait quoi? Ben, rien! Car le piège médiatique a fonctionné! Les Français se sont désintéressés de ceux qui étaient véritablement concernés par les Panama papers, Balkany, Cahuzac, cabinet Sarkozy, DSK et probablement d'autres gauchistes qui ont été poussés sous le tapis médiatique...le FN ressort mains propres et tête haute de l'enfumage, les LRPS ne ressortent pas...

  • Par cloette - 18/04/2016 - 11:11 - Signaler un abus murs couverts d'affichettes

    de NPA (Besancenot) qui se revendique du Panama papers pour accuser MLP de corruption et autres turpitudes , c'est à croire qu'il est l'estafette du commanditaire masqué des mystérieux papers! Ces affichettes veulent l'accueil inconditionnel des migrants et des clandestins ainsi que leur régularisation IMMÉDIATE !

  • Par raslacoiffe - 18/04/2016 - 12:00 - Signaler un abus Vangog toujours dans l'excès pour les LR.

    Réfléchissez un peu Chatillon versus MLP n'est qu'un dommage collatéral. Ceux qui sont naturellement toujours dans le collimateur des juges à la solde de Hollande c'est le Cabinet Claude... et Sarkozy bien sûr. Pas besoin d'être grand stratège pour comprendre la manœuvre. Cahuzac de toute façon ça fait longtemps que Hollande s'en sert comme d'un faire valoir pour affirmer qu'il lutte contre la fraude. Au passage égratigner le FN ça le sert aussi, s'il pouvait juste baisser un peu pour favoriser sa réélection. Mais il est vrai Vangog que tout ce qui déstabilise les LR vous arrange au FN.

  • Par Aldebaran45 - 18/04/2016 - 16:14 - Signaler un abus la ficelle était un peu grosse

    Merci à Atlantico de desenfumer un peu cette affaire. La désinformation va bon train en France de nos jours, à croire qu'investir à l'étranger est devenu un crime d'Etat.

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Gilles Gaetner

Gilles Gaetner est journaliste d'investigation chez Atlantico. Il a été journaliste aux Echos, à la Vie française, au Point et de 1986 à 2009, rédacteur en chef adjoint à L'Express, chargé de l'investigation.

Il est l'auteur de La République des copains (Flammarion, 2005), Réglements de comptes pour l'Elysée - La Manipulation Clearstream dévoilée (Oh! Editions, 2006, avec Jean-Marie Pontaut),  La République des imposteurs (L'Archipel Editions, 2014) et Les journalistes ne devraient pas dire ça (L'Artileur, 2017).

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€