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Florange, nous voilà : la France se porterait-elle vraiment plus mal économiquement si le gouvernement ne faisait rien ? La réponse en chiffres

Conformément à son engagement, François Hollande retourne à Florange ce lundi 24 novembre. En 2012 il s'était engagé à tout faire pour sauver les hauts fourneaux et les emplois, sans succès. "L'Etat ne peut pas tout", et il aggrave parfois les choses.

Interventionnite aiguë

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Florange, nous voilà : la France se porterait-elle vraiment plus mal économiquement si le gouvernement ne faisait rien ? La réponse en chiffres

François Hollande à Florange ce lundi 24 novembre.  Crédit Reuters

Atlantico a passé en revue les interventions de l'Etat dans les différents secteurs de l'économie nationale. Certaines d'entre elles ont véritablement "cassé" une partie de la machine de production française.
 

  • Entre 2013 et 2014 l’emploi industriel a encore baissé de 39 000 personnes. Les actions du gouvernement vis-à-vis de Florange, SFR ou encore Alstom ont été maladroites, si ce n'est contreproductives.
     
  • Sous l'effet des annonces du gouvernement, en 2012, 75 000 mises en chantier de logements ont été perdues.
     
  • En participant à l’effort nécessaire de redressement économique, les collectivités locales ne peuvent continuer à intervenir dans les territoires, notamment à travers les commandes publiques et les investissements de proximité.

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  • La hausse des prélèvements de 2 à 3 points de PIB a amputé la croissance d'au moins 1,5 point.

 

L'industrie, par Jean-Pierre Corniou :

Ce qui avait été promis en début de mandat

La campagne électorale de François Hollande s’est traduite par une liste de 60 promesses, et de nombreux engagements en dehors de ce cadre, dont plusieurs concernent directement l’industrie à travers divers leviers : orienter l’épargne vers les industries par un livret épargne industrie, obliger les industriels à céder leurs sites rentables plutôt que de les fermer, relancer une politique industrielle de défense ambitieuse. Ces différents objectifs traduisent le diagnostic fait par l’équipe du candidat sur le décrochage industriel de la France, alors largement sous-estimé au printemps 2012. L’intensité de la crise industrielle et l’ampleur du chômage a conduit le gouvernement, à travers son ministre en charge de l’industrie, Arnaud Montebourg, à multiplier les interventions dans ce domaine.

Ce qui a été fait

La création d’un "grand ministère de l’industrie et de la production" était un engagement de campagne. Le Ministère du redressement productif, au titre martial,  a concrétisé cet engagement. Arnaud Montebourg, son titulaire de  mai 2012 à août 2014, n’a pas mesuré son énergie pour intervenir de façon souvent abrupte sur tous les dossiers. 

Le discours de Florange du 24 février 2012 s’est concrétisé par la loi visant à "redonner des perspectives à l’économie réelle et à l’emploi industriel", adoptée par le Parlement en février 2014. Mais la disposition principale de la loi a été jugée anticonstitutionnelle par le Conseil constitutionnel en mars 2014 et promulguée sans son dispositif essentiel, la pénalité en cas de non-recherche d’un repreneur. Le projet de loi sur l’économie sociale et solidaire, adopté en juillet 2014, reprend cette disposition en renonçant toutefois à la pénalité financière, en dehors du remboursement des aides publiques, mais impose la recherche d’un repreneur pour faire homologuer un plan de sauvegarde de l’emploi pour les entreprises d’au moins 1000 salariés.

Enfin le ministre de l'Economie, Emmanuel Macron, a lancé un vaste projet de loi pour débloquer l’économie française en libérant l’économie et l’égalité des chances. Il devrait être présenté au Parlement en 2015.

Mais ce sont les mesures générales destinées à agir sur les entreprises pour relancer l’investissement et l’emploi qui ont été les plus ambitieuses. Outre la volonté de développer les industries du futur,  avec les 34 plans industriels d’avenir, le gouvernement a lancé un vaste plan d’aide aux entreprises, le Pacte de responsabilité, annoncé en décembre 2013, destiné à alléger les charges de 41 milliards d'euros.

Les conséquences économiques pour l'ensemble du secteur industriel

Pour maintenir le taux de chômage à un niveau stable, la France doit créer 120 000 emplois par an avec un stock de chômeurs de cinq millions de personnes. Or sur douze mois, entre le troisième trimestre 2013 et le troisième trimestre 2014 l’emploi global est resté étal. L’emploi industriel a encore baissé de 39 000 personnes sur cette période. La croissance est trop faible pour soutenir l’emploi. Car si le PIB a crû de 0,3% en 2013 comme en 2012, contre 2,1% en 2011, la production industrielle recule de nouveau en 2013 mais moins fortement (-0,5 %)  après -1,5 % en 2012. Et l’indicateur de confiance des ménages a atteint son niveau le plus bas en juin 2013. Or c’est précisément la confiance des ménages qui peut induire une relance de la consommation et donc de l’investissement. Les résultats macro-économiques sont donc médiocres, l’Etat, comme acteur économique, étant aussi un facteur de baisse de la demande pour remplir ses objectifs de baisse des déficits publics.

Le gouvernement s’est par ailleurs invité depuis 2012 dans de nombreux dossiers industriels dont quelques entreprises majeures, Arcelor Mittal, PSA, Alstom, pour faire modifier par les dirigeants leur plan initial d’adaptation. Dans le cas de PSA, le plan proposé en 2012 par le constructeur a été jugé inacceptable par le président de la République qui estimait qu’il devait être renégocié. La direction en échange d’une garantie de financement pour sa filiale de financement a accepté de modifier son plan en s’engageant à n e pas procéder à des licenciements secs. Ce plan a été approuvé par le CCE en avril 2013. Ultérieurement, le projet industriel avec Dong Feng s’est traduit par une prise de participation de l’Etat dont l’impact réel reste à démontrer.  Le choix du partenaire industriel d’Alstom par ses dirigeants, General Electric, a finalement été confirmé après de nombreux rebondissements pour imposer une autre solution. GE a dû négocier le rachat des actifs énergétiques en proposant des aménagements techniques mais il est aujourd’hui clairement le seul décideur. Le décret pris à la suite de ce dossier sur le contrôle des investissements stratégiques étrangers en France a été vivement critiqué

Dans de nombreux cas, l’intervention du gouvernement a été maladroite. Privilégier Bouygues comme partenaire pour SFR plutôt que Numéricable, choisi par le propriétaire de SFR, Vivendi, s’est révélé imprudent et contre-productif. Aujourd’hui, on parle même d’un rachat de Bouygues télécom par le propriétaire de SFR, Patrick Drahi.

Rien ne permet de dire que l’Etat est mieux placé pour opérer les choix industriels que les industriels eux-mêmes. In fine, les haut-fourneaux de Florange ont été fermés car la logique technique et économique le justifiait, GE est aux commandes, PSA continue à se battre pour sécuriser sa position en Europe et avancer en Chine. La réalité économique s’impose.

Comprendre scientifiquement l’impact réel de l’action publique en matière économique, et singulièrement dans le domaine industriel, implique une démarche de recherche rigoureuse, faisant appel à des modèles macroéconomiques et à un suivi statistique. De plus ce type de démarche analytique, qui s’inscrit dans un contexte économique international ouvert, multifactoriel, conduit généralement à beaucoup de prudence dans l’interprétation des faits, entre l’action initiale et ses résultats dans le temps.

Les causes d’échec d’une stratégie sont multiples. Le pouvoir prend des mesures par rapport à son diagnostic  de la situation, qui peut être inapproprié. La mécanique législative qui permet de concrétiser ces mesures est lente. Plus encore l’impact mesurable des décisions, mises en œuvre par l’administration et effectivement connues des chefs d’entreprise, est difficile à évaluer. Car est-ce la mesure gouvernementale qui a provoqué leur inflexion de comportement ? Quel est l’effet réel à moyen terme ? C’est particulièrement sensible en matière fiscale et en matière d’emploi. L’analyse précise de l’impact du CICE (Crédit d’impôt compétitivité emploi), lent à démarrer mais qui semble après 14 mois porter ses fruits avec 11 milliards € d’allégements d’impôts, sera riche d’enseignements. 

Or l’action politique exige des actions, fortes, médiatiques, pour rassurer l’opinion, satisfaire les électeurs et infléchir  le cours spontané de l’économie avec des résultats visibles. Si sur le plan macro-économique la lecture des résultats est complexe, c’est encore plus vrai sur le plan micro-économique où l’action directe publique  est limitée par le pouvoir de gestion des propriétaires des entreprises. La loi Florange a ainsi été jugée par le Conseil constitutionnel "contraire à la liberté d’entreprendre et au droit de propriété". En dépit de la volonté politique, il faut se rendre à l’évidence : piloter un pays comme la France sur le plan économique est délicat et ne peut apporter les résultats spectaculaires propres à satisfaire l’opinion à court terme. Mais c’est parce que les faits sont têtus que les gouvernements ne se lassent pas de vouloir imprimer leur marque par forces déclarations qui faute de moyens techniques appropriés occupent un instant l’espace médiatique. Faute de capacité réelle d’action, on se contente d’un marketing narratif alimenté par les communicants.

Bilan de l'interventionnisme étatique

Le rapport annuel de l’Insee 2014, publié en novembre, donne des chiffres sans appel. Le chômage de longue durée a augmenté en France depuis 2012. Il concerne 1,1 million de personnes, quatre chômeurs sur dix et touche toutes les populations structurellement défavorisées. 4,5 millions de personnes sont concernées par les minima sociaux. Entre 2008 et 2012, la croissance des bénéficiaires du RSA a été de 26%. Si cette situation structurelle ne peut être imputée au quinquennat actuel, elle ne montre aucun signal d’amélioration. S’il est un point sur lequel il devrait y avoir un consensus transpartisan, c’est que la situation de l’emploi et donc la situation économique de la population ne cesse de se dégrader.

Néanmoins, tout gouvernement français se sent obligé d’intervenir dans le domaine industriel. C’est une constante dans un pays colbertiste où l’Etat, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, se pense légitime à agir pour infléchir la logique des industriels. Le "meccano industriel" est une activité pratiquée par tous les gouvernements, pour constituer des ensembles industriels conformes à leurs vœux. Cette activité, tant de l’Etat actionnaire que de l’Etat stratège, a des conséquences de long terme. Le dépeçage de la Compagnie générale d’électricité, le Siemens français, en 1998 s’est traduit par une constante perte d’influence mondiale dans ce secteur porteur comme en témoignent les difficultés d’Alcatel et d’Alstom. Nul ne peut dire ce qu’il en sera d’Alstom et de PSA à moyen terme. Les problèmes complexes d’Areva, qui appartient à 83% à l’Etat, démontrent aussi que l’Etat actionnaire est, comme les autres, confronté à des difficultés de gestion.

Cette action publique ne se limite pas aux secteurs stratégiques comme l’énergie, les transports, les infrastructures, les industries d’armement. Elle est large et concerne de multiples secteurs et entreprises. En période de chômage, elle confine à l’activisme car toute annonce de fermeture d’usine ou d’acquisition est perçue comme une mauvaise nouvelle pour l’emploi et implique donc une intervention publique, même si les moyens d’actions sont limités. Historiquement l’Etat a développé à travers ses corps d’ingénieurs, ses entreprises nationalisées et son administration territoriale une expertise qui lui permet de penser qu’il agit, lui mieux que l’entreprise privée, dans le sens de l’intérêt général. Son intervention dans l’activité industrielle est donc non seulement légitime, elle serait indispensable. Ce parti pris est persistant et ne se limite pas aux partis de gauche.

Toutefois le mandat d’Arnaud Montebourg restera à cet égard emblématique. Omniprésent, péremptoire, il a illustré cette forme de "modèle français" activiste et largement impuissant à l’épreuve des faits.

 

Le logement, par Michel Mouillart :

Le niveau d’offre du logement prévu au début du mandat du gouvernement

Pour comprendre ce qui était prévu et ce qui a été fait, il faut se souvenir que dès 2010 l'effondrement des  marchés immobiliers, dont la construction, consécutif à la grande dépression a été maîtrisé : le niveau de la construction a remonté, puisque 2011 a vu plus de 420 000 mises en chantier. C'est dans ce contexte que les candidats à la présidence de la République ont pour la plupart porté le projet de construction de 500 000 logements. Il se trouve qu'entre le projet et la réalité, les interventions des pouvoirs publics contrarient la réalisation du projet.

Les mesures prises par le gouvernement

Dès l'été 2011, la crise des dettes souveraines produit un nouveau choc sur le secteur  de la construction. Dans ce contexte on aurait pu penser que les pouvoir publics, à nouveau, viendraient enrayer les conséquences de cette nouvelle crise. En réalité ils ont fait le contraire. Dès le premier janvier 2012 les dispositifs de soutien à l'investissement locatif ont été mis en arrêt, le prêt à taux zéro a commencé à être dénaturé, et à partir de mai 2012 les annonces répétées des pouvoirs publics en direction des investisseurs ont convaincu ces derniers que le temps n'était plus à l'investissement locatif. Conséquence : la construction s'est effondrée en 2012, 75 000 mises en chantier ont été perdues.

C'était la première fois depuis plus de 30 ans que l'action des pouvoir publiques était pro cyclique, c’est-à-dire qu'elle venait renforcer la phase de cycle. A compter du 1er janvier 2013 les dispositifs de soutien à l'investissement locatif ont encore été dégradés, comme le prêt à taux zéro, et en plus de cela la menace d'un dispositif d'encadrement des loyers a commencé à se préciser. Par conséquent la construction a continué de reculer, au point qu'au milieu de l'année 2014 c'étaient 300 000 logements qui étaient mis en chantier. 120 000 logements par an avaient donc été perdus entre 2011 et 2014. C'est l'illustration parfaite des conséquences négatives qu'une action publique peut avoir.

Dans le même temps les conditions de crédits se sont améliorées d'une façon jamais constatée par le passé. Précisément, on aurait dû assister à un rebond de l'activité des marchés. Si seulement ce rebond n'avait pas été contrarié par l'Etat...

Les conséquences pour le secteur du logement

La crise quantitative du logement a été durcie. Le dérèglement des mécanismes de formation des loyers s'est aggravé, car en situation de pénurie aucun marché ne peut fonctionner dans des conditions socialement satisfaisantes. L'action des pouvoirs publics a entraîné une aggravation des difficultés d'accès au logement pour les plus modestes, mais aussi la destruction d'appareils de construction : des entreprises ont fermé, et celles qui ont résisté l'on fait au prix de licenciements.

En aucun point la situation du secteur du logement n'aurait été aggravée si le gouvernement s'était abstenu de mener ces actions publiques. Nous aurions économisé les trois quarts de la chute d'activité que nous venons de décrire. Il est permis de penser qu'avec une évaluation préalable, cela n'aurait pas eu lieu. Et lorsqu'il y en a une qui est faite, c'est toujours un peu tardivement. Quand les pouvoirs publics veulent infléchir la situation, le coût du réinvestissement public devient exorbitant, car remettre sur les rails une machine qui a été en partie cassée, c'est infernal. Cela risque de décourager encore plus les actions positives des pouvoirs publics. Il faudra du temps pour reformer des salariés à des niveaux de compétences qui ne consistent plus à aligner des briques sur un mur.

 
Commentaires

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  • Par D'AMATO - 24/11/2014 - 12:44 - Signaler un abus CONSTAT

    ...à 12H30 encore aucun commentire.... ça doit bigrement réflechir En tout cas excellente question mon cher Watson....

  • Par zouk - 24/11/2014 - 13:34 - Signaler un abus Et si l'Etat ne faisait RIEN

    Il semble bien que l'accumulation d'erreurs, d'hésitations, d'atermoiements, de cafouillages et démentis epuis Mai 2012 de notre Gouvernement conduisent inexorablement à ce souhait.

  • Par lepaysan - 24/11/2014 - 14:03 - Signaler un abus L'idélogie collectiviste francaise

    Article très juste mais que peut on faire pour sortir de l'idéologie collectiviste et interventioniste francaise qui conduit le pays à la ruine Ce choix poiltique est largement partagé par la population, soutenu par les corps intermédiaires de l'état et la masse des salariés à emploi protégés. Le découragement gagne les personnes qui travaillent vraiment, je me refère au secteur privé.

  • Par le Gône - 24/11/2014 - 15:06 - Signaler un abus Ah nom de Dieu

    mais il ne fait rien "faignasse 1er"...et ce qu'il tente est tellement imbécile cela nous enterre chaque jour u peu plus.

  • Par jmpbea - 24/11/2014 - 19:16 - Signaler un abus Le pantin qui n'arrive pas à se gouverner lui même...

    ne merite plus que du mépris....rien ne bougera sauf nos impots et taxes...

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Jean-Pierre Corniou est directeur général adjoint du cabinet de conseil Sia Partners. Il est l'auteur de "1,2 milliards d’automobiles, 7 milliards de terriens, la cohabitation est-elle possible ?" (2012).

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Michel Mouillart

Michel Mouillart est professeur d'économie à l'Université Paris X, spécialiste de l'immobilier et du logement.

Il est le co-auteur de La modernité des HLM : Quatre-vingt-dix ans de construction et d'innovations (La Découverte, 2003).

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Jean-Luc Bœuf est directeur général des services de la ville et de la communauté d’agglomération de Quimper. Il vient de publier Un seul lit pour deux rêves, la France et ses régions  et anime le site www.jean-luc-boeuf.fr

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Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.

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