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Fiac 2013 : comment le protectionnisme, le copinage et la fiscalité ont tué le marché de l'art en France

Alors que se tient du 24 au 27 octobre la Foire internationale de l'Art contemporain au Grand Palais, le marché de l'art dans notre pays se meurt doucement. Tour d'horizon des raisons qui expliquent ce phénomène.

L'Art en crise

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Fiac 2013 : comment le protectionnisme, le copinage et la fiscalité ont tué le marché de l'art en France

Speed Limit, François Curlet, 2012. Crédit Courtesy Galerie Micheline Szwajcer, Antwerp © ADAGP

Le rapport annuel du marché de l’art contemporain publié par Artprice montre que la France demeure le 4ème marché mondial, certes, mais loin derrière le trio de tête. Les Etats-Unis représentent 33,72% du marché, à quasi égalité avec la Chine avec 33,70%, suivis du Royaume-Uni avec 21,10%. Puis arrive la France avec… 2,79%. On le voit, il y a surtout trois acteurs majeurs, puis des places secondaires (Allemagne, Suède, Qatar, Turquie, Taiwan) parmi lesquelles la France se classe en première position.

Pourtant il n’en a pas toujours été ainsi.

Paris, qui fut dans la première moitié du XXe siècle la capitale mondiale des arts, a longtemps dominé le marché des ventes. En 1952, la plus grande maison parisienne de ventes aux enchères, Ader, réalisait à elle seule un chiffre d'affaires supérieur à celui de Sotheby's et Christie's réunies ! Mais, pour protéger son marché, les autorités ont fermé hermétiquement le marché français. Les deux maisons anglaises n’ont alors eu d’autres choix que de développer leurs implantations à travers le monde de façon à compenser la perte du marché français. Aujourd’hui, c’est ce réseau international qui fait leur force, qui fait de ces deux sociétés les leaders mondiaux incontestés du secteur, tandis qu’Ader a disparu corps et biens depuis longtemps.

Lorsque la gauche arrive au pouvoir en 1981, elle veut promouvoir la création contemporaine. Mais cela passe bien sûr par l’intervention publique, et c’est ainsi que sont créés les FRAC (Fonds régionaux d’art contemporain) et le FNAC (Fonds national d’art contemporain), qui dispose d’un budget équivalent à la totalité des fonds régionaux. Conséquence logique, pour un galeriste, il importe surtout d’avoir les bons contacts au sein de la sphère publique de façon à s’assurer un flux régulier de chiffre d‘affaires. La commande publique prédomine, et le copinage qui va avec, elle n’incite pas les galeries à rechercher les collectionneurs ou à se développer à l’international. Résultat, la cote des artistes français contemporains se situe en net retrait par rapports à leurs collègues des autres grands pays.

La hausse continue de la fiscalité représente aujourd’hui le danger majeur qui menace les derniers acteurs importants. Déjà l’année dernière, l’une des plus grandes galeries parisiennes, Jérôme de Noirmont, avait annoncé qu’il mettait la clé sous la porte, dénonçant une "pression fiscale étouffante". La semaine dernière, les acteurs du marché de l’art ont finalement réussi à obtenir l’annulation du relèvement de la taxe à l'importation des œuvres d'art de 7% à 10 %, et qui aurait marginalisé encore plus la place de Paris. Mais la "créativité fiscale", ou la demande récurrente de réintégrer les œuvres d’art dans le calcul de l’ISF, constituent des menaces permanentes qui dissuadent les investisseurs et éloignent les collectionneurs. Pour finalement tuer à petit feu le marché de l’art.

Heureusement, il reste à Paris ses grandes foires internationalement reconnues, comme la FIAC cette semaine, mais aussi la Biennale des Antiquaires, le Salon du dessin, Paris Photos, Paris Tableaux, etc. Mais attention, déjà le patron de la Biennale a menacé de tout arrêter, ulcéré par le fiscalisme incessant et le mépris du pouvoir (aucun ministre n’est venu honorer de sa présence ce qui est la plus grande foire internationale d’objets d’art). Ces grands événements internationaux constituent le dernier rempart, s’il cède la France sera définitivement marginalisée.

A lire de l'auteur de cet article : La révolution du Bitcoin et des monnaies complémentaires : une solution pour échapper au système bancaire et à l'euro ?, Philippe Herlin (Atlantico Editions). Pour acheter ce livre, cliquez ici.


 

 
Commentaires

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  • Par golvan - 24/10/2013 - 12:23 - Signaler un abus On peut voir le sujet sous un

    On peut voir le sujet sous un autre angle et considérer que ça n'est pas le marché de l'art contemporain qui est en crise mais l'art contemporain lui-même qui apparaît de plus en plus comme une gigantesque fumisterie, dont les cours sont totalement artificiels et manipulés par les marchands d'art et les hyper-riches à la recherche de placements qui échappent au fisc. Combien seraient revendues certaines "oeuvres" achetées des fortunes il y a quelques années si la connivence entre marchands et clients (bernés ou complices) était révélée ? Quand un crétin achète une fortune un veau conservé dans du formol, on se dit que le soi-disant artiste qui lui a vendu cette fumisterie est un génial escroc. Et tout le marché de l'art contemporain est du même tonneau, avec des Bouvard et Pécuchet qui, ne sachant que faire de leur argent, sont entourés d'une nuée de parasites dont les "oeuvres" n'existent pas en elles-mêmes mais seulement à travers le discours qu'on en tient. Il faut entendre Pineau commenter les oeuvres de son musée vénitien pour rigoler un bon coup. Alors que ces conneries soient taxées à 5% ou 7% je crois que tous les lecteurs de ce site s'en foutent royalement.

  • Par lsga - 24/10/2013 - 14:55 - Signaler un abus Il y a une bulle sur le marché de l'art

    une bulle ÉNOOOOORME

  • Par VV1792 - 24/10/2013 - 22:39 - Signaler un abus @golvan

    Je confirme, on s' en fout Royalement.. Et meme que, si la mdr en bocal ou les lustres en tampax voyaient leur cote chuter au niveau de la bouse a laquelle ils ressemblent, on s' en porterait bcp mieux et on aurait certainement moins de tares dans les rues...

  • Par jean fume - 24/10/2013 - 23:57 - Signaler un abus golvan le décrit parfaitement.

    il n'y a pas lieu d'en rajouter !

  • Par vangog - 25/10/2013 - 00:45 - Signaler un abus @Claude-Michel Non, l'art, ce n'est pas l'argent,

    l'art, c'est la création! Car l'Art existe avant même que l'il ne franchisse la porte d'une galerie... Et il est même un peu plus pur avant d'y entrer qu'après. Mais là n'est pas le sujet, le sujet c'est la création et force est de constater qu'elle est totalement en panne en France! Pourquoi? Car elle poursuit le même processus que toute création non artistique, elle se nourrit de Liberté et de pluralisme. Or la création française subit l'influence délétère des politiques gauchistes ( UMP inclus), remplaçant la décision individuelle par l'arbitraire collectif, l'intuition créative par la concertation sans fin, la pureté du message artistique par la corruption et l'inversion des idées et des valeurs! Au milieu de ce Maelström sans queue ni tête, l'artiste, qui est le meilleur témoin de son temps, ne peut fixer sa pensée sur un thème précis, ce qui l'oblige à répéter inlassablement le déjà fait, le déjà vu de l'artistiquement correct", en utilisant le médiocre médium de la pensée unique. Comme dans les ex-dictatures socialistes, l'artiste français historique a disparu progressivement derrière des artisans sans âme de l'Art officiel qui joue sans conviction à se faire peur...

  • Par gueux et preux - 25/10/2013 - 00:45 - Signaler un abus Un livre à lire

    qui résume assez bien la situation du monde de l'art actuel: "Grands et petits secrets du monde de l'art" par Danièle Granet et Catherine Lamour. Edifiant!

  • Par gueux et preux - 25/10/2013 - 00:52 - Signaler un abus Sinon

    pour ceux qui sont vraiment rétifs à l'art contemporain estampillé FRAC,le site artodyssey déballe une profusion d'artistes vraiment bons et de notre temps.

  • Par yt75 - 30/10/2013 - 15:23 - Signaler un abus vestale

    Ci-dessous œuvre de 92/93, gratuite mais sous copyright "vestale sous contraintes, exercice ludique en courrier 10" : https://vimeo.com/64412828

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Philippe Herlin

Philippe Herlin est chercheur en finance, chargé de cours au CNAM.

Il est l'auteur de L'or, un placement d'avenir (Eyrolles, 2012), de Repenser l'économie (Eyrolles, 2012) et de France, la faillite ? : Après la perte du AAA (Eyrolles 2012) et de La révolution du Bitcoin et des monnaies complémentaires : une solution pour échapper au système bancaire et à l'euro ? chez Atlantico Editions.

Il tient le site www.philippeherlin.com

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