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Faible en Russie, fort en Europe de l’Ouest : pourquoi nous ne comprenons pas la puissance réelle de Poutine

Malgré ses prises de position qui ont renforcé la mauvaise santé économique du pays, le président Russe continue de fasciner beaucoup d'occidentaux.

Double myopie

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Faible en Russie, fort en Europe de l’Ouest : pourquoi nous ne comprenons pas la puissance réelle de Poutine

Le président russe Vladimir Poutine. Crédit Reuters

Atlantico :  Vladimir Poutine doit affronter la baisse rapide du baril de pétrole qui pénalise durement l'économie russe, et fait naître la grogne dans les milieux économiques russes. Le président russe est-il en train de s'affaiblir dans son pays ?

Cyrille Bret : Depuis le début de la crise en Ukraine, l’affaiblissement de la Fédération de Russie est patent sur bien les plans. Toutefois, l’affaiblissement à court et moyen terme de son Président est, quant à lui, incertain – ce qui ne laisse pas d’étonner en Europe. Le Président Poutine de subira pas immédiatement les conséquences politiques des déboires économiques du pays.

Pour apprécier l’affaiblissement de la Russie et de son Président, il convient de distinguer soigneusement les perceptions des réalités et les tendances structurelles des phénomènes plus conjoncturels.

La baisse des cours du pétrole est seulement le plus récent des handicaps pour la Russie : elle est largement extrinsèque car elle provient de la combinaison de la montée en puissance des gaz et pétroles de schiste américains, des projections concernant l’exploitations de nouveaux gisements et du fléchissement de la consommation en Europe. Si la Fédération de Russie est conjoncturellement affectée par cette dégradation des cours des hydrocarbures, elle est structurellement affaiblie par les décisions de la présidence durant la période récente, tout particulièrement depuis le milieu de 2013.

L’attitude du Président russe durant la crise ukrainienne a d’abord suscité, depuis l’hiver 2013, des fuites de capitaux massives depuis un pays qui manque déjà cruellement d’investissements de long terme. De plus, l’accès des banques russes aux marchés internationaux s’est réduit. Ce déséquilibre dans la balance des paiements courants a entrainé une baisse du cours de la monnaie nationale malgré les interventions de la Banque centrale – ce qui était prévisible dans un régime de change flottant et a été accentué par les déclarations bravaches de la présidence et du Premier ministre sur l’insensibilités de la Russie aux sanctions. Une fois les deux vagues de sanctions décidées, la crise de la balance des paiements s’est doublée d’une accentuation de la crise de la balance commerciale : déjà largement importatrice de biens manufacturés et de denrées alimentaires, la Russie s’est trouvée en butte à des restrictions d’exportations subies et à des renonciations volontaires d’importation, au titre des contremesures. La croissance russe pour 2014 sera sans doute nulle et les maux structurels de l’économie russe : dépendance à l’égard des exportations d’hydrocarbures, faiblesse des investissements domestiques et atonie de la production des biens de consommation courante. Les décisions régaliennes du Président Poutine sont directement responsables de cette spirale négative pour l’économie russe. Ce déclin économique se double d’un isolement diplomatique qu’il est presque superflu de souligner. Il suffira de rappeler que la Fédération de Russie peine même à trouver un soutien chinois à l’ONU pour sa politique en Ukraine. Là encore, c’est la manière forte choisie par le Président russe qui est en cause.

Pour autant, l’affaiblissement objectif de la Russie entrainera-t-il nécessairement l’affaiblissement de son Président ? Rien n’est moins sûr en raison du découplage entre réalités et représentations. Après l’ère eltsinienne du mépris de la Russie pour elle-même, la nouvelle présidence a rendu aux Russes une certaine fierté. La « capacité de nuisance » envers les intérêts des Occidentaux n’est qu’un des aspects très visibles en Europe de la reconstruction d’un honneur national fondé sur les ingrédients éprouvés au fil de l’histoire russe et de la période soviétique de la puissance militaire, de la cohésion autour de valeurs conservatrices orthodoxes et du rayonnement international par le sport, les médias et… un pouvoir politique fortement incarné.

A court terme, le Président Poutine pourrait même sortir renforcé d’une épreuve collective où l’adversité aura vocation – comme souvent dans l’histoire russe – à souder le peuple autour de son symbole. A moyen terme, le Président Poutine ne verra son prestige intérieur s’éroder que si son dynamisme extérieur et intérieur ralentit. Par exemple, sa capacité à peser sur la dramaturgie des événements internationaux, sa présence dans les médias nationaux ou encore sa stratégie d’influence dans les élites européennes ne doivent pas faiblir s’il entend préserver son aura.

Pourquoi le président russe conserve-t-il malgré tout cette image "d'homme fort de Moscou" alors même que ses adversaires sont tout aussi puissants ? Est-ce le résultat d'une stratégie de communication, ou seulement un aveuglement des opinions publiques occidentales ?

Cyrille Bret : Les racines de l’image du Président russe à l’étranger et en Russie sont profondes. Vous pointez deux d’entre elles à juste titre. Mais d’autres, plus anciennes et plus indépendantes de la personnalité du président, sont à l’œuvre.

D’une part, les opinions publiques occidentales – et plus spécialement les rédactions des grands médias occidentaux à rayonnement planétaire – adorent détester le Président Poutine. Qui ne rêve d’un adversaire aussi parfait ? Ses opérations de communications photographiques et vidéos, ses dérapages verbaux soigneusement contrôlés, ses attitudes martiales et son passé d’homme du renseignement fournissent aux opinions un aliment simple à la dramaturgie connue qui rétablit une continuité entre l’URSS « empire du mal » selon Reagan et la Russie contemporaine, Etat belliqueux aujourd’hui. La fascination et la paresse des Occidentaux pour « le meilleur ennemi » de l’Occident entrent pour beaucoup dans cette perception du Président russe.

D’autre part, la stratégie de communication du Kremlin est constante et évidente : elle a aujourd’hui plus d’une décennie de succès à son actif. Plus le Président russe accentue son image de réaliste dur des relations internationales, plus son opinion interne le soutient – par réflexe patriotique et par revanche à l’égard de l’ère elstinienne. Mais son gain est également externe : à la différence de Hugo Chavez dont le rayonnement est essentiellement continental, Vladimir Poutine intervient dans tous les dossiers de portée mondiale. A la différence de Xi Jinping, Vladimir Poutine apparaît comme dégagé des entraves d’une direction collective. Il est donc en position d’être le contradicteur en chef de l’Occident. Plus il s’affirme dans sa rupture – très contrôlée – avec les Américains et les Européens, plus il se pose en contre-modèle. Il pourra même à terme, s’il dépasse le cadre étroitement chauvin auquel il se cantonne parfois, obtenir un rayonnement assez large dans les relations internationales.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 23/11/2014 - 16:32 - Signaler un abus Expliquer la politique actuelle russe par le XIXeme siecle,

    la révolution russe et les partis, soi-disant, extrêmes d'UE, c'est tellement Science-Po et tellement inefficace... Aucune référence, dans ces trois pages d'histoire ancienne, à l'élection Poutinesque, pour 24 ans, grâce à un "système" oligarchique, aucune étude politique de l'économie russe, gérée par les ex-apparatchiks du socialisme, aucune allusion à l'envahissement d'un pays voisin, après l'asservissement de tous les pays de la zone d'influence russe! Ces faits sont probablement trop proche pour des sciences Pipo! mieux vaut se référer au passé...et oublier que la globalisation à accéléré l'histoire et submergé les vieux stéréotypes historiques!

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Florent Parmentier

Florent Parmentier est maître de conférences à Sciences Po. Il a récemment publié, aux Presses de Sciences Po, Les chemins de l’Etat de droit, la voie étroite des pays entre Europe et Russie. Il est le créateur avec Cyrille Bret du blog Eurasia Prospective.

Twitter : @florentparmenti

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Cyrille Bret

Cyrille Bret, ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, de Sciences-Po Paris et de l'ENA, et anciennement auditeur à l'institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) est haut fonctionnaire et universitaire. Après avoir enseigné notamment à l'ENS, à l'université de New York, à l'université de Moscou et à Polytechnique, il enseigne actuellement à Sciences-Po. Il est le créateur avec Florent Parmentier du blog Eurasia Prospective. @cy_bret

 

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