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Face à "l'idole Argent", la révolution du Pape François

François, premier pape moderne non-européen, appelle à "une révolution culturelle courageuse" pour bâtir une nouvelle civilisation. Cet appel suscite un écho universel et inédit. C'est aussi une chance historique pour le catholicisme : on le croyait en déclin, mais il peut devenir une avant-garde si tous les catholiques se mobilisent à l'appel de ce pape qui fait bouger les lignes. Extrait de "Face à l'idole argent - La révolution du Pape François" Patrice de Plunkett, aux éditions Artège 2/2

Bonnes feuilles

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Face à "l'idole Argent", la révolution du Pape François

Si la voix du pape François rejoint des millions d’auditeurs au-delà des populations catholiques, c’est qu’il parle – avec les mots de tout le monde – d’une réalité que tout le monde subit : l’emprise de la société de marché sur la vie quotidienne ; et notamment le « consumérisme obsessionnel », que François définit comme le « reflet subjectif » du système marchand : autrement dit, le formatage de nos comportements.

« Le marché tend à créer un mécanisme consumériste compulsif pour placer ses produits », écrit François au paragraphe 203 de Laudato Si’. Ce mécanisme, dit-il, consiste à « submerger » les individus « dans une spirale d’achats et de dépenses inutiles ». Plus le coeur de la personne sera « vide », plus elle aura « besoin d’objets à acheter, à posséder et à consommer » : le système vide nos coeurs de tout ce qui n’est pas désir d’achat, fétichisme d’objets toujours plus « technologiques », conçus pour être toujours jetés, toujours remplacés, à un rythme de plus en plus rapide… Cette surenchère accélérée est le ressort de ce qu’on appelle la « croissance », et c’est une spirale du vide qui aspire l’individu en tant que consommateur.

Mais le même individu, en tant que salarié, est en proie à une autre spirale : celle d’une économie financiarisée qui déshumanise la vie professionnelle. Pris entre cette déshumanisation au travail et le néant du consumérisme, l’individu cherche quoi invoquer pour que sa vie ait du sens… Ni le politique, ni l’éthique, ni la culture, ni même le for intérieur, ne semblent garder consistance dans notre société : ils sont rongés par le culte de l’Idole, qui renvoie l’individu au consumérisme. Qui peut tenir dans cette ambiance absurde ?

D’où le malaise dans la civilisation : la perte de « la conscience d’une origine commune, d’une appartenance mutuelle et d’un avenir partagé par tous », selon le diagnostic de Laudato Si’ (§ 202)... Voilà ce que le système inflige aux peuples – et pourquoi ils tendent l’oreille aux paroles de François.

Prédateur, nuisible à l’économie réelle qu’il prétend incarner, ce système est dit « ultralibéral » comme s’il s’agissait d’un excès ou d’une nouveauté. Ne s’agirait-il pas plutôt du libéralisme à l’état pur, sans contrepoids : un libéralisme réalisé, comme il y eut autrefois – en URSS – le socialisme réalisé ?

Tous les théoriciens assurent que si leur système ne marche pas, c’est qu’on ne l’a pas encore assez (ou pas « vraiment ») réalisé : c’est ce que disaient les derniers apologistes du communisme, dans les années 1970 ; c’est ce que disent les arrière-neveux de Milton Friedman dans la seconde décennie 2000. Mais le système est là, sous nos yeux : c’est celui qu’a imposé au monde la « révolution libérale » des années 1990. Ses effets sont autour de nous : un malaise dans la civilisation, une économie d’Ubu, une « libération » qui opprime. Et l’environnement ravagé.

Extrait de "Face à l'idole argent - La révolution du Pape François" Patrice de Plunkett, publié aux éditions Artège, 2015. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 01/01/2016 - 21:10 - Signaler un abus Le libéralisme, un socialisme réalisé???

    L'absence de connaissance de ce qu'est le libéralisme fait dire beaucoup de conneries à certains! Le socialisme réalisé est le communisme, soit l'intervention maximale de l'état dans la vie des citoyens, soit l'exact inverse du libéralisme! Ce pape est un cretin, qui mélange tout et fait les mêmes inversions sémantiques que la gauche, pour tenter de surmonter ses contradictions internes. La société non consumériste et spirituelle dont il reve est la société communiste, où l'état s'occupe de tout subvenir au citoyen, afin que celui-ci ne se préoccupe que de son propre épanouissement, ce qui constitue une absurdité sans nom! La possession est un des quatre grands idéaux et le pape voudrait abstraire cet idéal, voulant lui substituer l'amour. Ça ne fonctionne pas comme cela, car les idéaux humains sont intangibles. Mais il a toujours existé des dictateurs pour tenter d'en abstraire un ou deux, avec les conséquences mortelles que l'on connait...

  • Par cloette - 01/01/2016 - 23:33 - Signaler un abus mais non Vangog

    Je donne un exemple pour expliquer ce qu'il dit ou ce que j'ai compris : Un écrivain qui écrit un roman ou tout autre créateur aura une expérience personnelle plus intense que l'individu lamda qui s'achète l'objet de ses rêves , le dernier smartphone ou la dernière moto ( selon ses moyens ) . D'autre part il explique que la croissance s'appuie sur ce consumérisme et doit donc le provoquer de façon infinie , or les ressources de la planète n'étant pas infinies il y a incompatibilité et dégradation de celle ci ...... Il fait un constat d'économiste !

  • Par Le gorille - 02/01/2016 - 05:40 - Signaler un abus Mais non Vangog ! moi aussi !

    Merci pour le titre, Cloette ! Non Vangog, le pape n'est pas crétin et il n'associe pas d'une part un "libéralisme réalisé" et d'autre part un "socialisme réalisé". Il dénonce l'excès d'emprise sur les individus de chacun des deux systèmes, chacun à sa manière.

  • Par Le gorille - 02/01/2016 - 05:49 - Signaler un abus La possession n'est pas un idéal

    Vangog, quand vous mourrez (le plus tard possible, je vous le souhaite), vous n'emporterez rien. Comment alors pouvez-vous placer la "possession" d'objets matériels au rang d'un idéal ? Un idéal qui se heurte à une fin inéluctable ? Il y a contradiction. L'idéal est plutôt d'être bon gestionnaire des biens matériels à nous confiés le temps de notre vie. "Confiés" : nous sommes en fait locataires. La réflexion conduit très loin, et je préfère vous laisser en tête à tête avec vos livres.... Un exemple : Jésus Christ n'avait pas même de quoi poser sa tête pour dormir. Et c'est de la vie de cet homme (Homme-Dieu, dois-je le préciser ?) que date le calendrier et notre civilisation...

  • Par sapiensse - 02/01/2016 - 07:26 - Signaler un abus mots creux

    C'est classique : plus les mots sont généraux, plus ils sont polysémiques et on y met ce qu'on veut. Sans aucun mal on peut dire que le Vatican a aussi pour idole l'argent, sinon il n'épargnerait jamais et vivrait comme Saint François d'Assise, pauvre parmi les pauvres... Mais ça c'est pas pour demain que le Vatican va revendre ses biens pour nourrir les affamés. Donc les chrétiens font comme tout le monde : on méprise l'argent mais on en veut bien un petit peu quand même, sachant que le "un petit peu quand même" varie de zéro à l'infini. C'est tellement valorisant et déculpabilisant d'être "du côté des pauvres"... On a le même François en France qui vit sous les ors de l'Elysée "du côté des opprimés".

  • Par cloette - 02/01/2016 - 07:55 - Signaler un abus @sapiensse

    Votre commentaire est sans nuance et plein de clichés , il n'est nullement affirmé par le Vatican que l'argent n'est pas utile et source de progrès ( c'est le nerf de la guerre ) il dit simplement que c'est la cupidité' qui tue et que ce ne doit pas être la raison de vivre . Est ce si contradictoire que cela ? Bien sur que non !

  • Par l'enclume - 02/01/2016 - 10:51 - Signaler un abus Toujours aussi nul !

    van gogo - 01/01/2016 - 21:10 - "Le libéralisme, un socialisme réalisé??? L'absence de connaissance de ce qu'est le libéralisme fait dire beaucoup de conneries à certains!" Particulièrement à vous, parce qu'au point de vue connerie, vous êtes un expert certifié. Par contre que vous vous permettez d'écrire que le pape est un "crétin". Permettez moi de vous dire qu'à mes yeux vous êtes un vrai connard F.Haine.

  • Par Ganesha - 02/01/2016 - 18:55 - Signaler un abus Ultra-Libéralisme

    Qu'est-ce que l'Ultra-Libéralisme ? C'est le monde où nous vivons actuellement ! Une statistique mille fois répétée et jamais contestée : dans la quasi totalité des pays du monde, on constate que moins de 1 % de la population possède désormais plus de 50 % des richesses. Et que les inégalités sociales continuent à s’accroître sans le moindre répits. Que ce soit inacceptable et que ce système va s'effondrer très prochainement, le pape ne fait que constater une évidence ! Le Communisme a disparu en 1989, le Capitalisme, ce sera en 2016 ? La grande question : qu'allons inventer pour lui succéder ? J'ai ma petite idée sur le sujet, vous la trouverez dans un autre commentaire...

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Patrice de Plunkett

Patrice de Plunkett journaliste depuis 1972. En 1978, il participe à la création du Figaro Magazine, dont il est rédacteur en chef culture, puis directeur de la rédaction et éditorialiste (1990-1997). Auteur (depuis 1997) de livres-enquêtes sur les phénomènes de société d'aujourd'hui. Chrétien depuis 1985, il est membre de la revue de prospective catholique Kephas et de l'ordre du Saint Sépulcre de Jérusalem (aide aux chrétiens de Terre Sainte). 

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