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Energies marines renouvelables : attention aux pièges dans lesquels l’idéologie peut si facilement nous jeter

Science et politique ne font pas bon ménage : le développement des énergies marines en France en sont une nouvelle illustration.

Garder la tête froide

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Energies marines renouvelables : attention aux pièges dans lesquels l’idéologie peut si facilement nous jeter

Décidément science et politique ne font pas bon ménage, et le développement des énergies marines dans notre pays en sont une belle illustration. Ce qui a été réussi pour le développement de l’énergie nucléaire ou l’aéronautique, c’est-à-dire une volonté politique, des financements et finalement la mise sur le marché d’objets compétitifs a contaminé la pensée du pays. Tout d’abord le succès est relatif, on a beaucoup parlé des retombées extraordinaires du Concorde sur l’industrie nationale, mais on peut aussi constater un échec commercial, on se réjouit de la compétitivité de la fourniture de notre énergie électrique grâce à nos 58 réacteurs, mais on aurait du mal à justifier ce programme par nos exportations !

Nous devrions donc revoir le lyrisme actuel sur nos merveilles et refaire dans nos têtes un meilleur diagnostic. Autrement dit, ne recommençons pas l’auto-flagellation et la repentance qui est notre quotidien dans d’autres domaines, mais restons lucides, pour qu’une politique réussisse il faut de la continuité, de bons techniciens, et des tempéraments d’entrepreneurs qui sont rares chez les fonctionnaires. Largement subventionner peut conduire au succès, mais le plus souvent les prédateurs sont attirés et quelquefois comme on le constate aujourd’hui sur quelques sujets énergétiques les escrocs.

Avec la longueur de nos côtes nationales dans tous les océans, le thème de l’industrie de la mer est politiquement porteur. Cela n’a pas empêché la disparition progressive de nos chantiers navals tandis qu’en Europe et dans le monde d’autres pays y trouvaient un développement fructueux. Dernièrement on a cru comprendre que nous n’avions pas les quelques millions permettant aux Chantiers de l’Atlantique de rester français, et il va nous falloir faire des efforts pour conserver nos chantiers régionaux.

Par contre, l’industrie des algues n’ayant pas passionné les fonctionnaires, de nombreuses initiatives ont été lancées, elles ne demandent qu’à croitre, sous réserve que les banques veuillent bien soutenir les jeunes entrepreneurs et que l’Etat les laisse travailler…

Mais ce qui a passionné le monde politique et administratif, ce sont les énergies marines, ils ont été relayés par les commentateurs régionaux et nationaux, et des millions d’euro ont été déversés pour préparer la mise en place de matériels…qui n’existaient pas encore. Ainsi chez moi, en Bretagne, il n’y avait pas un jour où je n’étais agressé par un militant m’enjoignant de me mobiliser pour l’autonomie de ma région grâce à l’énergie de la mer, et donc d’abandonner mes pratiques douteuses dans les énergies fossiles ou nucléaires. Voyant un polder s’installer dans ma ville natale, Brest, pour accueillir les industries qui allaient relancer l’emploi dans cette cité abandonnée par son arsenal historique, je me suis penché sur ce secteur qui enflammait aussi nos cousins de Lorient, et notre famille éloignée de Cherbourg. J’ai ainsi assisté à la convergence de millions d’euro vers des appareils de plus en plus gros enthousiasmant les journalistes qui participaient ainsi à des premières mondiales bretonnes. Les journaux adorent flatter la fierté des lecteurs, et nous apprenons aujourd’hui que Miss France , ex miss Nord Pas de Calais est née à Fougères, c’est donc une Bretonne ! Hé bien nous avions nos Miss France industrielles à Bréhat, à Ouessant et la Bretagne allait bientôt être autonome avec une énergie renouvelable venant de ses mers. En tant qu’industriel je me méfie des « premières mondiales », si cela marche techniquement il y a souvent des pertes financières record …des retards…et des arrêts, on appelle cela essuyer les plâtres. On peut dire ici qu’entre l’Etat, les Régions et les sociétés nationales on a ainsi dépensé beaucoup avec des objectifs incertains et des industriels optimistes très gourmands d’argent public.

 
Commentaires

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  • Par Borgowrio - 23/12/2017 - 15:28 - Signaler un abus Sacré merdier en perspective

    Excellent , ce monsieur sait de quoi il parle . Combien de milliards les contribuables devront il dépenser avant de prendre conscience qu'on les a menés dans une impasse . Et la facture d'électricité ? Hulot le sait bien qu'elle va exploser , puisqu'il prévoit d'aider ceux qui ne pourront plus la payer .

  • Par moneo - 23/12/2017 - 18:13 - Signaler un abus Merci

    mais qui sait ce que vous énoncez? quelle presse en parle? le problème est que ce qui est n'est pas le réel mais ce qui est donné à voir... et quand la totalité es médias est subventionnée ou appartient à des groupes susceptibles de prendre de ta monnaie verte..

  • Par Ex abrupto - 23/12/2017 - 23:12 - Signaler un abus Hydraulienes

    A-t-on cherché à savoir l'effet de ces hydrauliennes sur les courants marin? Si l'effet papillon peut s,appliquer là, on peut s'inquieter! Pour s,inquieter en positivant et avec intelligence on pourrait faire des simulations certes tres complexes! Du genre de celles qu'on fait sur l'athmosphère et aussi qu'on devrait faire sur les èoliennes.

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Loïk Le Floch-Prigent

Loïk Le Floch-Prigent est ancien dirigeant de Elf Aquitaine et Gaz de France, et spécialiste des questions d'énergie.

Ingénieur à l'Institut polytechnique de Grenoble, puis directeur de cabinet du ministre de l'Industrie Pierre Dreyfus (1981-1982), il devient successivement PDG de Rhône-Poulenc (1982-1986), de Elf Aquitaine (1989-1993), de Gaz de France (1993-1996), puis de la SNCF avant de se reconvertir en consultant international spécialisé dans les questions d'énergie (1997-2003).

Dernière publication : Il ne faut pas se tromper, aux Editions Elytel.

Son nom est apparu dans l'affaire Elf en 2003. Il est l'auteur de La bataille de l'industrie aux éditions Jacques-Marie Laffont.

En 2017, il a publié Carnets de route d'un africain.

 

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