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En route pour les 100 $ le baril : ces risques économiques et géopolitiques qui nous menacent

Les cours du Brent ont franchi la barre des 80$ ce lundi 24 septembre alors que les groupes de négoce Trafigura et Mercuria ont pu faire état d'une prévision d'un baril à 100$ pour le début de l'année 2019.

Prix du pétrole

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En route pour les 100 $ le baril : ces risques économiques et géopolitiques qui nous menacent

 Crédit Federico PARRA / AFP

Atlantico : Quelles sont les causes de l'emballement des prix du pétrole ? 

 
Stephan Silvestre : Le facteur déclenchant a été la fin de non-recevoir de l’Arabie Saoudite à la demande de Trump de rehausser la production de l’OPEP. La perspective d’une insuffisance de l’offre, dans un contexte où l’Iran, le Venezuela et la Libye se trouvent en situation de baisse de production inquiète les marchés financiers. Actuellement, la demande est en très légère hausse, autour de 99 millions de barils par jour (Mbpj). Ce chiffre est conforme aux prévisions, mais c’est l’offre qui peine à atteindre ce niveau.
Aux USA, où la production ne parvient pas à dépasser les 11 Mbpj, les stocks sont bas. C’est pourquoi Trump a demandé à l’Arabie Saoudite d’augmenter la production de l’OPEP, en invoquant, comme dans ses discussions avec l’Allemagne, l’accord de protection qui les lie. Mais pour le moment, l’Arabie Saoudite souhaite s’en tenir à l’accord qu’elle a conclu avec la Russie pour limiter sa production. Elle estime qu’il n’y a pas encore de pénurie et préfère attendre la fin de l’année (la prochaine réunion de l’OPEP à Vienne est prévue pour le 3 décembre). 
 

Quels sont encore les pays disposant de marges de manœuvre pour détendre cette situation de goulet d'étranglement entre offre et demande ? L'accord de restriction de la production entre les pays de l'OPEP et la Russie peut-il perdurer dans un tel contexte ? 

 
La hausse des prix, bien que préoccupante pour un Trump en pleine campagne électorale, est bienvenue pour la plupart des membres de l’OPEP. C’est pourquoi Riyad prend son temps avant de repartir au feu pour convaincre ses partenaires d’une nouvelle hausse des quotas de production. D’autant plus que très peu d’entre eux pourraient rouvrir les vannes. En dehors de l’Arabie Saoudite, qui dispose d’une marge de manœuvre d’1,5 Mbpj, seuls les Emirats Arabes Unis et le Koweit pourraient agir significativement sur la production (env. 1 Mbpj à eux deux). Tout ceci fera l’objet d’âpres négociations d’ici au meeting de l’OPEP. Mais il faudra compter avec la Russie et surtout l’Iran qui, en pleine guerre psychologique avec les USA, se satisfait d’un prix élevé du baril, seul moyen pour Téhéran d’augmenter ses revenus pétroliers. Toutefois, devant la réussite du dernier accord de quotas, nul doute que l’alliance OPEP-Russie perdurera à Vienne. 
 

Quelles sont les conséquences à craindre d'une telle situation pour les économies occidentales et notamment pour la France ? 

 
Une hausse trop rapide du prix du pétrole se traduira immanquablement par une nouvelle baisse du PIB dans l’OCDE. Un baril de Brent au-dessus de 85$ commencera à impacter négativement la croissance. Au-delà de 100$, on peut craindre des effets récessifs. Cet effet pourrait être particulièrement marqué en France au début de l’année 2019 car il se conjuguerait non seulement avec la mise en place du prélèvement à la source, mais en plus avec la nouvelle hausse annoncée de la taxe sur les produits pétroliers, qui frappera aussi le fioul domestique en plein hiver. La crainte d’une chute de la consommation des ménages se transformerait alors en véritable cauchemar pour le gouvernement, qui peine à élaborer un budget 2019 sur la base d’une croissance de +1,7% ; si elle devait se limiter à +1,4%, voire moins, le déficit budgétaire replongerait alors en-dessous des 3% du PIB. 
 
 
Commentaires

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  • Par patafanari - 25/09/2018 - 10:58 - Signaler un abus On a pas de pétrole,

    mais on a des idées (à la noix).

  • Par Stargate53 - 25/09/2018 - 13:19 - Signaler un abus Ce chantage est inacceptable !

    Cette dépendance des pays au fait que certains possèdent des ressources en pétrole n'a que trop duré et devrait incite à developper les modes énergétiques du 217 siècle. Plutôt que de passe son temps sur des sujets polémiques mesquins, l'ONU devrait promouvoir la recherche et le développement de brevets stoppés à ce jour pour préserver les intérêts des compagnies pétrolières ou de pays qui nous fabriquer le djiadisme. Notre planète en a besoin pour continuer de nous faire vivre à court terme ! Bien sur, cela suppose une révision de notre vision sociétale et des sacrifices mais perdre cette dépendance au pétrole et ses dérivés. Mais c'est une urgence d'accélérer notre indépendance énergique, bien sur pas selon le modèle des intégristes écologiques mais des réalistes.

  • Par Anouman - 25/09/2018 - 14:24 - Signaler un abus Baril

    Le problème pour la France n'est pas que le baril soit à 85 ou 100$. Son problème est la taxation abusive sur ce produit (et nos gouvernants souhaitent qu'elle le soit encore plus) qui le rend très cher et qui amplifie toute variation du prix de base. Le problème principal est donc celui de la gestion des dépenses publiques, pas celui du cours du pétrole.

  • Par ajm - 25/09/2018 - 14:38 - Signaler un abus Tombeau du Macronisme.

    D'accord évidemment avec Anouman. La taxation en France des produits pétroliers était déjà exorbitante , mais, grâce à nos gouvernants soi-disant "pro business " et " ultra-liberaux" elle est en train de devenir monstrueuse. En fait, le double assaut contre les vieux ( retraités ) et contre les classes moyennes périphériques ( diesel ) va bâtir le tombeau politique du Macronisme.

  • Par Ajar - 25/09/2018 - 22:32 - Signaler un abus 100$ le baril

    C'est la mort des low costs cela fera le ménages et moins d'avions

  • Par vangog - 26/09/2018 - 00:28 - Signaler un abus En dessous des 3% du PIB???

    Vous voulez écrire « au dessus des 3% », Sylvestre! Et c’est bien ce que nous, les ptriotes RN, avions prévu! Le gouvernement central-socialiste n’a pas su faire les reformes (et il ne saura jamais) de l’etat PS-macroniste, lorsque les planètes étaient alignées...aujourd’hui que le prix du baril regrimpe, que les taux d’interet menacent d’exploser (Le dix ans américains en hausse certaine...), et que la BCE devra , tôt ou tard, fermer l’open-bar europeiste pour les banques (miam-miam, Rothschild!), les prévisions socialistes vont devoir, de nouveau, être revues en baisse sévère...et Mosco-le-vicieux sera bien obligé de lancer la procédure de déficit excessif contre ses ex-amis gauchistes...la mise sous tutelle de la France par l’UE nous guette...on a vu le résultat avec la Grèce...

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Stephan Silvestre

Stephan Silvestre est ingénieur en optique physique et docteur en sciences économiques. Il est professeur à la Paris School of Business, membre de la chaire des risques énergétiques.

Il est le co-auteur de Perspectives énergétiques (2013, Ellipses) et de Gaz naturel : la nouvelle donne ?(2016, PUF).

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