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Dominique Reynié : “La droite UMP/UDI n’a pas d’autre option que le libéralisme pour se démarquer à la fois du PS et du FN”

D'après le directeur général de la Fondation pour l'innovation politique, la société française, traditionnellement et majoritairement de droite, est traversée par un fort élan libéral que les responsables politiques UMP et UDI persistent à ignorer.

Il faut se lancer

Publié le - Mis à jour le 13 Octobre 2014
Dominique Reynié : “La droite UMP/UDI n’a pas d’autre option que le libéralisme pour se démarquer à la fois du PS et du FN”

Pour Dominique Reynié, "la droite UMP/UDI n’a pas d’autre option que le libéralisme" Crédit Reuters

Atlantico : Le polémiste Eric Zemmour vient de publier "Le suicide français" aux éditions Albin Michel dans lequel il fustige des élites politiques sommant la France "de s’adapter à de nouvelles valeurs", de la même manière que Michel Onfray dénonce une gauche libérale et sociétale, Eric Zemmour dénonce ces travers à droite. Qu'est ce qui dans le libéralisme dérange tant à droite ?

Dominique Reynié : Le succès d’auteurs comme Eric Zemmour est symptomatique de nos désarrois contemporains, mais le débat n'est pas là s’il s’agit de parler du libéralisme. La conversion libérale de nos responsables publics ne passera pas, hélas, par la lecture de tel ou tel ouvrage ou livret, mais par l’expérience du crash budgétaire.

Je le répète, en France, le libéralisme n'existe pas. Où sont les libéraux en France, tout au moins au sein de la classe politique ? La France est un pays ultra social-étatiste. Depuis une quarantaine d’années, droite et gauche se sont succédées avec à chaque fois le même bilan : augmentation de la dépense publique, augmentation de la pression fiscale et augmentation de la dette, le tout avec de moins en moins de croissance, de plus en plus de chômage et un nombre de salariés de la fonction publique qui n’a jamais été aussi élevé dans toute notre histoire qu’en… 2014 ! Je n'arrive même pas à comprendre où l'on prétend loger le moindre soupçon de libéralisme dans tout ceci. En revanche, je pense qu’une forme de libéralisme, un libéralisme sans doctrine ni drapeau, un libéralisme d’intuition, vigoureux, se situe dans la société française. Notre société civile est traversée de velléités libérales mais la classe politique n'est pas libérale, et dans ses actes moins encore que dans ses propos.

Lire également dans Atlantico l'interview d'Eric Zemmour : “Le but du “Suicide français” est d’appliquer aux déconstructeurs de la société française la même méthode nihiliste que celle qu’ils ont employée avec succès”

Le conservatisme en France vient principalement de la classe politique car elle est, par construction, rétive au changement ; le libéralisme est dans la société. Les Français appellent aujourd'hui à reprendre une partie des pouvoirs qu’ils ont donnés. On va même voir ressurgir les régionalismes. Prenez le cas de la querelle sur l'impôt, en demandant une baisse de la pression fiscale, les contribuables ne veulent rien d’autre que récupérer une partie de leur pouvoir d'achat car ils s’estiment capables d’en faire un meilleur usage. Voyez tous ces mouvements, tels que "quitter la sécu", les "Zèbres", fédérés par Alexandre Jardin, les Auto-entrepreneurs et leur défense par Aurélien Sallé, les "Tondus", ces patrons en lutte contre les excès de l’URSSAF, autour de Guillaume de Thomas, les "Bonnets rouges", les "Moutons", "la Manif pour tous", le crowdfunding... Ce sont autant de mouvements d'affirmation de la société. En cela, ils sont l’expression du libéralisme de notre société. C'est une force culturelle, largement orpheline de représentation politique. Pourquoi les élus de droite qui se sont associés à la Manif pour tous ne l'ont-ils pas fait pour les pigeons et autres ? Ces mouvements sont en quelque sorte autoportés ; si des entrepreneurs se mobilisent contre la pression fiscale ou le harcèlement de l’URSSAF, le font car les politiques ne sont pas là.

A lire également dans Atlantico : Le grand schisme ? La droite face à la panne de la synthèse entre conservatisme et libéralisme

Si les Français réclament plus d'autonomie pour eux-mêmes, plus de responsabilités, c’est parce que le spectacle de la gestion publique ne les a pas convaincus de la compétence de leurs dirigeants.

"La Manif pour tous" relève d’un certain conservatisme, comme l'attachement à une société structurée par des valeurs jugées traditionnelles ; mais il possède aussi des aspects relevant du libéralisme, notamment en exprimant l'idée que l'Etat n'a pas à réformer des manières de vivre qui relèvent de l'ordre social ou culturel établi ou que l’Etat n’a pas à s’aventurer autant sur le terrain de la vie privée. "La Manif pour tous" représente autant un combat contre l'empiètement de l'Etat.

Autre exemple, le refus par les Français de l'enseignement du genre à l'école. Les individus, les familles veulent être libres d’aborder ou non cette question avec leurs enfants, de le faire au moment qu’ils choisiront, avec les mots qu'ils choisiront parce qu'ils considèrent qu’ils savent ce qu'il faut leur dire et que ce n'est pas à l'Etat de mettre en place un programme sur la perception du genre chez un enfant. Certains commentateurs ou élus ont estimé qu'il s'agissait d'un combat conservateur parce que la réforme voulue par le Parti socialiste a été présentée comme une réforme progressiste. Donc, pour les mêmes, ceux qui s'y opposent deviennent des conservateurs. Mais il faut qualifier les choses de manières substantielles sans reprendre les termes proposés par les acteurs. Or, cette réforme a été rejetée en profondeur – pour ma part, je considère qu’elle joue un rôle dans l’ampleur historique de la défaite de la gauche lors des élections municipales de Mars 2014. Il est vrai que les opposants n’ont pas eu l’idée de se revendiquer du libéralisme.

Cette dimension du mouvement est occultée ou oubliée, par les manifestants eux-mêmes, parce qu’en France la culture libérale est étouffée ou inhibée, quand elle n’est pas caricaturée, par exemple en répétant que le libéralisme se résume au "laisser faire" et à l’absence d’Etat, alors que le libéralisme repose sur une philosophie de la règle, seule capable de garantir la liberté pour tous, et qu’il demande à l’Etat non pas de disparaître mais de (bien) s’occuper de ses affaires (régaliennes).  

Comment expliquer que la pensée libérale en France soit si mal comprise ?

On ne sait pas ce que veut dire le mot, on le voit là où il n'est pas et on ne le voit pas là où il se manifeste. Cela tient au fait, tout simplement, qu’en France, la pensée libérale est ignorée, peu ou pas enseignée, absente des médias ou caricaturée. Il n’est donc pas étonnant qu’elle soit mal comprise. A tous les niveaux. La société française trempe dans un bain idéologique et culturel social-étatiste. Voyez ce que disent de l’entreprise les manuels scolaires du secondaire par exemple ! L’idéologie social-étatiste est notre véritable "pensée unique". Le comble est que l’on a fini par faire admettre que la pensée unique était le libéralisme dans un pays qui ne sait pas penser autre chose que le social-étatisme ! Cette inversion, presque comique, témoigne de la volonté d'empêcher la moindre avancée de notre vocation libérale, d’empêcher sinon la formulation pour le moins la réception des solutions libérales aux problèmes que nous rencontrons. Le social-étatisme est malgré tout en passe d’être défait parce que ses représentants n’ont pas voulu croire à l’existence d’une réalité.

 
Commentaires

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  • Par sheldon - 12/10/2014 - 11:22 - Signaler un abus Excellente analyse. Problème : qui véhicule le libéralisme ?

    Il n'y a pratiquement pas en France de porteurs du libéralisme à droite. Par exemple Mariton est un ultra conservateur qui veut imposer des réformes qu'il appelle libérales mais qui ne sont que des mesures d'austérité droitière. Fillon n' est pas très loin non plus de cette conception mais semble moins conservateur. Quant à Sarkozy son tempérament bonapartiste peut casser par une tocade toute décision libérale (cf l'interdiction de la pub sur le service publique sortie du chapeau). Les libéraux se trouvent au centre et parmi les moins sectaires de la droite. Il suffisait d'entendre Le Pen sur iTélé ce matin pour comprendre que la droite qui voudrait faire du souverainisme populiste serait de suite balayée par une tornade d'imprécations ne pouvant rivaliser avec le dénie de réalité du populisme.

  • Par vangog - 12/10/2014 - 11:47 - Signaler un abus Pourquoi le Libéralisme est-il galvaudé?

    Parcequ'il prône une déconstruction, de valeurs traditionnelles, archaïques, dogmatiques, mais que les Français ne savent pas déconstruire, sinon pour reconstruire aussitôt sur les bases du matérialisme historique marxiste...Tout le système politique et sociétal français procéde par accumulation et non par déconstruction. La "destruction créatrice" de Schumpeter, voilà la solution! Les Français parlent actuellement de Libéralisme, sans savoir l'appréhender: ils le voient à droite, puis à gauche, parfois au centre. Or le Libéralisme n'a pas changé, car la Liberté est une valeur universelle et invariable qui n'appartient à personne en particulier, mais à tous en général. Seul le système politique français a changé: la crise politique, économique et sociétale a brisé les digues! Les Français doivent saisir cette chance pour déconstruire...l'EN marxiste, les syndicats corporatistes, le code du travail, l'administration inefficiente, les superpositions de strates administratives, le clientélisme gauchiste, la lâcheté de la droite archaïque...les Français ont deux choix: faire cette déconstruction dans l'ordre et la souplesse...ou laisser agir le désordre de la révolution!

  • Par toupoilu - 12/10/2014 - 12:16 - Signaler un abus L'offre liberale a droite, c'est Fillon.

    Point. Que vous vouliez le voir ou pas. Proposer par exemple de limiter le code du travail au minimum et de laisser les entreprises écrire le reste en concertation avec leurs salariés, c'est libéral. Proposer de désétatiser (un peu) le pays en supprimant 20% des postes de fonctionnaires, c'est libéral. Proposer de supprimer la durée légale du travail et de laisser les entreprises écrire ce temps de travail avec leurs salariés, c'est libéral. Proposer l'autonomie des établissements scolaires, c'est libéral. Etc, etc. Pas assez ? Peut être, mais déjà suffisamment pour que vous estimiez qu'il va trop loin et lui préférer un Juppé consensuel et pacificateur. Il va falloir choisir. Si le libéralisme est réellement présent dans la société française, comme le dit l'article, il va falloir qu'il s'inscrive dans un vote. A ceux qui lui disent qu'il va trop loin, que la société française n'est pas prête, il répond avec humour: "ne vous inquiétez pas, après toutes ces reformes, la France restera quand même en tête en ce qui concerne a la fois la dépense publique et le nombre de fonctionnaire". Donc c'est une offre raisonnable fait par un homme lucide. Et droit, ce qui ne gâche rien.

  • Par 2bout - 12/10/2014 - 12:44 - Signaler un abus Analyse totalement partagée

    J'ai été frappé lors de la campagne de Denis Payre (avec un a) par son incapacité à se présenter comme "libéral" comme si ce terme était pénalisant dans le débat politique. L'Etat doit être garant des règles communes, mais malheureusement aujourd'hui, nous devons nous battre pour conserver nos libertés individuelles (je rappelle ici combien il est anti-démocratique qu'un élu dispose de moyens de pressions morales sur ses administrés) . En cela, De Gaulle porte une responsabilité. D'ailleurs, aujourd'hui c'est Marine Le Pen qui tendrait à porter les valeurs du "social-étatisme". Et quand vous mentionnez l'actuel positionnement de Valls sur les thèmes économiques, il est évident qu'à titre personnel il se discrédite politiquement, mais que ce cheminement ouvre des perspectives nouvelles moins sombres.

  • Par cloette - 12/10/2014 - 12:51 - Signaler un abus Attention

    il y a libéralisme et libéralisme! L'un est sain, l'autre est la loi de la jungle !

  • Par Leucate - 12/10/2014 - 17:18 - Signaler un abus Manque de pot, la place est prise

    par le FN sur le plan économique. Le principal conseiller de MLP dans la matière, avec jean Richard Sulzer est Bernard Monot http://fr.wikipedia.org/wiki/Bernard_Monot sympathisant de longue date (les années 70) qui se définit lui-même comme un économiste libertarien ce qui signifie en clair qu'il est adepte de l'école autrichienne ( Ludwig von Mises, Friedrich Hayek, et Murray Rothbard) et farouchement anti-Keynes. En rappelant que nos gouvernants socialistes et RPR/UMP ont tous suivi une politique keynésienne en matière économique.

  • Par sheldon - 12/10/2014 - 19:21 - Signaler un abus @ Leucate : si ça pouvait être vrai !

    Ce matin sur iTélé c'était bien un discours keynésien et de fermeture. Elle suit plutôt, comme le FdG et Mélanchon, Picketty qui est devenu la coqueluche aux US mais dont ils se garderaient bien de suivre les préceptes !

  • Par Leucate - 12/10/2014 - 22:40 - Signaler un abus Keynesianisme

    De quoi s'agit-il et pourquoi l'école autrichienne s'oppose- t'elle à lui Voici un article wikipedia. C'est un peu calé mais parfaitement compréhensible http://fr.wikipedia.org/wiki/Keynésianisme

  • Par Leucate - 13/10/2014 - 00:21 - Signaler un abus @ Sheldon - Libertariens ennemis

    Avant de dire que MLP fait du Picketty, (mort de rire), pourriez-vous expliquer aux ignares que nous sommes ce que prône Picketty. Mais revenons en aux économistes libertariens. Comme tout groupe humain, ils se sont scindés en deux, il y a l'école autrichienne, celle d'origine, et l'école de Chicago. Bernard Monot est de la première. Il rend l'école de Chicago responsable de la crise de 2008 qu'il avait anticipé dès 2007 et avant, d'où son analyse qu'il avait présentée à JMLP et que sa fille Marine a adoptée. Sur Bernard Monot cet article du Figaro: http://www.lefigaro.fr/politique/2014/02/23/01002-20140223ARTFIG00146-europeennes-l-economiste-bernard-monot-tete-de-liste-fnrbm-pour-la-region-centre.php Qu'est ce que l'école de Chicago ? on y trouve d'abord de grands noms, tel Milton Friedman (monétarisme) et au moins cinq autres nobel d'économie. Les théories de l'école de Chicago sont à l'origine des politiques économiques de la Banque mondiale du milieu des années 1980 au milieu des années 1990, pendant lesquelles de nombreuses entreprises publiques des pays en développement furent privatisées. http://www.wikiberal.org/wiki/École_de_Chicago

  • Par toupoilu - 13/10/2014 - 06:27 - Signaler un abus La vision de Gaspard Koenig, vrai liberal,

    sur le programme FN et Bernard Monot, (humm) "libertarien". Très drôle. Marine le Pen, c'est madame attrape-tout, plus défenseure des services publics que la gauche, plus défenseure des droits acquis que les syndicats, et maintenant plus libérale que les libéraux. Marine le Pen, c'est une déesse a quatre bras, c'est Shiva. Quel baratin.

  • Par toupoilu - 13/10/2014 - 06:28 - Signaler un abus Pardon, le lien:

    http://www.lepoint.fr/invites-du-point/gaspard-koenig/le-programme-economique-du-fn-libertarien-ou-petainiste-30-05-2014-1829634_2002.php

  • Par toupoilu - 13/10/2014 - 06:31 - Signaler un abus On ne peut pas, ON NE DOIT PAS

    faire confiance a un parti attrape-tout.

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Dominique Reynié

Dominique Reynié est professeur des Universités en science politique à l’Institut d’études politiques de Paris et directeur général de la Fondation pour l'innovation politique (Fondapol).

Il est l'auteur de nombreux ouvrages dont Populismes : la pente fatale (Plon, 2011).

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