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Direction Djibouti : et la Chine envoya des troupes dans sa première base militaire outre-mer

L'installation d'une base militaire chinoise à Djibouti constitue une première pour la Chine : elle s'installe là à une position stratégique au côté des autres nations (USA, France, Japon...).

Tu la vois ma superpuissance ?

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Direction Djibouti : et la Chine envoya des troupes dans sa première base militaire outre-mer

Atlantico : Qu'est-ce que cette installation dit de l'ambition mondiale chinoise ? 

Jean-Vincent Brisset : Comme de nombreuses autres initiatives depuis la fin de l’ère Mao, l’installation d’une base militaire à l’étranger est l’un des éléments qui marquent la sortie du « splendide isolement » de l’Empire du Milieu. Ce mouvement s'est accéléré depuis quelques années, en particulier depuis la tenue des Jeux Olympiques de 2008 et de l’exposition universelle de 2010. Longtemps, la Chine Populaire a été le seul  membre permanent du Conseil de Sécurité à ne pas disposer d’installation militaire permanente « affichée »  dans un pays étranger hors conflit.

Cette implantation, outre sa justification technico-opérationnelle,  est donc une manifestation supplémentaire de la volonté de Pékin de se positionner comme l’une des très grandes puissances. Sur un plan plus anecdotique, mais qu’il ne faut pas négliger, elle était aussi devenue incontournable depuis que le Japon s’était implanté, devançant Pékin, à Djibouti. 

 

Quel est l'intérêt de Djibouti pour une grande puissance ? Pourquoi Djibouti plutôt qu'Aden, place stratégique de l'Empire britannique ?

La position géographique de Djibouti justifie, à elle seule, son intérêt pour une grande puissance à vocation mondiale. Située au débouché de la Mer Rouge, elle voit passer à proximité  40% du trafic maritime mondial. L’intérêt s’est d’ailleurs amplifié quand la piraterie a pris des proportions inquiétantes dans la région, au point d’inquiéter tous les grands pays et de les pousser à prendre des mesures communes inédites. Pour la Marine chinoise, impliquée assez rapidement, ces opérations ont d’ailleurs été un révélateur, en particulier des problèmes de la tenue à la mer sur de longues durées. Le point d’appui le plus proche dont disposaient les forces de Pékin était alors le port de Gwadar, au Pakistan, situé trop  loin du théâtre d’opérations. La Chine s’est donc  livrée, tout comme l’a fait le Japon, à une recherche des points d’appui possibles. Aden, longtemps la principale place forte de la région, ne présentait plus les garanties géopolitiques nécessaires et les installations n’étaient plus adaptées. Oman n’avait rien de mieux à offrir. Djibouti présentait l’avantage d’être, depuis longtemps, « habituée » à la présence de militaires étrangers et de disposer d’installations, portuaires et aéroportuaires, de bonne qualité. Par ailleurs, le gouvernement local était tout à fait disposé à accorder des facilités de stationnement en échange de loyers qui constituent une part importante des revenus de la République. 

Pour la Chine, Djibouti présente aussi l’intérêt d’être un élément de plus dans le « Collier de Perles », devenu « Route de la Soie Maritime », qui s’étend des rivages chinois au port d’Athènes. On est maintenant dans une logique de développement de la puissance basée sur des points d’appui le long d’un axe, route de la soie maritime ou terrestre, sans volonté de conquête de territoires lointains. Ces points d’appui peuvent devenir des pôles d’une puissance qui se manifeste autrement que par l’étendue d’un territoire colonisé.   

 
Commentaires

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  • Par tananarive - 13/07/2017 - 12:10 - Signaler un abus Nous faisons leur force.

    Que la chine attaque les Américains ou les force à agir et le blocus économique qui suivra mettra la Chine à genoux avec un gros risque de révolte chez elle maintenant que les élites Chinoise ont goutées à la société de consommation. On va nous dire que l’Occident ne peut pas se passer de la Chine, s’est oublier ce que la liberté d’entreprendre est capable de faire aux Etats Unis, en peu de temps les produits Chinois seront remplacés.

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Jean-Vincent Brisset

Le Général de brigade aérienne Jean-Vincent Brisset est directeur de recherche à l’IRIS. Diplômé de l'Ecole supérieure de Guerre aérienne, il a écrit plusieurs ouvrages sur la Chine, et participe à la rubrique défense dans L’Année stratégique.

Il est l'auteur de Manuel de l'outil militaire, aux éditions Armand Colin (avril 2012)

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