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Crise en Allemagne : avis aux adeptes de la “bonne gestion”, même Angela Merkel est rattrapée par la Politique (et par l’histoire)

La tendance est à la polarisation politique et cette tendance est apparue hier en Allemagne quand le FDP a pris l'initiative de mettre fin aux négociations pour la formation d'une coalition Outre-Rhin.

Changement d’ère

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Crise en Allemagne : avis aux adeptes de la “bonne gestion”, même Angela Merkel est rattrapée par la Politique (et par l’histoire)

Atlantico : Alors que l'initiative de la fin des négociations pour la formation d'une coalition en Allemagne a été prise par les libéraux du FDP, ne peut on pas voir dans cette situation le résultat d'une tendance plus globale qui est celle de la polarisation politique des pays occidentaux, des Etats Unis au Royaume Uni, jusqu'à l'Allemagne aujourd’hui ? En quoi les thèmes qui ont pu être à l'origine de cette fin de non recevoir auraient pu aboutir à un accord il y a encore quelques années, révélant ainsi une évolution du contexte politique ? 

Edouard Husson : Ce qui se passe en Allemagne est passionnant à observer.

J’avais fait le pari que Madame Merkel arriverait tant bien que mal à constituer sa coalition. Mais elle a péché par orgueil, ne s’est pas préparée aux négociations et a pensé que les ficelles qu’elle avait l’habitude d’utiliser fonctionneraient. Oui, le compromis était possible il y a quelques années entre les Verts, les Libéraux et les chrétiens-démocrates. Mais Madame Merkel a elle-même créé les conditions d’une crise politique. La question, en 2015, n’était pas d’accueillir ou non des réfugiés; mais combien? Or, loin d’agir selon la vertu de « prudence » qu’Aristote et Thomas d’Aquin recommandent au responsable politique, elle a agi sur un coup de tête et répondu : « Tous! ». Même si cela n’a duré que quelques semaines, avant qu’une forme de limitation aux entrées soit réinstaurée, cette décision bien peu politique a complètement déséquilibré le jeu politique allemand. L’assise politique de la CDU et de la CSU s’est rétrécie considérablement; le SPD aussi, solidaire de la décision, a fait un score médiocre, le plus bas de son histoire, aux élections de septembre 2017. Et l’Alternative für Deutschland s’est installée à droite de l’échiquier politique. 

Angela Merkel n’a pourtant rien appris du résultat de l’élection: elle voulait entraîner son allié bavarois un peu plus loin dans la chute en l’amenant à passer un compromis avec les Verts sur la question de l’immigration. C’était sans compter sur le réflexe éminemment politique de Christian Lindner, qui a dit non au compromis centriste. Les médias et les autres partis lui tombent dessus depuis cette nuit; mais la CDU et la CSU devraient le remercier car elles ont la possibilité d’envoyer Madame Merkel à la retraîte et de se reconstruire. 

On est très loin, en Allemagne, du mouvement de balancier qu’ont connu les Etats-Unis et la Grande-Bretagne en 2016. Mais ce qui est intéressant c’est que la dernière position forte du libéralisme se fissure. Une ère libérale se ferme en même temps qu’une ère conservatrice a commencé. 

Alors que le débat politique français tourne actuellement autour de la question d'un "grand mouvement central, de Alain Juppé à Manuel Valls en passant par Emmanuel Macron n'est il pas justement totalement opposé à cette tendance plus globale ? 

Rappelez-vous la séquence 1979-1983. Margaret Thatcher devient Premier Ministre en Grande-Bretagne. Puis Ronald Reagan est élu aux Etats-Unis. L’ère néo-libérale commence. C’est le moment où la France choisit un président accroché au keynésianisme, à la politique d’avant. Cela dure deux ans puis Mitterrand doit changer de politique et se rallie au néo-libéralisme. Largement sous la pression allemande car Helmut Kohl est arrivé au pouvoir, mettant fin à l’ère sociale-démocrate. Ce que nous vivons depuis 2016 y ressemble furieusement: Brexit puis élection de Trump. Election de Macron, le dernier « néo-libéral », qui mise beaucoup sur une Allemagne politique en train de disparaître. Le président français aura-t-il son tournant conservateur comme Mitterrand avait eu son tournant libéral? Ou bien donnera-t-il raison à Maurice Clavel qui avait dit un jour que la France s’accrochait toujours aux idéologies dépassées - « le dernier stalinien de France sera un curé bas-breton » déclarait-il avec humour dans les années 1960. Nous sommes le pays des idées et nous combattons presque toujours, pour cette raison, selon les règles de la guerre précédente. Combien de temps Juppé & Cie s’accrocheront-ils à une idée européenne qui ne sera plus jamais transposée dans les faits? C’est fini, il faut inventer autre chose. On n’est pas obligé de copier pour autant le conservatisme populiste de Trump. La Grande-Bretagne est le modèle à suivre, à encourager. Les Britanniques tâtonnent pour inventer un nouveau modèle politique, à la fois ouvert sur le monde et soucieux d’enracinement. Il est possible, aussi, que l’Allemagne revienne à jeu politique polarisé entre une droite et une gauche et donc plus démocratique, moins oligarchique. 

 
Commentaires

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  • Par vangog - 21/11/2017 - 09:55 - Signaler un abus Fin de l’immigration incontrôlée et de l’islamisation rampante?.

    il semble que les résistants européens commencent à sortir du bois, et mettent en difficulté les collabos type Merkel, Juncker, Macron...Même Husson ne sait plus où il en est, et n’ose plus faire de pronostics, tellement ils sont contredits par l’histoire (vraie, cette fois...) tant mieux! car cette collaboration avec l’islam était devenue intolérable pour tous. Un début de reconquête de l’Occident par ses anciens propriétaires?...

  • Par Ganesha - 21/11/2017 - 10:33 - Signaler un abus Le Communisme n'a rien à voir là-dedans !

    Un point d'histoire largement méconnu : effectivement, les génocides du Rwanda et du Burundi ont été, partiellement, causés par les missionnaires chrétiens, adeptes des théories fascistes, et qui ont excité la haine raciale entre Hutus et Tutsis. De même, au Cambodge, ces révérends pères pétainistes ont encouragé la haine séculaire qui existe, dans toute l'Asie du Sud-Est, entre les gens à peau claire (origine chinoise) et ceux à peau foncée (origine indienne). Désolé pour les ''papys-Atlantico'', le Communisme n'a rien à voir là-dedans !

  • Par J'accuse - 21/11/2017 - 12:35 - Signaler un abus Sachons voir les réalités derrière les apparences

    C'est accorder beaucoup trop d'honneur et de dignité aux dirigeants que de croire qu'ils sont fidèles à des convictions et veulent être cohérents dans leurs actions. Les buts sont électoralistes: comment se positionner pour avoir le plus d'élus aux prochaines élections est l'unique préoccupation. S'il n'y a pas eu d'accord, c'est parce que certains ont des intérêts à refaire des élections, plus forts que ce que Merkel a pu proposer, alors qu'elle-même y a plus à perdre qu'à gagner. Tous les arguments ne sont que des postures pour tromper les électeurs et s'attirer des voix.

  • Par kelenborn - 21/11/2017 - 13:57 - Signaler un abus Ahh

    Qu'est-ce que cela fait du bien de lire des propos intelligents et quel dommage que Jacquet n'ait pas encore créé une start-up pour cloner les neurones!!! pas les siens bien sûr!

  • Par kelenborn - 21/11/2017 - 14:04 - Signaler un abus Ganesha

    Je ne vois pas très bien en quoi la compagnie de Jesus est responsable des khmers rouges mais enfin..Il est, en revanche, une chose qui doit être soulignée et qui est la connivence entre le marxisme et le christianisme: même opposition du bien et du mal, même attirance pour le messie qui se transforme en prolétaire (le messie prend sur lui les péchés du monde, le prolétaire EST le monde) et même fascination de la culpabilité et de la repentance (confessionnal et procès staliniens) C'est l'arrivée des chrétiens qui, avec celle des trotskistes a pourri le PS! La plupart des anciens maos étaient des cathos! Demandez au doyen Neveu! Il en avait dressé la liste pour la purge à venir ! mais...il s'est purgé lui même !

  • Par kelenborn - 21/11/2017 - 14:12 - Signaler un abus J'accuse

    Vous n'avez pas l'air de connaître l'Allemagne, en tout cas moins bien que Husson!!!! Il n'y a pas de Bayrou allemand ; la garbure , ça n'existe pas la bas! Si aucun accord n'a été trouvé, c'est bien qu'il y a crise!Si Merkel s'en va , la CDU-CSU montera à 40 % , sur un programme plus "conservateur"parce que les allemands ont en horreur la crise! Donc ni la FDP, ni les Verts, ni la SPD n'avaient intérêt à de nouvelles élections! Surtout pas les verts quand on a en tête leurs résultats récents en Autriche et Basse Saxe!

  • Par Anguerrand - 21/11/2017 - 16:53 - Signaler un abus Les français se réjouissent des déboires de l'Allemagne

    On retrouve bien ici la jalousie bien française. Nous devrions aussi en profiter pour réfléchir sur les elections à la proportionnelle qui peuvent rendre un pays ingouvernable. Surtout la France dont la droite et la gauche serait incapables de s'entendre pour gouverner. C'est bien pour ça qu'après la 4 ème Republique De Gaulle a institué les elections actuelles dans un France réputée ingouvernable. Alors les FN, les Ps, et la FI qui réclament la proportionnelle intégrale se trompent lourdement. Ceci dit je n'ai aucun soucie pour l'Allemagne dont l'excédent commercial est de 265 milliards d' €, rembourse sa dette, quand la France continu à s'endetter et à un croissance tres inférieure à la RFA.

  • Par Ganesha - 21/11/2017 - 17:20 - Signaler un abus Kelenborn

    Kelenborn, vous devriez simplement lire qui est écrit, essayer de comprendre ce qu'on vous explique, au lieu de ''broder'' et de dévier le sujet. J'ai travaillé une décennie en Thaïlande, en contact avec les réfugiés des pays voisins. J'avais une merveilleuse épouse thaïe et je parlais sa langue. La tension raciale dont je vous parle, fait partie de quelques petites notions de base que l'on peut acquérir en vivant suffisamment longtemps dans cette région.

  • Par Akilès - 21/11/2017 - 20:37 - Signaler un abus Akilès

    Rappelez-vous … Thatcher, Reagan … et aujourd' hui, pour nous, le Traité de Lisbonne en vigueur. Voilà les faits. Il est apparu que la libre circulation des immigrés est un avatar, malvenu,irresponsable, facilement traitable, mais pas avec Merkel. Ceci dit, dès le premier jour, on pouvait s' attendre à ce que la CSU (celle de Franz- Joseph) la rappelle à l' ordre (directement concernés). Voilà, on y est, finalement, et c'est normal, et c'est bien fait. Elle a eu la tête qui a enflé, contre l' avis de SES électeurs. C' est donc du fondamental démocratique. Pas la peine d' y voir autre chose. On verra pour la suite. La gestion des émigrés par Merkel n' était PAS de la "bonne gestion" , mais un abus de gestion de sa part.

  • Par Liberte5 - 21/11/2017 - 23:11 - Signaler un abus A. Merkel n'a eu beasoin de personne pour se mettre....

    dans un tel pétrin. Personne ne peut faire de pronostic. Une seule chose est :sûre. Plus personne ne pourra désormais jouer avec l'immigration sans se faire taper sur les doigts aux élections. Les peuples se rebiffent et refusent qu'on leur impose des immigrations massives. Et surtout que l'on ne leur dise pas que nous ne pouvons pas faire autrement. C'est un mensonge. Exemple, le Japon: immigration zéro. Les Japonais préfèrent préfèrent mettre des robots.

  • Par Lazydoc - 22/11/2017 - 17:25 - Signaler un abus Nononnon

    Le libéralisme n’est pas de la dérégulation à outrance et l’absence de frontières. C’est le dévoiement du libéralisme qui donne un capitalisme mondialisé plus fort que les états. Les dirigeants ont démissionné intellectuellement et laissé le pouvoir à d’autres entités. Ils détruisent leur nation sans l’accord de leurs électeurs.

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Edouard Husson

Edouard Husson est spécialiste d’histoire politique contemporaine, en particulier de l’Allemagne et de la Grande-Bretagne. Il est professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (Université de Cergy-Pontoise). Il a été membre du cabinet de Valérie Pécresse, avant d’être vice-chancelier des universités de Paris puis directeur général d’ESCP Europe et, enfin, vice-président de l’université Paris Sciences et Lettres. Il est membre du conseil scientifique de la Fondation Charles de Gaulle. 

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