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Coupe du monde 2018 : les menaces contenues dans les vidéos de propagande de l’Etat islamique sont-elles à prendre au sérieux ?

Dans une récente vidéo de propagande, Daech menace très clairement l'événement sportif international. Si une telle action redonnerait de l'élan au groupe terroriste, elle est loin d'être réellement crédible.

Terrorisme

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Coupe du monde 2018 : les menaces contenues dans les vidéos de propagande de l’Etat islamique sont-elles à prendre au sérieux ?

 Crédit Capture d'écran /www.dailymail.co.uk

Atlantico : La dernière vidéo de propagande de l'État islamique montre des drones faisant exploser des stades de football en Russie. L'organisation terroriste est-elle vraiment capable de menacer la Coupe du Monde en Russie ? A-t-elle les moyens logistiques pour entreprendre de telles attaques par drones ?

 

Alain Rodier : Il est toujours possible de mener des opérations de type terroriste contre des manifestations populaires de grande ampleur car elles sont, de par leurs tailles, très difficiles à protéger. La Coupe du monde de football n’échappe pas à cette logique et, en dehors de la vidéo de propagande dont vous faites état, il y a eu d’autres nombreuses menaces proférées à travers les réseaux sociaux qui ciblent aussi cet évènement. Toute tentative d’attentat lors du mondial de football, même si elle échoue, aurait un retentissement planétaire car toutes les chaînes de télévision sont présentes.

Elles répercuteraient en live tout évènement de ce type.

Au moment où Daech est sur le recul sur le terrain purement militaire en Irak et en Syrie, ce qui lui fait perdre progressivement de l’influence au sein de son "public", une action d’éclat redorerait son blason et lui permettrait de revenir sur le devant de la scène médiatique en faisant la une des manchettes des journaux. La direction de ce mouvement salafiste-djihadiste est donc certainement désireuse que cela se produise. Encore faut-il qu’elle en ait les capacités techniques.

Ce qui est certain, c’est que Daech a utilisé de nombreux drones sur le front syro-irakien, dans un premier temps pour recueillir du renseignement et guider ses forces - par exemple des véhicules piégés qui se frayaient un chemin à travers les lignes adverses en utilisant les images diffusées en temps réel par des drones qui les survolaient -, puis en tant qu’armes offensives capables de larguer de petites charges explosives sur des objectifs repérés. Lors de la reconquête des territoires perdus, l’armée irakienne a découvert des ateliers de fabrication de drones artisanaux. Tout cela signifie que le cœur de Daech possède les compétences techniques pour produire et mettre en œuvre de type d’armement. 

Compte tenu du déclin progressif de l'État islamique, faut-il encore prendre au sérieux les menaces de ce type ? Outre les velléités terroristes de l'EI, comment interpréter la vidéo du groupe terroriste ?

Depuis des mois, Daech menace systématiquement tout évènement d’ampleur. Ainsi, Noël 2017 puis le passage à l’année 2018 ont été l’objet de multiples menaces visant les capitales occidentales. Or, les attentats (et les tentatives déjouées ou avortées) ont été le fait d’activistes locaux (ce que l’on appelle le terrorisme "endogène") qui n’entretenaient pas de liens opérationnels directs avec le commandement central de ce qui est en train de devenir une "nébuleuse" à l’image de la maison mère, Al-Qaida "canal historique". Cela dit, les appels au meurtre lancés sur les réseaux sociaux ont encouragé des activistes convaincus à la cause salafiste à passer à l’acte, heureusement sans parvenir à mener des attentats de masse (en dehors des zones de guerre traditionnelles où les affrontements perdurent sans connaître le moindre répit). La plupart de ces appels ne faisaient pas allusion à l’emploi de drones mais à des moyens plus simples, malheureusement bien connus comme les armes blanches ou les véhicules lancés dans la foule. Il est à noter l’étrange "accident" provoqué le 16 juin à Moscou par un taxi qui a percuté huit personnes sur un trottoir de la rue Llinka à proximité de la Place Rouge. Le conducteur d’origine Kirghize né le 22 avril 1990 a été arrêté par la police. Jusqu'à de plus amples informations, ce n'est pour le moment qu'un banal accident de la circulation même si l'on peut avoir quelques doutes en visionnant la scène.

 
Commentaires

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  • Par LouisArmandCremet - 18/06/2018 - 13:46 - Signaler un abus Conducteur ?

    "Le conducteur d’origine Kirghize né le 22 avril 2010 " Ça sent la faut de typo. Serait-il né en 2001 ?

  • Par RODIER - 18/06/2018 - 13:56 - Signaler un abus ERREUR

    En effet, lire "1990" et pas "2010". Excusez moi. Alain RODIER

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Grand angle sur l'espionnage russe chez Uppr et de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS. 

 

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