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Comment transformer la SNCF sans la braquer

Pour la SNCF, l’heure de la transformation est venue, comme partout ailleurs, mais cela doit se faire en bonne entente avec les cheminots, qui ont l'amour de leur outil de travail.

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Comment transformer la SNCF sans la braquer

Dans son édition du 7 Septembre, le journal Le Monde titrait "Macron propose un grand deal aux cheminots" tandis que sur son cahier Eco et Entreprise ce titre était "Le plan d’Emmanuel Macron pour transformer radicalement la SNCF". J’avais bien entendu au mois de juillet que le chef de l’Etat avait donné un interview à une dizaine de cheminots à l’occasion de l’inauguration de la nouvelle ligne TGV Paris-Rennes , et que cette discussion avait été prolongée par des extraits imprimés dans le magazine interne à la SNCF, mais lors de mes déplacements en train, mes amis cheminots n’y avaient pas prêté une attention excessive, blasés par tout ce que l’on a raconté sur eux et surtout dégoutés par les problèmes de SNCF Ouest qui avaient eu les gros titres des journaux pendant des semaines fin juillet et début août.

L’orchestration de cette « vieille nouvelle » dépasse Le Monde et parait immédiatement sur d’autres titres ainsi que sur les réseaux sociaux. Dire benoitement deux mois après que Le Monde s’est « procuré » les infos du mag est donc une figure de style.

La SNCF est une grande maison très attachante car elle existe avec un engagement des cheminots tout à fait exceptionnel, un attachement à l’entreprise hors du commun (un dévouement à la bonne marche des trains) que je n’ai trouvé nulle part ailleurs. L’envers de la médaille c’est que ces cheminots se sentent propriétaires de leur outil de travail à un point qui peut paraitre déraisonnable, mais c’est un fait et sur plusieurs générations ! C’est une culture que celle du rail et plutôt que de combattre une culture il faut l’utiliser pour accueillir la modernité. Autrement dit si vous expliquez aux cheminots comment réussir à sauvegarder l’essentiel, la bonne marche des trains, ils écouteront, si vous leur dites que la transformation souhaitée conduit aux "mobilités plurielles", ils vous tourneront le dos. Vous n’allez pas motiver une crêpière en lui disant qu’elle va faire alternativement des crêpes et des pizzas, elle est d’abord crêpière mais elle peut servir des pizzas si vous lui demandez gentiment.

Mais il y a un argument inaudible à l’intérieur de la maison : c’est celui du troc de l’endettement contre une transformation du statut ! Pour les cheminots, les décisions du tout TGV ont été prises par la puissance politique et pas par eux, ils n’en sont pas responsables et la situation financière de la SNCF dérive de là ! J’ajouterai, puisque j’ai été aux commandes, que c’est exact, le personnel cheminot est fier de la grande vitesse mais il n’a jamais considéré comme une priorité d’en mettre partout. Par contre, tous ont insisté sur la nécessité de maintenance, de maintien des compétences techniques et de remplacement des vieux matériels. Vouloir culpabiliser les cheminots de dépenses inconsidérées dans le tout TGV est donc une erreur, il vaut mieux demander à tous les politiques depuis trente ans de payer quelques euro pour chacune de leurs interventions et la SNCF en tirerait beaucoup d’argent !

 
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  • Par Atlante13 - 23/09/2017 - 19:27 - Signaler un abus J'ai rêvé

    Mission impossible n° ??

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Loïk Le Floch-Prigent

Loïk Le Floch-Prigent est ancien dirigeant de Elf Aquitaine et Gaz de France, et spécialiste des questions d'énergie.

Ingénieur à l'Institut polytechnique de Grenoble, puis directeur de cabinet du ministre de l'Industrie Pierre Dreyfus (1981-1982), il devient successivement PDG de Rhône-Poulenc (1982-1986), de Elf Aquitaine (1989-1993), de Gaz de France (1993-1996), puis de la SNCF avant de se reconvertir en consultant international spécialisé dans les questions d'énergie (1997-2003).

Son nom est apparu dans l'affaire Elf en 2003. Il est l'auteur de La bataille de l'industrie aux éditions Jacques-Marie Laffont.

En 2017, il a publié Carnets de route d'un africain.

 

 

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