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Comment reconnaître un "surdoué" d'un "haut-potentiel" ?

Ce n’est pas parce que votre enfant ou vous-même êtes brillants ou talentueux que vous êtes surdoués. Et ce n’est pas parce que vous êtes surdoués que vous êtes malheureux. Le vrai surdoué a un QI supérieur à 125, un fonctionnement intuitif, et une bonne insertion sociale. La souffrance n’est pas un critère, mais juste le signe que le surdoué a besoin – comme tout le monde – d’une thérapie. Béatrice Millêtre remet les pendules à l’heure ! Extrait de l'ouvrage "Le livre des vrais surdoués" de Béatrice Millêtre, publié aux Éditions Payot. (2/2)

Bonnes feuilles

Publié le - Mis à jour le 19 Avril 2017
Comment reconnaître un "surdoué" d'un "haut-potentiel" ?

Je reçois régulièrement des gens qui se demandent s’ils sont surdoués. Ils se sont, me disent-ils, reconnus dans les caractéristiques qu’ils ont pu lire, sur Internet ou dans des livres. Je les interroge alors pour savoir ce sur quoi ils se sont reconnus. J’ai procédé de même lors de la dernière formation que j’ai donnée auprès de futurs thérapeutes qui vou- laient acquérir des compétences en matière de surdoue- ment. Voici leurs réponses :

- Un surdoué est quelqu’un d’hypersensible.

- C’est quelqu’un qui a des problèmes de communication, qui remet tout à demain, qui procrastine donc, qui ne termine jamais ce qu’il entreprend, qui ne sait pas se concentrer et qui est dispersé.

- Quelqu’un qui a des problèmes sociaux, voire est asocial.

- Il a su lire avant les autres, parfois tout seul. Il est le bouc émissaire dans la cour de récré et, si ce n’est pas le cas, il n’a pas d’amis, trouvant les autres inintéressants, ou « bébêtes ».

- Ils sont créatifs et ont de l’imagination.

- On dit qu’ils ont de la mémoire, mais, souvent, ce n’est pas le cas.

- Ils ne savent pas parler de la pluie et du beau temps, s’ennuient en société, n’aiment pas la compagnie des autres.

On ne trouve dans ces énumérations que peu, ou pas de référence à l’intelligence – à la quantité d’intelligence, je veux dire. Les caractéristiques sur lesquelles les gens se reconnaissent sont plutôt négatives et portent plus sur un fonctionnement intrinsèque, une qualité d’intelligence, qu’une quantité. Et cela amène directement à préciser ce dont nous parlons.

Une question de vocabulaire

Surdoué est peut-être le mot le plus couramment utilisé ; il sous-entend des personnes douées pour tout, plus douées que les autres. Aucune des personnes que je reçois ne se sent à l’aise avec cette notion. Au contraire, elles ne se sentent pas particulièrement douées et trouvent prétentieux de se clamer surdoué. Le concept du « zèbre » a été inventé pour signifier que les surdoués ne sont ni cheval, ni âne. Cette notion ne parle pas non plus aux personnes que je reçois, et ne me parle pas non plus. En effet nous sommes tous des êtres humains, et ce terme de zèbre a un effet stigmatisant. Étant classé « ailleurs » que dans la gente humaine, comment un zèbre peut-il dès lors s’y épanouir ? C’est faire acte de déni de sa propre personnalité et de sa propre spécificité. Cela conduit également à ne pas pou- voir aller bien, puisque obligeant à s’exclure de l’huma- nité. C’est enfin, puisque s’excluant de l’humanité, en nier les points communs ; c’est l’impossibilité de pouvoir la comprendre ou s’en faire comprendre ; c’est donc se ghettoïser volontairement. Je n’ai, comme je le disais, que peu reçu ce type de personnes. Je me souviens d’Élise, 27 ans, dans le déni de qui elle était, mettant tout en doute, à la fois ses propres compétences et les miennes. Elle ne pouvait commencer une phrase sans « Oui, mais c’est vous qui le dites, mais les autres disent autre chose », « Oui, mais je ne suis pas d’accord », ou « Oui, mais comment le savez-vous »…

Elle mettait en doute la possibilité même d’être un zèbre, tout en la recherchant. Elle faisait partie de groupes de zèbres qui, lorsqu’ils se rencontraient, se présentaient en disant : « Bonjour, je m’appelle XX et j’ai YYY de QI. » Haut potentiel (HP) ou haut potentiel intellectuel (HPI) sont les termes retenus par nos amis Belges. Ils correspondent à l’idée d’un potentiel qui n’est donc pas forcément exprimé, et reflète donc une idée de frustration liée à des compétences inemployées. Il ne stigmatise pas les gens qui acceptent assez facilement cette étiquette. Enfant intellectuellement précoce (EIP) est la termi- nologie retenue par l’Éducation nationale française. Elle prend en compte le fait que l’enfant exprime des compétences avant sa tranche d’âge. Par contre, une fois que tous expriment cette compétence, il ne devrait plus y avoir de différences – si vous savez marcher à 10 mois, une fois que tout le monde sait marcher à 15 ou 16 mois, on n’observe plus aucune différence, et on ne peut pas savoir qui avait acquis la marche précocement – ce qui n’est pas le cas. Neuro-droitier est un mot que j’ai traduit de l’anglais right-brained, qui reprend cette idée que le fonctionne- ment intuitif particulier aux surdoués est lié à une préférence hémisphérique du fonctionnement cérébral : l’hémisphère droit.

C’est un concept qui pose un certain nombre de questions scientifiques, mais qui correspond à une réalité psychologique. Il a pour avantage de ne pas faire mention d’une plus grande intelligence, ce qui correspond assez bien au ressenti des personnes que je reçois, simples et humbles. Gifted traduit l’idée de dons, overgifted de surdon, quant à talented et multitalented, c’est l’idée de talents et de talents multiples, retenue par les Américains et les Canadiens, avec le devoir de tirer parti des dons et talents de chacun d’entre nous. Scientifiquement parlant, c’est probablement la meilleure définition. Elle reprend l’idée d’intégration sociale : si vous êtes talentueux, ou doué, cela implique, de manière sous-jacente, que votre don ou votre talent est visible et donc exprimé. Culturellement parlant, c’est une idée qui choque un peu les Français, égalitaires que nous sommes : il nous est difficile de concevoir que « certains soient meilleurs que d’autres », et ce n’est pas une option éducative. Les pays anglo-saxons ont l’idée que chacun présente des talents différents qu’il appartient au système éducatif de mettre en évidence puis de développer. Dans ce contexte, la notion de personne douée ou talentueuse s’y inscrit parfaitement. Ce n’est pas une notion culturellement européenne, et l’on aurait tendance à plus facilement accepter, je crois, l’idée de talents multiples.

Ainsi, aucune de ces terminologies ne reflète la réalité de qui sont les surdoués et de ce qu’est leur vie, de ce que sont leurs questionnements, leurs préoccupations, leurs interactions sociales, leurs difficultés, leurs réussites, leur place dans le monde. Je dirai donc que le terme de « surdoué » est celui qui correspond le plus à la réalité scientifique (des per- sonnes plus douées dans un ou plusieurs domaines), mais à laquelle les personnes elles-mêmes n’accrochent pas ; le terme de « haut potentiel », est celui que les personnes préfèrent utiliser, qui correspond plus à ce qu’ils ressentent, mais moins à la réalité scientifique. Je n’utilise cependant pas le terme d’« intellectuel » (ni pour les enfants précoces, ni pour les adultes à haut potentiel), auquel je n’adhère pas. En effet, s’il correspond à un fonctionnement intellectuel spécifique, il génère automatiquement l’idée d’intellectuel et d’expression des potentialités dans un domaine exclusivement intellectuel, ce qui n’est pas le reflet de la réalité. Que dire de ces personnes, surdouées ou à haut potentiel, qui font partie de l’équipe olympique de basket, de l’équipe de France d’équitation, de l’équipe régionale de hand-ball, qui sont couturiers, danseurs, musiciens, chefs dans la gastronomie, paysagistes, com- merçants… Cette notion d’intellectuel correspondrait plutôt à l’idée de haut quotient intellectuel, qui n’est pas ce que l’on entend aujourd’hui par surdoué. Qu’est-ce qu’un surdoué ?

Le premier point, peut-être le plus fondamental, est qu’être surdoué n’est pas une pathologie, et vous ne trouverez donc pas le concept du surdouement répertorié dans quelque manuel des critères diagnostiques des pathologies mentales que ce soit. Ainsi, le premier critère est donc d’être en bonne santé mentale. Cela peut paraître évident, mais n’est que rarement pris en compte dans l’identification, du moins en France et en Europe, alors que cette dimension fait partie intégrante du processus outre-Atlantique. Cela veut dire que le bilan devrait se conclure par la nuance : « va bien ou présente telle ou telle problématique ». Comment identifie-t-on la notion de bien-être mental ? De manière simpliste et simplifiée, nos amis Québécois utilisent la notion d’insertion ou d’intégra- tion sociale, traduisant le fait que le surdoué, malgré ses différences, sait en tirer parti, sait s’inscrire dans le monde dont il a compris les tenants et aboutissants, les règles sociales et sait donc transformer son potentiel en réalité. C’est fondamental, on ne peut en faire l’économie, et cela évite de nombreux quiproquos. Viennent ensuite les points de fonctionnement intrinsèque et d’intelligence. Dans l’acception actuelle du sourdouement, un sur-doué doit présenter deux caractéristiques traduisant une intelligence différente : - un quotient intellectuel (QI) de plus de 125 tel que mesuré au test de Weschler ; - un fonctionnement intuitif.

Il y a aujourd’hui consensus sur ces deux points, même si, d’un collègue à l’autre, la terminologie diffère. Ce qui implique que l’on peut avoir un QI supérieur à 125 sans être surdoué et que l’on peut avoir un fonction- nement intuitif sans non plus l’être. Il y a ainsi deux types de personnes présentant un QI supérieur à 125 : les personnes à haut potentiel (QI > 125 et fonctionnement intuitif ) et les personnes à haut QI (QI > 125). Les deux présentent la même quantité d’intelligence, mais leurs fonctionnements sont différents. C’est la quantité d’intelligence qui leur fait, à tous les deux, trouver le temps long à l’école. C’est par contre le fonctionnement différent qui fait dire à un enfant HP qu’il ne peut pas écrire 6 « s.i.x » au collège parce que c’est trop simple. L’un aura plutôt des résultats homogènes au test de QI, l’autre plutôt hétérogènes. Certains parlent ainsi de HP complexes vs HP laminaires. Les seconds n’ont besoin que d’accompagnement psy- chologique pour des problématiques précises alors que les premiers ont besoin de savoir qui ils sont, de comprendre qui sont les autres, ce qu’est le monde et son mode d’emploi pour décider, ou non, de s’y intégrer.

La conséquence immédiate est que si l’on ne présente que l’une de ces caractéristiques, l’on n’est pas surdoué. On peut être intuitif ou plus intelligent sans toutefois être HP. Cela implique qu’il existe deux types de populations présentant la même « quantité d’intelligence », le même score au test de QI : l’une intuitive, l’autre non ; l’une surdouée, l’autre non ; l’une haut potentiel, l’autre non. Le problème aujourd’hui, et j’y reviendrai, est que l’identification d’un surdoué repose quasi exclusivement sur le test de QI, qui ne propose pas de vocabulaire pour distinguer ces deux populations. Le plus simple est ainsi d’utiliser deux mots différents, qui rendent compte de cette distinction : haut potentiel (HP) d’une part, haut quotient intellectuel d’autre part (HQI).

- HP = QI > 125 + Intuition 

- HQI = QI > 125 – Intuition

Les « vrais » surdoués, que l’on reçoit en cabinet, qui présentent des problèmes d’adaptation, parfois, qui fonctionnent à contre-courant d’eux-mêmes, sont sou vent les HP. Les seconds sont plutôt bien adaptés socialement, connaissant les règles sociales et scolaires et sachant ce que l’on attend d’eux, et sont en accord avec eux- mêmes.

L’expression de leur potentiel ne réside pas uni- quement dans des composants intrinsèques de leur fonctionnement, mais dans les interactions entre ces composants, leur environnement et leur personnalité.

Extrait de l'ouvrage "Le livre des vrais surdoués" de Béatrice Millêtre, publié aux Éditions Payot

© Editions Payot & Rivages, Paris, 2017.

 
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  • Par Brasidas - 17/04/2017 - 09:57 - Signaler un abus aux parents

    dans le doute, essayez absolument de savoir avant la classe de seconde. Jusqu'à la 3ème, les enfants précoces se baladent en répondant intuitivement. Ensuite, à partir de la seconde, s'ils n'ont pas appris (ne sont pas convaincus) à utiliser des méthodes systématiques, c'est la catastrophe. ce n'est pas de savoir que votre enfant a un QI de 150 ou plus qui vous consolera de l'échec scolaire.

  • Par atlante29 - 17/04/2017 - 21:35 - Signaler un abus cet article aurait mérité dix lignes seulement

    et on nous sert trois pages quasi-inutiles

  • Par Stéphane Gayet - 18/04/2017 - 10:29 - Signaler un abus Il s'agit plus ici d'un sujet génial que d'un sujet surdoué

    Cette description du sujet surdoué est bien différente de celle dont nous avons l’habitude. Il est d’usage de décrire l’enfant surdoué comme un sujet particulièrement précoce, certes instable, mais qui s’ennuie à l’école parce qu’il a tout compris avant les autres. Ici, on a affaire à un sujet génial, créatif et associable, sans référence à la rapidité de compréhension, ce qui est assez surprenant. Je crois que l’adjectif surdoué mériterait dans ce cas d’être remplacé par génial.

  • Par Normal 1er. - 19/04/2017 - 17:28 - Signaler un abus Mais Oui Mon Dieu, mais c'est bien sûr !!!

    Le surdoué c'est le type qui promet tout et le haut-potentiel est le même qui fait tout son contraire au grand dam des sous doués pris de hauts de cœur. A bientôt.

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Béatrice Millêtre

Béatrice Millêtre, docteur en psychologie, spécialiste en sciences cognitives, est psychothérapeute. Elle est notamment l'auteure de "Reussir grâce à son intuition", du "Livre des bonnes questions à se poser pour avancer dans la vie",  de "Le burn-out des enfants" et plus récemment du "Livre des vrais surdoués", publié aux Éditions Payot.

 

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