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Comment l’Allemagne a commencé à "intégrer" ses migrants... avec des salaires à 1 euro de l’heure

Quelques mois après avoir ouvert ses portes aux migrants, l'Allemagne entame un processus d'intégration basé sur des emplois payés... un euro de l'heure. Si la mesure est contestable en soi, au vu de la pression à la baisse que cela pourrait engendrer sur le marché du travail, son caractère exceptionnel et le syndicalisme allemand devraient garantir aux migrants une forme de protection.

Deutsche qualität

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Comment l’Allemagne a commencé à "intégrer" ses migrants... avec des salaires à 1 euro de l’heure

Atlantico : Cette semaine, la mairie de Berlin a annoncé que près de 4 000 migrants allaient commencer à travailler dans les centres d'hébergement, et ce pour une rémunération de 1,05€ de l'heure. Alors que certains vantent les débuts de l'intégration des réfugiés en Allemagne, le caractère dérisoire de ce revenu n'illustre-t-il pas également une forme de pression à la baisse sur les salaires ?

Guillaume Duval : Votre question est le signe d'une certaine incompréhension de ce qui se passe dans la mesure où ce dispositif existe en Allemagne depuis le début des années 2000.

Ce sont les fameux "ein euro jobs", les emplois à un euro. En Allemagne, tous ceux qui vivent de l'équivalent du RSA (Hartz IV) sont susceptibles d'être mobilisés pour des travaux d'intérêt général où ils sont rémunérés à 1,05€ de l'heure. Ce n'est donc pas une mesure spécifique aux refugiés : cette pratique, beaucoup critiquée, est usuelle en Allemagne pour les gens qui reçoivent une allocation publique. Lorsqu'on les critique sur le salaire d'un euro par heure, les défenseurs de ces ein euro jobs disent toujours que ces personnes perçoivent déjà une allocation , en plus de ce salaire horaire d'un euro.

Le deuxième élément à souligner ici, c'est que les Allemands ont accueilli des refugiés depuis plusieurs mois sur la base d'un bénévolat très important, mais qui a évidemment du mal à perdurer dans la durée au-delà de six mois au niveau qu'il faudrait. Et l'Allemagne est incapable de remplacer ces bénévoles par des salariés du secteur public, d'où l'idée de faire appel aux refugiés eux-mêmes pour assurer un certain nombre de fonctions liées avant tout à leur propre accueil (nettoyage des lieux d’hébergement, cuisine, etc.). Dans le contexte allemand et face à l'afflux massif de réfugiés, ce n'est pas forcément une idée choquante.

Le problème, en Allemagne comme ailleurs, c'est que les réfugiés n'ont pas le droit d'occuper des emplois et de travailler dans des formes "classiques" tant qu’ils ne sont pas reconnus officiellement comme bénéficiant de l’asile. Il faut donc trouver un moyen de contourner ces difficultés. C'est dans cet esprit que les Allemands font cela. Ce type de mesures est bien entendu criticable (et critiqué d'ailleurs là-bas par les syndicats), mais je ne crois pas que cela réponde à un autre souci que de pragmatisme dans l'intention des décideurs.

En "créant" une nouvelle catégorie de salariés avec les migrants, l'Allemagne ne plante-t-elle pas un coup de canif dans sa réforme relative au salaire minimum ?

Ce serait le cas si elle mettait à disposition du secteur privé ces réfugiés à un euro de l'heure pour travailler dans les champs, les usines, etc. A ma connaissance, il n'est pas question de cela dans l'immédiat. Il s'agit ici d'assurer des travaux d'intérêt général, qui ont lieu d'abord dans l'environnement immédiat des réfugiés eux-mêmes, et ensuite éventuellement dans le cadre d'activités publiques, communales, etc.

A ce niveau-là, cette disponibilité de main-d'oeuvre exerce certes une pression négative sur le marché du travail : sans ce type de mesures, l'entretien et l'installation des réfugiés auraient pu être davantage un moyen de créer de nouveaux emplois publics et soutenir la demande intérieure en Allemagne. Je ne crois pas pour autant que cela ait pour effet de miner l'introduction du Smic et ses effets dans le secteur privé en général. En effet, l'Allemagne ne mettra pas à disposition des coiffeurs, des restaurants ou des bars de réfugiés à un euro de l'heure pour remplacer des employés qu'ils sont désormais obligés de payer au Smic.

Les défenseurs de ce projet mettent en avant le caractère provisoire de ces emplois très peu qualifiés et à peine rémunérés. Au regard du nombre de migrants accueillis sur le territoire allemand, ce caractère provisoire n'est-il pas illusoire ? N’existe-il pas un risque, avec une telle politique, de créer durablement des catégories de population disposant de droits différents ?

Comme je l'ai dit précédemment, cette catégorie spéciale existe déjà. Par ailleurs, il me semble important d'insister sur le fait que chez les réfugiés eux-mêmes, ce type de mesures est bien accueilli. Entre se tourner les pouces dans un camp pendant plusieurs mois parce qu'ils n'ont rien le droit de faire et réaliser des tâches reconnues comme socialement utiles (même si peu rémunérées), ils n'hésitent pas une seconde.

En ce qui concerne le caractère durable de cette situation, je ne crois pas du tout que les Allemands aient accueilli des réfugiés pour créer un réservoir de main d’œuvre à bas coûts. L'Allemagne est assez proche du plein emploi et en état d'implosion démographique. Dans l'immédiat, la capacité d'absorption du marché du travail, une fois que ces réfugiés auront les papiers nécessaires, est assez forte et devrait le rester.

1 millions de réfugiés, cela peut paraître beaucoup, mais il y a quand même déjà 40 millions d'emplois en Allemagne... L'Allemagne n’est pas en train de créer un "ghetto" avec des réfugiés condamnés à rester dans ce statut-là pendant des années. J'ai confiance en particulier dans le syndicalisme allemand dont la puissance est incomparable avec le syndicalisme français pour faire en sorte que cela ne perdure pas sous ces formes-là et que les réfugiés intègrent à terme le marché du travail dans des conditions normales.

 
Commentaires

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  • Par Ganesha - 03/04/2016 - 11:21 - Signaler un abus Optimisme Béat

    Optimisme béat... ne reposant sur aucun élément concret ! Un euro de l'heure pour nettoyer leur centre d’accueil... C'est la suite qui va être intéressante ! Cinq heures de travail pour s'offrir un kebab...

  • Par Eolian - 03/04/2016 - 12:14 - Signaler un abus Oui, et alors.....

    €1 de l'heure plus les allocations que ces "réfugiés" reçoivent d'autre part. Au lieu de "glander" dans leurs centres d'hébergement, qu'ils mettent à profit cette attente à apprendre l'allemand et se rendre utile. On ne leur doit strictement rien.

  • Par Lafayette 68 - 03/04/2016 - 12:50 - Signaler un abus Surtout ...

    Que Frauke Petry devienne chancelière rapidement avec l'AfD pour arrêter les frais.

  • Par Wortstein - 03/04/2016 - 13:25 - Signaler un abus Comme si être payé

    pour laver les gogues du centre d'hébergement que vous encombrez avec votre famille de parasites avait une quelconque valeur d'intégration. Cet article fait partie de ces sous marins socialo-mondialistes béats à vomir.

  • Par crobard007 - 03/04/2016 - 14:19 - Signaler un abus 1 euro de l'heure ?

    De quoi attiser le racisme des classes défavorisées et des chômeurs en Allemagne. Politique extrêmement dangereuse. Visiblement les politiciens européens n'aiment pas leurs électeurs.

  • Par kaprate - 03/04/2016 - 14:22 - Signaler un abus Contrat

    Des allocations mais un travail d'intérêt général en échange, indemnisé malgré tout sur la base d'environ 150 euros mensuels cumulés avec les allocations, favorisant l'apprentissage de la langue et la dynamique d'activité plutôt que l'oisiveté, la mendicité et le trafic en tous genres? Et alors que beaucoup de ces réfugiés ne touchaient même pas l'équivalent de ces 150 euros mensuels dans leur pays où sévit la guerre? Et cela dans la perspective d'intégrer une société de droits, qui a quasiment le plein emploi et permettra à leurs enfants d'être scolarisés, soignés, et d'occuper de de vrais postes à l'avenir? Mais qui a quelque chose à dire à ça? Quelle idéologie et quelle absence de bon sens et d'honnêteté intellectuelle permettent de rejeter cette initiative, même si tout n'est pas parfait?

  • Par Olivier62 - 03/04/2016 - 14:23 - Signaler un abus Irréalisme total

    Croire que le problème posé par l'immigration sera résolu par des mesures économiques et financières est totalement délirant. C'est croire que les immigrés musulmans sont des immigrés "ordinaires", or ils se voient eux-mêmes avant tout comme une nation en train d'en conquérir une autre. Leur but n'est pas de participer à la prospérité de l'Allemagne, vue comme un pays de mécréants, mais bien d'en devenir les maîtres ! C'est un problème civilisationnel qu'un économisme borné ne peut même pas soupçonner.

  • Par kaprate - 03/04/2016 - 14:32 - Signaler un abus En France

    Etablir un vrai contrat social en échange des allocations serait salvateur : allocations sélectives conditionnées à des travaux d'intérêt général qui dispenseraient d'embaucher plus de fonctionnaires ou assimilés pour faire traverser les gosses, livrer les repas ou nettoyer les tags; conditionnées au respect de la laïcité et des lois, y compris de leurs enfants à l'école et dans la rue, conditionnées à une recherche "active" de travail au lieu d'une optimisation en alternant 6 mois de boulot et un an de chômage, conditionnées au devoir de contribution et au règlement de l'impôt, même modeste... Etablir un vrai contrat avec ceux qui bénéficient du système aurait évité pas mal de problèmes, la montée conjointe de la délinquance et de l'islamisme radical notamment. Exiger quelque chose en échange de l'effort collectif est le premier respect que l'on doit à chaque humain, comme favoriser son implication dans la vie de la cité, même modestement. Dédouaner et déresponsabiliser nous a conduit dans le mur...

  • Par Deudeuche - 03/04/2016 - 15:26 - Signaler un abus @kaprate

    En Alsace (pardon, nouvelle Austrasie orientale) ils ont essayé et les ayatollah de l'assistanat gratuit se sont déchaînés. Mais tout à fait d'accord cela va de sois.

  • Par vangog - 03/04/2016 - 16:41 - Signaler un abus "Ce qu'on voit, et ce que ne voit pas Guillaume Duval!"

    Cet aveuglement est typique du gauchisme immigrationniste béat, qui n'analyse les migrations que sous l'angle de l'intérêt pur pour les pays dit "d'accueil"...ce que ne voit pas Guillaume Duval, c'est que la société de nettoyage allemand est sévèrement concurrencée par ces travailleurs aides à un Euro, et que leurs salariés licenciés risquent de rejoindre les manifestations PEGIDA, lorsque un de ces migrants intelligents constituera sa petite entreprise lucrative de nettoyage, à base de migrants aidés à un Euro...ce que ne voit pas non plus le cyclope immigrationniste, c'est que les pays d'émigration économique perdent leurs forces vives les plus éduquées et les plus riches, au profit de l'Allemagne, et entretiennent leur cycle émigration-pauvreté-corruption...ce que ne voit pas encore l'aveugle au bâton blanc, c'est que cette abus législatif constitue une concurrence illégale déguisée de la part de l'Allemagne, dans un espace économique non optimal. L'Allemagne accroît sa compétitivité par déflation salariale, et menace ses concurrents handicapés par leurs influences mediteranneennes et gauchisantes, ce qui s'apparente à un "abus de position dominante sur peuples fragiles"...

  • Par C3H5.NO3.3 - 03/04/2016 - 16:55 - Signaler un abus Eh, atlantico

    je ne me suis pas abonné pour pour subir les délires socialo-padamalgamistes d'Alternatives Economiques.

  • Par Yves3531 - 03/04/2016 - 19:03 - Signaler un abus Alternatives économiques n'est pas du tout ma tasse de thé...

    et je suis étonné de retrouver ces derniers temps autant d'intervenants d'obédience gauche bien pensante sur Atlantico, mais pour une fois comme Kaprate, je ne suis pas en désaccord avec l'orientation de cet article.

  • Par kaprate - 03/04/2016 - 19:19 - Signaler un abus @Deudeuche et @vangog

    Je ne suis pas surprise que l'initiative de la Nouvelle Austrasie Orientale :-) (magnifique...) ait rencontré des résistances mais elle doit persévérer, les mentalités évoluent. Pour revenir sur le risque de concurrence et de pression salariale, il faut évidemment que ces bénéficiaires des allocations qui contribuent à des missions d'intérêt général ne puissent travailler dans le privé ou pour le privé. Le nouveau SMIC allemand est à ce titre un garde fou contre pas mal de pratiques abusives même si on peut le critiquer. Et quant à la perte pour les pays d'émigration de leurs forces vives, c'est exact en effet mais cela ne devrait pas se faire au "bénéfice" exclusif de l'Allemagne. Les pays "handicapés" par les gauchistes, les ont mis au pouvoir à tous les étages, et pas une seule fois pour voir... Sans cela, même "méditérannéens" et partant désavantagés au moment de la création de l'Europe et de l'établissement de la valeur de l'Euro, ils auraient pu faire beaucoup mieux.

  • Par Ganesha - 03/04/2016 - 19:28 - Signaler un abus Prédateurs

    On voit ici de gentils capitalistes libéraux qui viennent, en toute innocence, cracher un peu de cette bile verdâtre qui leur torture tant l'estomac… Et voilà, qu'ils se font lâchement agresser par des prédateurs gauchistes ! C'est, hélas, le sort réservé aux animaux affaiblis : tout comme les Communistes en Octobre 1989 (juste avant la Chute du Mur), ils deviennent des proies faciles !

  • Par Ganesha - 03/04/2016 - 19:38 - Signaler un abus Jésus-Christ

    Étant donné le coût de la vie en Allemagne, payer un être humain un euro pour une heure de travail, est un acte montrant un profond mépris pour vos semblables, une atteinte aux ''Droits de l'Homme''. Tout homme ou femme a droit à un salaire décent en rémunération de son travail. Vous vous croyez bien à l'abri derrière votre pseudo, mais sur internet, vous êtes facilement identifiables ! Pour vos propos racistes, vous devriez être condamnés à aller laver les latrines des réfugiés pour un euro de l'heure ! Jésus-Christ a bien lavé les pieds d'un mendiant...

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Guillaume Duval

Guillaume Duval est rédacteur en chef du mensuel Alternatives économiques, auteur de La France ne sera plus jamais une grande puissance ? Tant mieux ! aux éditions La Découverte (2015) et de Made in Germanyle modèle allemand au-delà des mythes aux éditions du Seuil et de Marre de cette Europe-là ? Moi aussi... Conversations avec Régis Meyrand, Éditions Textuel, 2015.

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